Années soixante : Chanteuses étrangères ayant enregistré en français (5)

Publié le par Daniel LESUEUR

Années soixante : Chanteuses étrangères ayant enregistré en français (5)

Le disque, en 1960, est devenu une industrie florissante. Les marchés étrangers sont des espaces à conquérir. Nos artistes enregistrent en langue étrangère. En contrepartie, dans l'Hexagone, on presse des disques d'étrangers chantant en français. C'est de bonne guerre !

Etats-Unis

Constance June Meador alias Connie Smith, la chanteuse country aux quatre maris, très connue là-bas (n°1 du hit-parade en 1964 avec Once A Day) a enregistré quatre chansons en français fin 1966... Personne ne les a jamais entendues !

Mary Travers est la voix féminine du trio de folk américain Peter, Paul and Mary. Au milieu des années soixante, le trio enregistre une chanson jusqu’alors maudite, Le Déserteur, de Boris Vian, dont la version de Mouloudji avait été censurée en 1966. Peter, Paul and Mary s’étaient fait connaître en proposant des versions plutôt édulcorées des premières chansons de Bob Dylan, et particulièrement Blowin' in the wind qu'ils placent à la deuxième place du hit-parade américain en 1963. Mais sans eux, peut-être Dylan aurait-il eu un mal fou à se faire admettre par le grand public... ce qui n’était pas le cas de sa compagne Joan Baez.

Née la même année que Bob Dylan (1941) elle fut connue avant lui : Joan est l’incontestable révélation du festival Folk de Newport en 1959. Ses disques, en revanche, n'obtiennent qu'un succès d'estime. Elle rencontre Dylan et file le parfait amour avec le jeune poète contestataire à la mode. A son contact, elle se politise à son tour. Bob et Joan chantent en duo (1963) et, du jour au lendemain, la jeune new-yorkaise est adulée. Malheureusement, elle n'est qu'interprète et, par conséquent, ne devra toujours son succès qu'au choix judicieux des titres composant son répertoire. Sa rupture avec Bob Dylan (1965) l'éloigne des spotlights : elle préfère militer. Elle avait d'ailleurs été arrêtée une première fois en 1964 pour avoir manifesté en faveur de la liberté d'expression. On la retrouve enseignant la non-violence dans une communauté californienne. Elle milite en permanence contre la guerre au Viêt-nam. Au festival de Woodstock, elle renoue enfin avec une popularité durable. Après avoir publié son autobiographie, Daybreak, indépendante dans l'âme, elle monte sa propre maison de disque.

En France, on diffuse toujours régulièrement ses versions de Pauvre Rutebeuf de Léo Ferré, Prendre un enfant par la main de Yves Duteil. Plus merveilleux encore, elle enregistra majestueusement l'une des plus anciennes chansons françaises, Plaisir d'amour.

Sa compatriote Eartha Kitt (1927-2008) s’était elle aussi prononcée ouvertement contre la guerre au Viêt-nam ; elle le paya cher : inscrite sur la « liste noire », elle fut obligée de travailler à l’étranger de 1968 à 1974. Ce qui, somme toute, n’était pas bien contraignant : elle chantait en dix langues différentes et était appréciée dans une centaine de pays. Elle a également beaucoup tourné au cinéma et pour la télé (Mission : Impossible mais surtout Batman, feuilleton dans lequel elle campe une inoubliable Catwoman). Issue du monde du jazz, elle a ensuite tout chanté, du disco à la chanson française : Avril au Portugal, Le Danseur de Charleston, Bal petit bal, C’est si bon, L’Homme, Chez moi...

Eileen Goldsen dite Eileen est née à New York en 1941 (alors qu'on la croyait Canadienne). Elle recueille un certain succès en 1966 avec Ces bottes sont faites pour marcher, version française de These boots are made for walkin', énorme succès pour Nancy Sinatra.

Barbra Streisand et Patsy Ann Noble enregistrent chacune quatre chansons en français en 1964 / 1965, ne parvenant hélas pas à se faire un nom dans l'Hexagone. Pour la première, c’est une question de mois, voire même de jours car le film Funny Girl qui sort à l’époque lui apportera la renommée mondiale ; pour la seconde, c’est plus délicat : qui en a jamais entendu parler ?

Plus chanceuse, l'Américaine Nancy Brown (née dans l'Ohio en 1932) fera carrière en France. Mariée très jeune à un certain Holloway dont elle garde le nom malgré un divorce express (elle le quitte au bout de trois mois), elle s'installe d'abord à New York où elle exerce divers petits jobs alimentaires avant d'être engagée comme chanteuse dans une revue itinérante. Itinérante au point de faire un crochet par Paris en 1956. Jazz et blues recueillant un succès certain sur le Vieux Continent, sous le pseudonyme de Nancy Holloway, elle sillonne l'Europe, susurrant ses "shoobidoo" qui vont inspirer Sacha Distel (Scoubidou). Chanteuse, danseuse et comédienne, elle fait les beaux soirs du Moulin-Rouge dont le directeur, André Pousse, lui permet de rencontrer Elvis Presley qui s'accorde une perm' à Paris durant son service militaire effectué en Allemagne. Nous sommes alors en 1959-1960, période difficile pour le blues et le jazz : rock'n'roll et, ensuite, twist déferlent.

Nancy prend le train en marche, décrochant quelques tubes mineurs : Derniers Baisers, Prends tes clés, Quand un garçon me plaît et surtout T'en va pas comme ça, adaptation de Don't make me over de Dionne Warwick.

Dionne Warrick, noire américaine née en 1940, se trouva bien obligée d'adopter le nom "Warwick" qu'elle découvrit sur ses pochettes de disques, suite à une erreur de typographie. Nos plus jeunes lecteurs connaissent d'avantage sa cousine, Whitney Houston. Il n'empêche que Dionne fut omniprésente au hit-parade entre 1962 et 1968 : Don't make me over déjà cité, Walk on by, This empty place, Anyone who had a heart, Do you know the way to San José, I say a little prayer, I'll never fall in love again. Elle connaît également un succès phénoménal en France, se produisant plusieurs fois à l'Olympia, notamment en compagnie de Sacha Distel. Elle y chante I love Paris et plusieurs titres en français (Un toit ne suffit pas, La Vie en rose, C'est si bon).

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