Mireille, véritable usine à chansons

Publié le par Daniel LESUEUR

Mireille, véritable usine à chansons

Elle se destinait au théâtre tout en composant des musiquettes. Sa rencontre avec Jean Nohain lui donna l'occasion d'en faire des chansons... et de connaître la gloire !

Son oncle Charlie King serait, paraît-il, l'inventeur des claquettes.

Mireille Hartuch (1906-1996), de père polonais et de mère anglaise, est connue sous son seul prénom. Ca lui suffit amplement pour être célèbre dans le monde entier !

Toute menue, la jeune Parisienne de quatorze ans rêvait de devenir concertiste

Elle doit vite abandonner ses illusions : ses mains sont trop petites pour le clavier du piano.

Elle se destine alors au théâtre tout en continuant, pour son plaisir, à composer de vagues ritournelles. Elle est engagée comme travestie, en raison de son physique, pour jouer les garçonnets au théâtre de l'Odéon.

Le décorateur des lieux, Claude Legrand (futur Claude Dauphin, acteur réputé) lui propose de rencontrer son frère, Jean-Marie Legrand (futur Jean Nohain) qui, lui, avocat de métier, griffonne petits poèmes et textes de chansons.

Une rencontre déterminante, même si elle n'est pas immédiatement fructueuse

« Fouchtra », leur première opérette écrite en commun, est partout refusée... Non pour cause de médiocrité, mais de durée : six heures !

Convaincue que sa carrière est vouée à l'échec si elle s'enterre à Paris où son talent n’est pas reconnu, Mireille traverse la Manche pour éviter, un jour, de la faire...

A Londres, on sait apprécier ses talents

Elle se voit proposer un rôle dans une revue en partance pour Broadway.

Durant les trois années qu'elle passe aux Etats-Unis, sans qu'elle n'en sache rien, "Fouchtra" s'est imposé, ainsi qu'une chanson qui en est extraite et qui est devenue un incontournable succès des années trente : « Couchés dans le foin ».

Sa présence, dès lors, devient indispensable à Paris

Reconstitué, le tandem Mireille - Nohain compose au kilomètre des rengaines fort bien troussées mais plutôt faciles d'accès, pour ne pas dire simplistes, pour celle qui les chante et a épousé en 1937 Emmanuel Berl, un... philosophe renommé (Berl avait été préalablement marié avec Suzanne Muzard de qui André Breton avait été follement amoureux au point de divorcer pour elle... ce qui n'avait servi à rien !)

La petite voix acidulée de Mireille fait mouche à coup sûr

Une petite voix qui séduira les enfants : à la télévision, elle prêtera sa voix à l’ours Colargol. Mais auparavant ce sont les adultes qui achètent ses 78 tours : « Papa n'a pas voulu » (1932), « Le Vieux Château » (1933), « C'est un jardinier qui boite », « Fermé jusqu'à lundi », « Les Trois Gendarmes » et l'inévitable « Petit chemin » (qui sent la noisette).

Ses musiques lui vaudront des droits d'auteur monumentaux : « Quand un vicomte » est popularisé en 1935 par Maurice Chevalier, « Une demoiselle sur une balançoire » et « Il attendait son carrosse » en 1958 par Yves Montand, « Puisque vous partez en voyage » par Jean Sablon (premier chanteur à utiliser un micro. La critique, impitoyable, le surnomma « le petit qu’a l’son court ») et, beaucoup plus récemment, par Jacques Dutronc et Françoise Hardy (qui fut élève de Mireille).

C'est en vedette, et en s'accompagnant elle-même au piano, qu'elle se produit à l'ABC, à Bobino et à l'Alhambra.

Elle quitte la scène en 1947... y revient en 1977

Entre-temps elle avait ouvert en 1955 son si célèbre Petit Conservatoire de la Chanson. L’idée lui avait été suggérée par Sacha Guitry, son premier admirateur français. Une école de la chanson où seront auditionnés et souvent gentiment houspillés près de 50 000 aspirants vedettes dont Serge Lama, Françoise Hardy, Pascal Sevran, Hugues Aufray, Colette Magny, Jacqueline Danno, Alice Dona, Jean-Jacques Debout, Pierre Vassiliu. Au départ, une simple émission de radio. Puis de télévision, ce qui était encore plus stressant pour les participants.

Une dernière apparition en public

Pour son retour à la scène célébrant ses cinquante ans de carrière, elle assure à Bobino la première partie de Georges Brassens (dont ce sera d’ailleurs la dernière apparition : il meurt en 1981), elle enregistre douze nouvelles chansons... ce qui porte à quasiment 600 le nombre de ses compositions. Un bel héritage de celle qui disparut en 1996.

Publié dans musique

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