Cinéastes et chanteurs face à l'hiver nucléaire

Publié le par Daniel LESUEUR

Cinéastes et chanteurs face à l'hiver nucléaire

Hiver nucléaire, hiver volcanique, hiver d'impact... Des formules qui concrétisent la terreur qu'inspira la Guerre froide. Froide comme l'hiver, froide comme la mort...

Au milieu des années soixante, la planète tremble de peur. La destruction des villes japonaises d'Hiroshima et Nagasaki à la fin de la Seconde Guerre mondiale est encore bien présente dans les esprits. La Guerre froide ajoute à la tension, la nervosité, l’anxiété, l’angoisse.

Tout le monde craint un conflit généralisé

Les Américains sont particulièrement inquiets après la découverte en 1962 de rampes de lancement soviétiques localisées à Cuba. Il n’en faut pas plus pour que de nombreux habitants des Etats-Unis installent dans leur jardin des abris antiatomiques. Barry McGuire chante "Eve of destruction"

Bob Dylan exacerbe le sentiment de malaise (le mot est faible !) en publiant sur le même 33 tours de 1963 deux chansons évoquant la Troisième Guerre mondiale («Talking World War III Blues »), guerre qu’il imagine aisément accompagnée d’une pluie de missiles (« A Hard Rain’s a-gonna fall »). Ses paroles ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd...

Un thème à la mode...

Au même moment le cinéma s’en empare. C’est « d’abord » (nous expliquerons la présence des guillemets !) « Docteur Folamour ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe » de Stanley Kubrick rapidement suivi sur les écrans par « Point limite » de Sidney Lumet.

Les deux films sortent en 1964. Celui de Kubrick était prêt depuis de longs mois : il aurait dû sortir le jour de l’assassinat de John Kennedy. Pour conserver une tête d’avance, Kubrick avait racheté les droits de « Point limite » pour tenter d'en différer la sortie.

C’est la période qui veut ça...

« Juste quelques flocons qui tombent » par Antoine, succès de l'hiver 1967 avait été imaginé et composé très exactement deux ans auparavant, le soir de Noël 1965, à Paris. A l’époque, Antoine n'était pas encore la grande vedette qu'il sera en 1966 et 1967. Il vient à peine de sortir son premier 45 tours, « La Guerre », et n'a pas encore enregistré « Les Elucubrations » qui vont lui apporter la consécration. Ce soir-là, il s'est produit en public et a empoché un minable cachet de trente francs (environ 4,5 €). Le chanteur peut quand même dîner !

Avec cette somme relativement chiche (même pour 1965), il va dîner du côté du boulevard Saint-Germain avec sa compagne du moment. Il n’a pas les moyens financiers de lui payer le taxi ou même l'autobus. Après le repas, les deux amoureux rentrent à pied, direction leur petit studio glacial. Traversant le quartier du Marais, cité dans la chanson, la neige commence à tomber. D'abord par petits flocons qui volètent, puis des gros, et rapidement de quoi recouvrir tout Paris. Lorsqu'ils se retournent, il ne reste plus que l'empreinte de leurs derniers pas, sur les derniers mètres de trottoir... D'où cette impression qu'ils sont seuls au monde, les derniers êtres vivants sur la terre...

Il ne s’agit pas d’un délire de potache : le danger est bien réel.

L'explosion au niveau du sol de plusieurs milliers d'engins nucléaires au cours d'une même guerre entraînerait la formation dans la stratosphère d'une couche opaque empêchant les rayons solaires de réchauffer notre planète. En plus de l’obscurité, qui bloquerait le phénomène de la photosynthèse, la température descendrait par endroits de 20 à 30 °C. Au point que les radiations qui font si peur rien n’auraient peut-être pas le temps de faire leur effet, la plupart des êtres humains étant morts de froid avant de ressentir les premiers effets de la radioactivité !

Publié dans musique, CINEMA

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