L'histoire de Tamla-Motown (3) : les Velvelettes

Publié le par Daniel LESUEUR

L'histoire de Tamla-Motown (3) : les Velvelettes

Bertha Barbee et Mildred Gill décident en 1961 de fonder une formation vocale féminine, les Barbees, et se produisent à l’occasion d’humbles fêtes paroissiales. Rapidement se joignent à elles Betty Kelley et Caldin dite Carolyn puis finalement « Cal », petite sœur de Mildred. Cal est la plus jeune, mais c’est elle qui a la voix la plus mature ; elle est donc choisie comme leader.

Le quatuor prend pour nom Velvelettes

En 1962 elles se présentent à un concours de chant local et remportent aisément le premier prix (25 $ !)… prix réparti en cinq parts égales car entre-temps elles ont engagé un cinquième membre en la personne de leur cousine Norma Barbee.

Cinq dollars chacune… ça peut sembler dérisoire mais pour les Velvelettes, encore ado’, c’est énorme.

Un de leurs camarades, Robert Bullock, dont l’oncle n’est autre que Berry Gordy (le Pdg de Tamla) leur explique que, Detroit n’étant pas très éloigné de Kalamazoo, leur ville natale du Michigan, ça vaut le coup d’aller passer une audition, même si, en plein hiver, sous la neige, le voyage risque de durer cinq bonnes heures.

Et les voilà parties, conduites par les parents… sauf que les Velvelettes ont profité d’un jour sans école et que le samedi, on ne passe pas d’audition chez Tamla !

Coup de chance : au moment où le portier congédiait la troupe, un producteur, William Stevenson, sortait des bureaux pour aller déjeuner. Il reconnaît les « Barbees » qu’il avait gentiment applaudies quelques mois plus tôt. Conscient du courage qu’il leur a fallu pour braver la tempête, il refuse que tout ce petit monde se soit déplacé pour rien et leur remet un mot d’introduction pour une future audition. Depuis ce jour, Stevenson ne cesse de clamer que c’est lui qui a découvert les Velvelettes… ce qui n’est pas tout à fait vrai… ni faux puisqu’une fois un contrat signé, il sera producteur de leur premier 45-tours, « There he goes » (1963), sur lequel elles sont accompagnées à l’harmonica par un gamin totalement inconnu : Stevie Wonder. C’est un échec commercial.

Echec de courte durée : le suivant, « Needle in a haystack » (1964) pénètre sans trop de difficulté dans le Top 50 américain. Il restera hélas leur meilleur score. Car les Velvelettes ne sont pas une priorité du label : d’une part, les meilleurs chansons sont réservées aux Supremes… d’autre part, les Velvelettes ne peuvent pas jouer les choristes puisque Tamla a déjà engagé, pour cette fonction, les Andantes.

Pour être clair… les Velvelettes sont des seconds couteaux

Une situation décourageante : fin 1964, Betty Kelley se joint aux Vandellas de Martha Reeves qui semblent avoir un plus bel avenir. Un coup dur, mais pas trop, pour les Velvelettes car à quatre elles pouvaient s’en sortir. Et puis elles n’avaient pas le choix : la décision avait été prise par Berry Gordy : c’est lui qui avait voulu que son épouse Annette Sterling-Beard soit remplacée dans les Vandellas à la veille d’une harassante tournée en Europe de la Motown Revue (Supremes, Marvin Gaye, Temptations et Miracles).

Les Velvelettes étaient condamnées à une carrière sans relief mais n’en savaient rien : Gordy, s’excusant de ne pas les envoyer en Europe, leur fit miroiter un projet mirobolant : faire carrière en France grâce à la maîtrise de Cal de la langue de Molière et de Johnny Hallyday. Alors il est vrai que quatre chansons furent enregistrées en français et que, par miracle, on peut aujourd’hui les découvrir sur CD, mais à l’époque le disque ne sortit pas. Pas même en France.

Un enterrement de première classe !

Désormais sans plus aucun espoir sinon celui de vivoter, les Velvelettes se séparèrent en 1967 (mais officiellement en 1969) sans même avoir publié un seul album alors que les 14 chansons de leurs sept 45-tours, auxquelles auraient pu être ajoutées les 4 en français, auraient pu faire l’objet d’un 33-tours anthologique.

Aux dernières nouvelles, les Velvelettes existent toujours et se sont même produites en Espagne tout récemment (avril 2015). Pour la suite de notre série d'article sur Tamla motown, cliquer ICI.

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