Beatles : un disque live qui n'existait pas

Publié le par Daniel LESUEUR

Beatles : un disque live qui n'existait pas

Pendant 12 ans (1965-1977) tout le monde rechercha un disque fantôme...

15 août 1965 : concert au Shea Stadium de New York devant très exactement 55 600 fans en délire. L'événement est filmé, en couleurs, par NEMS Entreprise, la société de Brian Epstein, en collaboration avec Ed Sullivan Productions. Mais l’enregistrement était inexploitable !

C’était leur grand retour

Les Beatles, en effet, s’étaient déjà produits au Shea stadium en octobre 1964. En règle générale, les concerts des Beatles étaient relativement courts : une douzaine de chansons, une durée totale d'une demie-heure. Pendant longtemps, dans le milieu des collectionneurs, il y eut fréquemment confusion entre les concerts au Shea Stadium et ceux donnés à l'Hollywood Bowl de Los Angeles. Pour un fabricant de disques pirates, New York et Los Angeles, c'est la porte à côté !

Les Beatles à l'Hollywood Bowl quelques jours plus tard

Les mêmes chansons, et dans le même ordre, furent interprétés le 29 et 30 août. Les deux concerts furent enregistrés par Capitol. En raison de problèmes techniques, le concert du 29 août fut jugé inexploitable. En conséquence, l'album "The Beatles at Hollywood Bowl" qui ne sortira que douze ans plus tard, le 6 mai 1977, sera constitué de six titres du 23 août 1964 et de sept titres du 30 août 1965

Le premier album live officiel des Beatles sort en 1977 mais l'idée remontait à longtemps

George Martin, dès le printemps 1963, envisageait la possibilité d'un album enregistré à la Cavern de Liverpool. Aux Etats-Unis, le projet était en gestation depuis 1964. Le projet initial devait consister en une commercialisation par Capitol d'un concert new-yorkais de février, qui, malheureusement, ne reçut pas l'assentiment du syndicat des musiciens américains. L'autorisation ne fut accordée que six mois plus tard. On pensa alors aux concerts du mois d'août, encore présents dans la mémoire des fans américains. Hélas, l'enregistrement réalisé à l'Hollywood Bowl se révéla fort médiocre, les Beatles n'ayant joué que 29 minutes. McCartney en personne exprime son dédain :

- "Tous nos titres sont expédiés beaucoup trop rapidement. A cela, deux raisons : le stress, mais aussi l'impossibilité de nous entendre, d'entendre ce que nous jouions. Tout était noyé sous les hurlements."

De l'autre côté de l'Atlantique, George Martin était lui aussi persuadé que ce qu'on aurait entendu le plus, ce n'était pas les Beatles, mais les hurlements de filles en délire (il est fort possible que l'effet ait été voulu : bien que disposant de trois pistes, les ingénieurs du son avaient enregistré guitares et voix sur une seule, laissant ainsi deux pistessusceptibles de témoigner de l'effet de la Beatlemania aux States !

Il aurait fallu enregistrer les instruments sur deux pistes et les voix sur la troisième

Une étude de marché réalisée en Grande-Bretagne indiqua que le public insulaire n'était pas disposé à faire l'acquisition d'un album de chansons déjà connues, fussent-elles en public. Martin dut faire le déplacement aux States pour expliquer aux responsables de Capitol que, même s'ils passaient outre ses recommandations et publiaient quand même un album live, l'Angleterre, elle, refuserait de commercialiser ce disque. Capitol ne désirant pas heurter ses petits protégés (pourquoi tuer la poule aux œufs d'or en se fâchant ?), le projet d'album en concert en1964 passa aux oubliettes.

L'idée de sortir un "Live" n'était toujours pas abandonnée deux ans plus tard

On a retrouvé des acétates Capitol intitulées "At the Hollywood Bowl ", et cette fois en stéréo, pour tenter de parvenir à séduire le producteur perfectionniste ; les premières avaient été gravées en 1964, d'autres en 1966, prouvant ainsi que les Beatles se sont produit (trois fois) à deux occasions à l'Hollywood Bowl de Los Angeles : le 23 août 1964, les 29 et 30 août 1965. Chacune des acétates retrouvées comporte douze morceaux, et furent utilisées pour la confection de l'album qui vit le jour en 1977. L'album définitif est un savant dosage de titres picorés dans chaque acétate : six chansons interprétées en 1964, sept l'année suivante. Pour donner à l'album une certaine homogénéité, le tout fut transféré en 24-pistes.

En 1965, les deux performances de l'Hollywood Bowl furent enregistrées par Capitol

Celle du 29 août fut victime d'un micro défectueux; seule celle du 30 août 1965 fut conservée à fins d'exploitation discographique. De toutes façons, les deux concerts furent composés des mêmes titres, et dans le même ordre. En attendant une hypothétique parution officielle, les dits concerts avaient généreusement circulé sous le manteau. Et pas seulement à partir de 1970, date à partir de laquelle on a coutume de faire démarrer l'histoire des bootlegs : dans le cas présent,l'année même du concert, des disques-souvenirs de l'évènement circulaient aux Etats-Unis. Le mensuel Salut les Copains se fit même l'écho de cette bizarrerie, indiquant le prix et l'adresse où l'on pouvait se fournir, en précisant tout de même que les cris exaltés du public recouvraient en partie la performance des idoles.

A l'époque, personne en France ne connaissait l'existence des disques pirates . En revanche on avait entendu parler d’un disque enregistré en concert en Italie en 1965… (pour en savoir plus sur les disques rares des Beatles et leur valeur,cliquer ICI).

Publié dans musique, COLLECTIONS

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