Les slows de l'été 1967

Publié le par Daniel LESUEUR

Les slows de l'été 1967

Les chanteurs français ont moins la cote qu'en 1965 et 1966 (Hervé Vilard, Christophe, Adamo...). Face à eux, les productions anglo-saxonnes, irréprochables, se taillent la part du lion au hit-parade ( tous les classements sont sur le site www.infodisc.fr ) .

Fin 1966, sans parler encore de crise du disque, le show business faisait ses comptes. Il allait falloir, désormais, jouer serré : Frank Sinatra avec « Strangers in the night » avait complètement éclipsé la version française d’Hervé Vilard Etrangers dans la nuit »).

Que réservaient les années à venir ?

Les gros chèques de copyrights allaient-ils, une fois l’an, assécher les caisses de la SACEM pour filer outre-Manche et outre-Atlantique ?

1967 : l’Eté de l’amour… pour l’Idole des jeunes

Johnny Hallyday triomphe avec « Amour d’été ». S’emparer d’un tube du passé pour l’adapter au goût du jour est aujourd’hui monnaie courante. Mais en 1967 la démarche était inattendue ; Michèle Torr, simultanément, reprenait “Only you”, le tube des Platters de 1956. Et l’année précédente, un groupe totalement inconnu, les Sunlights, s’était fait remarquer par sa reprise du “Déserteur” de Boris Vian. Mais de la part de Johnny, idole des foules francophones et qui disposait autour de lui d’une véritable armada de compositeurs, cela semblait anachronique.

Une fois de plus, Johnny nous surprit, et obtint énormément de succès en interprétant en français ce “Love Me Tenderqu’Elvis Presley avait immortalisé en 1956. Johnny en devenait ainsi le troisième interprète français (Yvette Giraud et Tino Rossi s’y étaient déjà appliqués, en 1957, sous le titre “L’amour qui m’enchaîne à toi”).

1967 : l’Eté de l’amour… pour tout le monde !

Un été emblématique.

Les titres des hits parlent d’eux-mêmes : « All you need is love » par les Beatles, et, bien sûr, « San Francisco », qui sera adapté par Johnny Hallyday et qui rappelle que la mode hippie – flower power bat son plein. D’ailleurs le plus gros hit est, pas véritablement psychédélique, mais poétique et surréaliste (c'est-à-dire incompréhensible !). Il s’agit de « Whiter shade of pale » par Procol Harum

Cette chanson déclencha une révolution dans le monde du 45 tours en France : jusqu’alors, en effet, les tubes anglais et américains sortaient sur “EP” (extended play, c’est-à-dire super 45 tours avec 4 chansons). Mais encore fallait-il, pour être publié, que l'artiste ait enregistré quatre chansons... Ce qui n'était pas le cas de Procol Harum qui n'en avait que deux à son actif.

Leur maison de disque Decca aurait manqué l'occasion de vendre des millions de disques en ne le sortant pas. Donc, pour la première fois en France, on commercialisa à très grande échelle un 45 tours à deux chansons, baptisé "45 tours simple", et qui ne coûtait que 6,50F.

Le succès fut monumental !

A la suite de ça, toutes les maisons de disques suivirent le mouvement, à tel point que deux ans plus tard les super 45 tours à quatre chansons avaient complètement disparu du marché. Pour en revenir à ce tube de l'été indiscutable et imparable, son interprète, le groupe anglais Procol Harum, s'est vu reprocher d’avoir "pompé" son inspiration dans un thème de Jean-Sébastien Bach ; en réalité il est surtout calqué sur le tube de l’été précédent, « When a man loves a woman ». Nicoletta, quant elle, adapta le titre en français ("Les Orgues d’antan"). Enfin, pour ceux qui se sont toujours demandé d'où venait ce nom étrange, "Procol Harum" : c'est celui de la mascotte du groupe (le chat de leur producteur) et provient d'une locution latine, procul harum.

Les artistes français tentent de réagir

Face aux succès anglo-saxons que nous venons d’évoquer, nos artistes locaux restèrent sans voix… ou presque. Trois très bons slows sortirent du lot, mais ne faisaient, hélas, pas le poids : « Aranjuez mon amour » par Richard Anthony (voir notre article en cliquant ICI), et deux fabuleuses chansons de Françoise Hardy, « Voilà » et « Au fond du rêve doré ».

Celui qui s’en sortit le mieux fut Michel Polnareff : « Ame caline », non seulement se classa très bien en France mais encore se trouva-t-il n°1 au hit-parade américain dans sa version instrumentale rebaptisée « Soul coaxin’ ». Bref… 1967 se soldait par un match pas si nul que ça. 1968, en revanche, serait une année catastrophique pour la chanson d’expression française...

Publié dans musique

Commenter cet article