Les chansons incontournables de 1970

Publié le par Daniel LESUEUR

Les chansons incontournables de 1970

Globalement, en 1970, le monde du disque n’a pas encore changé depuis mai 68

De Joe Dassin à Dalida, la variété française se porte bien. La révolution culturelle n’a pas encore soufflé sur le show business qui, dans l’ensemble, est assez conservateur. Dans l’Hexagone, l’arrivée de ce que l’on appellera la Nouvelle chanson française se fera en 1972, soit… 4 ans après mai 68

De Polnareff à Barbara, chansons phares de 1970

Bien que séparés depuis mars, les Beatles sont toujours au top

Une année charnière : le 45 tours résiste, mais le consommateur commence à préférer l’album

Depuis la naissance du microsillon en 1948, ce qu’on appelait « album » était le plus souvent un assemblage de chansons déjà parues en 45 tours. Ce n’était donc pas un objet indispensable. Or, à partir de 1970, les artistes produisent de « vrais » albums. En Angleterre et aux Etats-Unis, par exemple, Led Zeppelin refusa de laisser sortir « Whole lotta love » en 45 tours.

L’année commence à swinguer sur des tubes sortis au début de l’hiver

On écoute énormément « Venus » par Shockin’ Blue, « Wight is Wight » par Michel Delpech, « Dans la maison vide » de Michel Polnareff… et « Whole lotta Love » par Led Zeppelin qui ouvre la voie à un rythme nouveau qu’on nommera sommairement hard rock et qui s’illustrera fin 1970 par les fabuleux « Black Night » de Deep Purple et « Paranoid » de Black Sabbath.

La chanson française se porte toujours très bien

"L’Aigle noir" (Barbara) Très certainement le plus gros succès populaire de la grande dame brune qui, jusqu’alors, restait fidèle à l’étiquette “rive gauche”, qui, pour beaucoup, signifiait : “ennuyeux” ! Ce titre est mystérieusement “dédié à Laurence”, comme l’indique en grosses lettres la pochette. Et l'Aigle noir, c'est le père de Barbara, à qui elle avait déjà dédié « Nantes » et « Dis, quand reviendras-tu ? ».

"Les Bals populaires" (Michel Sardou) Michel Sardou publia, de 1965 à 1970, une dizaine de 45 tours qui connurent tous de cuisants échecs à tel point qu'il se fit jeter par sa maison de disques Barclay pour cause de résultats insuffisants. Un jour, son équipe lui conseille : "Michel, fais du populaire !". Excédé, l’artiste en vient à citer tout ce qui est populaire : "Vous ne voulez tout de même pas que je vous parle des bals populaires ?" Et pourquoi pas, finalement, si on peut y ajouter une pointe de dérision, qui, au bout du compte, passera pour de l'humour ? La parolière Vline Buggy se pique au jeu et lui propose le titre "Les Bals populaires" pour remplir la face B de son prochain 45 tours, le superbe "Et mourir de plaisir". Il connaîtra finalement le succès... populaire, grâce aux bals... populaires

" Je suis un homme" (Michel Polnareff) Polnareff n'est pas le premier à porter le cheveu long. Antoine y avait pensé avant lui. Et depuis Mai 68 ils sont des millions à déserter les salons de coiffure. Il subsiste cependant une cohorte de grincheux qui n'ont pas accepté cette mode et mettent en doute la virilité de ceux qui sont coiffés "comme des gonzesses" ; Polnareff, de surcroît doté d'une faible constitution, passe aisément pour efféminé. Lors d'un concert, un homme monte sur scène et l'agresse. Certains spectateurs déclarent que l’inconnu l'a saisi aux parties viriles en hurlant "Il n'en a pas !". "Je suis un homme" est la réplique cinglante à cette agression. Pour prendre une revanche sur les malfaisants, Michel s'adonne au karaté et à la musculation. Il change, physiquement, mais aussi moralement. Le doux et timide Polnareff semble avoir pris la grosse tête, prétendant que la France est en retard de quatre ans sur les Etats-Unis, pays où il compte bien démontrer l'ampleur de son talent. De fait, il va être obligé de s'y exiler, poursuivi par le fisc, son comptable étant parti avec la caisse. Polnareff publiera plusieurs 33 tours outre-Atlantique... certains échoueront, soldés, dans les bacs des disquaires français, preuve que les States, finalement, n’avaient pas succombé au charme de celui qui prétendait les mettre dans sa poche.

