Les commentateurs ignares de la BD

Publié le par Daniel LESUEUR

Les commentateurs ignares de la BD

Il suffit qu'un soi-disant spécialiste profère une ânerie pour qu'immédiatement tous les autres soi-disant spécialistes la reprennent. il est vrai qu'il est plus facile de copier-coller des stupidités que faire des recherches soi-même.

Dernier exemple en date : Edgar P. Jacobs et "Blake et Mortimer". Ces albums sont sans cesse réédités et, pour inciter le collectionneur à acheter la même BD pour la quatrième ou cinquième fois en un demi-siècle, on y apporte des modifications... qui n'ont rien à voir avec le travail original de l'auteur, mort depuis près de trente ans (1987). C'est ni plus ni moins du révisionnisme à intention bassement commerciale (on pourrait d'ailleurs contester l'édition en trois volumes au lieu de deux du Secret de l'Espadon mais au moins cela s'est-il fait du vivant de l'auteur, qui aurait sans doute pu apposer son veto s'il l'avait souhaité).

Dans l'édition 2012 du Secret de l'Espadon, le "spécialiste" (sic) de chez Hachette, qui jamais n'aurait pensé à consulter les éditions originales pourtant facilement trouvables, écrit :

"Les textes narratifs sont systématiquement dans des bulles colorées (...) C'est une constante chez Jacobs".

Vlan, l'ânerie est lâchée... et ça ne loupe pas, aujourd'hui c'est le très sérieux magazine Beaux Arts qui s'y colle :

"Chez Jacobs, toutes les bulles d'information sont polychromes afin de se mettre en accord avec les tonalités de chaque case".

Et bien NON ! ça, c'est du tripatouillage récent, il suffit de reprendre les planches originales de Jacobs pour le vérifier. Ce n'est ni dans TINTIN (1946), ni dans les albums (L'Espadon, 1950 et 1953 ; La Grande pyramide, 1954 et 1955). Cette "constante chez Jacobs" n'apparaît qu'avec La Marque Jaune (1956) soit dix ans plus tard que la date qu'on lui attribue (le procédé est testé, mais non durablement, aux planches 30 à 32 du volume 2 de "La Grande Pyramide").

Publié dans BANDE DESSINEE

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