David McWilliams et "Pearly Spencer" (1968)

Publié le par Daniel LESUEUR

David McWilliams et "Pearly Spencer" (1968)

David McWilliams (1945-2002) n'aura eu de toute sa vie qu'un seul et unique hit. Un hit qui lui assura une rente à vie !

1967 avait révélé un groupe irlandais, les Dubliners. Peu écoutés en France, ils avaient fait un véritable carton en Grande-Bretagne. 1968 révèle leur compatriote David McWilliams, dont il ne faut pas résumer le talent à un seul tube, "The Days Of Pearly Spencer" (dont la version française, "Je Connais Une Chanson", par Frank Alamo, est d’ailleurs passée totalement inaperçue).

Un célèbre… inconnu

Quoi de plus rageant, pour un chanteur, que de voir son portrait dans les couloirs du métro tandis que ses 45 tours attendent bien sagement dans les bacs des disquaires qu’un hypothétique amateur vienne en faire l’acquisition ! C’est la pénible aventure que vécut David McWilliams fin 1967 jusqu’à ce que son premier 45 tours tombe par hasard sur le bureau d’un célèbre animateur de radio français.

Beaucoup de battage pour rien

Le jeune Irlandais fut lancé à grand renfort de publicité par sa firme discographique, Major Minor. D'abord dans l'hebdomadaire anglais New Musical Express, plusieurs pages vantant les mérites de son premier 33 tours et de son premier 45 tours "Harlem Lady". Puis sur les flancs de tous les autobus londoniens.

La campagne fut cependant sans effet sur le public britannique : il aurait fallu que le disque soit diffusé par la BBC. Or, au même moment, David McWilliams était abondamment présent sur les ondes de radio Caroline, station pirate qui, justement, concurrençait la BBC. Par représailles, cette dernière ignorait les artistes promus par sa rivale. A priori, McWilliams était condamné à l’anonymat, au moins en terme de ventes de disques.

Mais le hasard frappa à la bonne porte...

Le 45 tours atterrit sur le bureau de Gérard Klein. Peu convaincu par « Harlem Lady », il a la curiosité de retourner le disque de vinyl et tombe en arrêt ! Il va dès lors « matraquer » la face B (entendez par là : diffuser plusieurs fois par jour) "The Days of Pearly Spencer" dans son émission 17-19 sur 18-29 (comprenez : De 17 à 19 heures sur France-Inter, 1829 mètres). Le succès est fulgurant (n°3 en février).

De là à devenir un tube intemporel...

Un son qui tombait fort à propos...

Traitée au mégaphone, instrument à la mode en mai 68, la voix téléphonée de "Days Of Pearly Spencer" continue de séduire le public français. Pas loin de chez nous, les Hollandais, qui eux aussi pouvaient capter Radio Caroline, réservent un chaleureux accueil à David. Les autres pays touchés sont ensuite la Belgique et la Finlande. Mais dans les contrées anglo-saxonnes, David restait inconnu.

La chanson, oui. Son auteur, non !

Aux Etats-Unis le célèbre groupe Grass Roots délivra bientôt une version de « Days of... ». En Nouvelle-Zélande, celle des Avengers grimpa au hit-parade. Dans toute l’Europe on écouta la version instrumentale de l’orchestre de Raymond Lefèvre. En Italie, Caterina Caselli l’adapta en « Il Volto de la Vita ». Progressivement la chanson entra dans la mémoire collective... et à chaque fois les droits d’auteur tombaient ! Au fil des ans, les reprises se multiplièrent, jusqu’à celle très remarquée de Marc Almond en 1992.

David McWilliams mourut riche mais méconnu

Emporté par une crise cardiaque à l’âge de 56 ans, il avait prévu l’échéance fatale, insistant pour qu’à ses funérailles on ne dise pas « Il est mort » mais « il a vécu » ! Il avait vécu sur... UNE chanson. Une seule. Ce que les Anglo-saxons désignent par one hit wonder. Et de plus ce n'était à l'origine qu'une face B de 45 tours, donc destinée à passer inaperçue ! Signalons toutefois que l’homme n’était pas resté à chômer : il publia plus d’une dizaine d’albums 33 tours. Au total, au moins 150 chansons, presque toutes signées de sa main.

Publié dans musique

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