On se prend la tête à cause de celle d'Henri IV (1)

Publié le par Daniel LESUEUR

On se prend la tête à cause de celle d'Henri IV (1)

Le souverain, mort il y a 400 ans, avait perdu la tête en 1793. On l'avait retrouvée à l'hôtel Drouot en 1919 mais le doute planait.

Une tête de monarque pour 3 francs, même en 1919, c’était trop beau pour être vrai. C’est la raison pour laquelle on se moquait fréquemment de son acquéreur, un brocanteur parisien. Pourtant, l’homme y croyait dur comme fer...

Son « inventeur » – c’est ainsi qu’on désigne ceux qui trouvent un trésor – Joseph-Emile Bourdais avait des arguments à faire valoir, notamment quantité de ressemblances avec Henri IV : un grain de beauté au coin du nez, une cicatrice à la lèvre supérieure – trace d’une première tentative d’assassinat en 1594 ...

Bourdais juxtapose des photos de sa momie et différents portraits du monarque.

Même profil, même forme du crâne.

Autre élément : pour avoir été embaumée, cette tête était celle d’un personnage de haut rang.

19 scientifiques se penchent sur la momie

Les premiers constats semblent positifs : «Il s’agit d’un homme âgé, de type européen.»

Henri IV est mort à 56 ans. Au XVIIe siècle, c’était déjà l’âge d’un vieillard...

«La tête a bien été arrachée après la mort.»

L’observation confirme la fameuse cicatrice à la bouche et détecte, au coin du nez, un grain de beauté semblable à celui qu’arborait Henri IV.

Hélas la suite jette le trouble

Le souverain ne porte de boucle d’oreille sur aucun de ses portraits, or la momie a le lobe percé. Et surtout la tête momifiée n’a pas le crâne scié...

Une tête sans cervelle

Lorsque mourait un roi, les embaumeurs lui sciaient la boîte crânienne pour en retirer le cerveau et la remplir d’aromates et d’épices. Ce que confirme un témoin de 1793 :

«Le cadavre, considéré comme une momie sèche, avait le crâne scié.»

C’est Alexandre Lenoir, un conservateur du patrimoine chargé d’éviter le pillage des œuvres d’art, qui décrit ainsi Henri IV sorti de son cercueil.

Voilà probablement pourquoi personne n’a jamais cru le brocanteur...

Si le crâne n’est pas scié, il peut être trépané

A l’époque, un seul chirurgien utilisait cette méthode pour retirer le cerveau et embaumer la tête, c’était Jacques Guillemeau, le médecin d’Henri IV.

Coup de théâtre

Sur l’écran de contrôle, la momie montre un crâne parfaitement intact avec son cerveau desséché à l’intérieur.

Une seule explication, s’il s’agit bien de celui d’Henri IV : sa famille aurait demandé qu’on ne touchât pas au cerveau.

Un portrait-robot

Recourant à un procédé scientifique qui avait fait ses preuves dans les grandes affaires criminelles, un docteur en anthropologie reconstitua le visage de la momie à partir des images du scanner. Son constat fut sans appel : « Si ce n’est pas Henri IV, c’est son sosie… Mais ça ne suffit pas pour conclure, et il reste toujours cette énigme sur l’embaumement ».

L’identifier grâce au procédé d’embaumement

Chaque embaumeur ayant sa technique, il pouvait suffire de trouver comment la tête a été momifiée pour identifier le praticien. La fibroscopie et les examens à la loupe binoculaire ne révélèrent aucune trace d’aromates ou d’épices. On pense alors à un phénomène de momification naturelle.

Les scientifiques furent alors autorisés à effectuer des prélèvements sur leurs reliques d’Henri IV.

Après plusieurs semaines, ils durent se rendre à l’évidence : l’ADN, trop segmenté, n’était pas lisible.

Henri IV empestait l’ail

Hors de question de remettre en doute la parole de la reine Margot. ­Hélas malgré tous les efforts des « renifleurs scientifiques », la tête, à perdre haleine, en a perdu son odeur d’ail. En 400 ans, c’est un peu normal.

Merci Lamartine ! Henri IV a été « embaumé avec l’art des Italiens », apprend-on dans l’Histoire des Girondins de Lamartine : à Florence, dont était originaire Marie de Médicis, l’épouse d’Henri IV, on avait coutume d’embaumer les princes sans jamais mutiler leur tête. Cela a été confirmé par des fouilles récentes dans les tombeaux des Médicis. Et dans les archives italiennes, on trouve le nom du médecin qui a embaumé Henri IV.

Ce n’est pas, comme on le croyait, Jacques Guillemeau mais un certain Pierre Pigray (1563-1612), formé aux méthodes italiennes.

Encore restait-il à effectuer divers tests (à suivre encliquant ICI).

Publié dans Histoire

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