La musique populaire en 1965

Publié le par Daniel LESUEUR

La musique populaire en 1965

La planète entière est sous le charme des yeah-yeah-yeah des Beatles... mais les Français aiment tout autant Adamo

En 1965, après qu'ils aient vu débarquer Antoine sur leurs écrans de télé, les Français furent partagés en deux camps. Pour ou contre Antoine, pour ou contre les cheveux longs.

Les cheveux longs, ça tient chaud, l’été… mais c’est la mode

Antoine ne faisait qu'adapter à la française un mouvement à la mode aux Etats-Unis, celui des beatnicks et de la contestation. En tête de cortège d'un courant musical appelé protest song, Bob Dylan. Plus qu'un état d'esprit, plus qu'une révolution culturelle sous-jacente, on a retenu de l'époque la longueur des cheveux.

Les parents étaient horripilés.

Le terme est adéquat : il vient du latin horrere, se hérisser, et pilus, poil ! Cette réaction épidermique de leurs aînés donne de l'inspiration à de nombreux chanteurs. Johnny Hallyday entonne Cheveux longs etidées courtes. Dans le camp adverse, Benjamin avec Moi j'ai les cheveux longs, Stone avec Fille ou garçon, les Barbarians avec Are You A Boy Or Are You A Girl. Au sujet des Barbarians, ce groupe américain de 1966 fort peu connu en France est sans doute la seule formation de toute l'histoire du rock dont le batteur, nommé Moulty, jouait avec un crochet. Il avait eu la main arrachée dans un accident.

15 août...

Les Beatles se produisent au Shea Stadium de New York devant plus de 55 000 fans. L'enregistrement circule sous le manteau, sous forme de disque pirate ou sur cassette, jusqu'à la sortie du 33 tours vinyl Live At The Hollywood Bowl. Pourquoi les Beatles n'avaient-ils jamais publié d'album live ? La réponse crève les oreilles : ils sont épouvantablement mauvais. Mais ils sont excusés. Le stress les fait jouer trop vite et les cris du public les empêchent d'entendre leur propre performance.

H-E-L-P

Tout le monde est persuadé que les Beatles, sur la pochette de l'album Help, écrivent "H-E-L-P" en sémaphores. Par la position de leurs bras, Harrison écrit le H, Lennon le E, etc... Très joli à croire, et d'ailleurs, de la part des Beatles, rien n'étonne. Mais c'est faux. Si votre grand père fut télégraphiste, montrez-lui la pochette du disque, il vous confirmera que les gestes -pourtant ô combien précis !- des quatre de Liverpool ne signifient… strictement rien !

Ce second film, Help, aurait dû s’intituler Eight Arms To Love You, en référence, certes, aux huit bras des quatre Beatles, mais également aux huit bras de la déesse hindoue qui figure sur l’affiche. Pourtant le film fut tourné, non pas en Inde, mais aux Bahamas.

Les Moody Blues sont n°1 au hit-parade britannique avec « Go Now »

Lorsque la France les découvre, le groupe est déjà sur le point de se séparer. Son erreur fut de choisir pour manager le même que celui des Beatles, le fameux Brian Epstein. Totalement concentré sur la carrière des "Fab Four", Brian s'occupait nettement moins de ses autres poulains. Les Moody Blues reprennent ce qui est aujourd'hui considéré comme un standard (les Who l'ont inscrit au menu de leur premier album) : I'll Go Crazy, du grand frère noir James Brown.

James Brown

Il revient au premier plan avec un titre tout à fait délirant si l'on prend la peine de le traduire en français : Papa's Got A Brand New Bag (Papa vient d'avoir un sac tout neuf !).

Né en 1933, James Brown fut abandonné à l'âge de quatre ans. Il mettra plus de vingt ans à retrouver sa mère. Son école, c'est la rue. Malfrat à temps perdu, il sera également cireur de chaussures, livreur, barman, cueilleur de coton, boxeur. Puis joueur de base-ball, jusqu'à ce qu'une blessure à la jambe le conduise à abandonner le sport de compétition. Et bien sûr... danseur dans les cours d’immeubles, pour quelques pièces jetées depuis les fenêtres. S'étant fait arrêter alors qu'il venait de voler une voiture, Brown est condamné à quatre ans de détention. A sa sortie de prison, il monte le groupe les Famous Flames. C’était parti pour la gloire (il lègue au vingtième siècle deux des plus grands titres "à danser" : This Is A Man's Man's Man's World en 1966 et Sex Machine en 1970).

La France adore Adamo… avec quatre ans de retard !

C’est de Jemmapes (Belgique) que nous arrive ce jeune chanteur d'origine sicilienne, Salvatore Adamo. Ses deux premiers vinyl, enregistrés en italien, paraissent respectivement fin 1960 et début 1961. En 1965, en France, il est le chanteur n°1, il a plus de succès que Johnny Hallyday (qui, coincé à l’armée, est dans l’incapacité d’envahir les hit-parades et les salles de spectacle). Il est assez étonnant que les "copains" aient pu être séduits par les valses ou les tangos de ce chanteur à la voix androgyne. Adamo représente le trait d'union entre la fougue, la jeunesse des copains, et une musique un peu plus adulte, comme celle de Gilbert Bécaud ou Claude Nougaro. Ses principaux tubes : «Vous permettez, Monsieur», «Tombe la neige», «Les Filles du bord de mer », «La Nuit», «J'aime», «Mes mains sur tes hanches», etc (à suivre encliquant ICI).

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