Années soixante : Chanteuses étrangères ayant enregistré en français (4)

Publié le par Les auteurs libres

Années soixante : Chanteuses étrangères ayant enregistré en français (4)

Le disque, en 1960, est devenu une industrie florissante. Les marchés étrangers sont des espaces à conquérir. Nos artistes enregistrent en langue étrangère. En contrepartie, dans l'Hexagone, on presse des disques d'étrangers chantant en français. C'est de bonne guerre !

Cambodge, Vietnam

Thien Huong Ton Nu Thi future Tiny Yong est née au Cambodge en 1944. Sa famille arrive à Paris quatorze ans plus tard. "Tiny" abandonne rapidement les études traditionnelles pour suivre intensément des cours d'art dramatique. En 1960, elle décroche un rôle dans L'Epouse injustement soupçonnée ; hélas, au bout d'un mois et demi, les représentations cessent, faute de public. Pourtant la pièce était de Cocteau ! Elle reprend ensuite un rôle plutôt étonnant pour une Asiatique, celui de Marpessa Dawn dans Chérie noire. Tiny doit chaque soir se barbouiller le visage en noir avant de monter sur les planches de la Potinière. Robert Hossein lui procure un rôle dans Le Jeu de la vérité, un film policier avec Paul Meurisse. Les soirs qu'elle ne joue pas ou ne tourne pas, Thien chante dans un restaurant asiatique (sa mère en a ouvert un, l'un de ses frères en a fait autant). Elle attire l'attention de cette grande découvreuse de talents que fut Aimée Mortimer, et "fait" sa première télé, A l'école des vedettes, fin 1960. En tout bien tout honneur, elle séduit Henri Salvador qui s'apprête à lancer son label, les Disques Salvador. Elle en fera partie ! Son premier disque constitué de chansons du film Le Monde de Suzie Wong (1961) paraît encore sous le nom de Thien Huong. Dans l'écurie de jeunes talents rassemblés par Salvador, elle est baptisée Tiny Yong. Le succès est immédiat : Tais-toi petite folle est au hit-parade au printemps 1963. Sur le même 45 tours, elle interprète ce moment d'éternité que deviendra Syracuse, sur des paroles de Bernard Dimey et une musique, évidemment, de monsieur Henri. Bien partie mais trop vite arrivée, Tiny continuera d'enregistrer sous la houlette de Salvador jusqu'à l'été 1966 avec bien peu de succès. En 1968 elle retourne se ressourcer à Saïgon... revient à Paris ouvrir un restaurant asiatique en 1970... puis un deuxième. Un autre en Bourgogne, un quatrième enfin à Montpellier.

Nettement plus twist que Tiny Yong, sa consœur Bach Yen (Blanche Hirondelle en vietnamien) dégage l'image sexy-yéyé ! En 1963, elle enregistre une douzaine de chansons résolument à l'intention des auditeurs de Salut les Copains : Les Deux Copains, Il vaut mieux rester copains, A bas la rentrée, Mets ton blue-jean Johnny... Mais le cœur de cible n'étant pas atteint, elle tente sa chance aux Etats-Unis... et y réussit, s'illustrant auprès de grands noms comme Bing Crosby ou Bob Hope. Elle revient à Paris à la fin des années soixante-dix mais change totalement de registre : c'est en tant qu'interprète de musique traditionnelle vietnamienne qu'elle obtient, conjointement avec son mari Trân Quang Hai, le prix de l'Académie Charles-Cros en 1988.

Citons pour clore cet intermède asiatique Bébé Hong-Suong ; née en 1932 (dont de plus de dix l'aînée de Tiny et Bach) elle publia plusieurs disques en Belgique dont Rio de Janeiro qui fut un tube en 1955 et Anita Rosita Perez qu'écrivit Jean Ferrat en 1957 (interrogé à ce sujet quarante ans plus tard, Ferrat avouait l'avoir complètement oubliée et n'en posséder même pas un enregistrement).

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