"Come together" (Beatles) Avec cette chanson, John Lennon avait (un peu trop) tiré sur la corde. Il avait également failli appuyer sur la gâchette : dans la version prévue initialement, il chantait shoot me, shoot me (tirez-moi dessus, tirez-moi dessus). Ce que fit l’assassin Mark Chapman en décembre 1980. Mais George Martin, le producteur des Beatles, avait considéré que, là, c’en était trop des frasques de Lennon, et il avait gommé sur l’enregistrement le “me”; dès lors, on entendait uniquement shoot, qui pouvait passer pour une simple onomatopée ressemblant à un éternuement. Quant à la mélodie, elle était purement et simplement pompée sur celle d’un vieux morceau de Chuck Berry, “You can catch me”. Ce plagiat éhonté eut pour conséquence un arrangement à l’amiable mettant John Lennon dans l’obligation d’enregistrer un album, simplement intitulé “Rock’n’roll”, et dans lequel il s’engageait à interpréter plusieurs titres composés par Chuck Berry, à titre de dédommagement. La formule “come together” (littéralement, “venez ensemble”) évoque indiscutablement la notion de réunion et de réunification, et fut employée, avant la chute du mur de Berlin, par les soldats de l’Est qui surveillaient, fin 1989, la foule massée devant la porte de Brandebourg pour assister à un mini concert de Crosby, Stills et Nash. “John Lennon aurait été content de voir ça”, commenta Graham Nash. Signalons enfin que « Come together » est un double succès sur deux années puisqu’il est repris, avec succès, par Ike and Tina Turner.

"Darla dirladada" (Dalida) Il n'est plus besoin de présenter l'un des plus gros succès de l'année (n°1 en juin en France, avec 75 000 exemplaires vendus la semaine de sa sortie, et très bien classé dans de nombreux pays durant tout l'été). Ce titre d'origine grecque (plus précisément du Péloponnèse) qui se verra ravivé huit ans plus tard par la troupe du Splendid' (Les Bronzés) doit ses paroles originales à Boris Bergman, déjà responsable du tube de l'été 1968, "Rain and tears". Ayons une pensée émue pour les animateurs de radio qui, à longueur de journée, devaient répéter cette litanie de syllabes : Da-li-da : Dar-la-dir-la-da-da... Da-li-da : Dar-la-dir-la-da-da. Pour la petite histoire, signalons qu'originellement "Darla dirladada" était destiné à un obscur chanteur qui le resta : Peter Lelasseux. Mais Lelasseux aurait pu tirer son épingle du jeu. Eddie Barclay, en effet, essaya, paraît-il, d'empêcher la commercialisation du disque de Dalida : par voie d'huissier, il signifiait son mécontentement, n'ayant pas eu tout loisir de renégocier le contrat à armes égales avec le frère de la chanteuse, Orlando.

"L’Amérique" (Joe Dassin) Il s’agit de l’adaptation de « Yellow River » du groupe britannique Christie, N°1 au hit-parade britannique en juin 1970. Une chanson qui, indiscutablement, évoque le conflit au Vietnam : c’est l'histoire d'un homme qui a gagné la guerre et s'en va retrouver la fille qu'il aime, au bord de la Rivière Jaune. Un sujet délicat à traiter en France où l’on n'a pas oublié l'Indochine. Le parolier Pierre Delanoë entreprend de retracer la véritable histoire de Joe et de sa famille. Une famille obligée de quitter son pays d’adoption, les Etats-Unis, et dont le fiston (Joe en l’occurrence) ne rêve que d’une chose : y retourner !

"Lady d’Arbanville" (Cat Stevens) La chanson qui pulvérise les hit-parades à l'été 1970 est dédiée à l’ancien amour de Cat Stevens, une égérie des sixties, Patricia d'Arbanville. New-Yorkaise, de mère norvégienne dont le grand-père était français, elle est née en 1951. Dès l’âge de treize ans, elle fréquente les Doors, Jimi Hendrix et Frank Zappa. Elle n’a que seize ans lorsque Andy Warhol lui donne l’un des trois rôles de "Flesh". A Londres, elle devient l’amie du Rolling Stone Mick Jagger, qui lui présente Cat Stevens, qui sortait à peine de l’hôpital (épuisement et tuberculose) . Un amour naît. Mais l'attirance de Patti pour Cat tourne court. L'artiste, torturé, vit dès lors dans un "monde sauvage" ("wild world"), titre de son succès suivant.

"Sex machine" (James Brown) c’est l’âge d’or de la soul et de James Brown : après « It’s a man’s man’s man’s world », « Papa’s got a brand new bag » voici « Sex Machine » qu’il avait composé en quelques minutes, un soir, à la fin d’un concert, au dos d’une affiche. Enthousiasmé par ce qu’il venait d’écrire avec Bobby Byrd, James se précipita au studio d’enregistrement. La même nuit, « Sex Machine » -dont le titre complet est « Get Up (I Feel Like Being A) Sex Machine »- était achevé. Comment gagner des millions de dollars en quelques minutes ? Brown y était parvenu… mais il n’avait pas la recette ! Brown avait mangé son pain blanc… Avec l’arrivée progressive du disco, les disques funky se vendront de moins en moins. Malgré un rythme régulier d’un nouveau 45 tours tous les deux ou trois mois, aucun ne retrouve le succès de « Sex Machine ». Découragé par cinq années de vains efforts, James enregistre un remake de son tube, mais « Sex Machine 1975 » n’entre même pas dans le Top 50, pas plus qu’en 1979 la réédition de la version originale.

Publié dans musique

Commenter cet article