Richard Anthony : une interview exclusive

Publié le par Daniel LESUEUR

Daniel LESUEUR avec Richard ANTHONY
Daniel LESUEUR avec Richard ANTHONY

Richard Anthony fut le premier rocker à entrer au hit-parade : la France dansait sur «Nouvelle Vague» en 1959 alors que le premier disque de Johnny ne sortit qu’au printemps 1960. «J'entends siffler le train» est le succès de 1962. Richard parvient à concurrencer Johnny dans le hit-parade de 1960 à 1967(cliquer ICI).

Mais en 1969 le « Sirop typhon » marque son déclin.

Rencontre avec le «père tranquille du rock français» (interview réalisée par l’auteur au domicile du chanteur, au-dessus de Cannes).

Premiers pas d’un grand artiste

Ricardo Btesch est né en Egypte d'un père turc et d'une mère anglaise installés en Argentine. Richard, qui ne parle pas encore français, arrive à Paris en 1951. Il abandonne les études pour devenir représentant en réfrigérateurs… s'offre un magnétophone, enregistre sa voix en surimpression d'une chanson de Paul Anka et fait la tournée des maisons de disques. Ses deux premiers vinyles, en 1959, sont accueillis avec froideur. Le troisième, «Nouvelle Vague», connaît le succès.

Daniel Lesueur : On a du mal à vous imaginer chantant «Tutti Frutti» ou « Blue Suede Shoes ». N'était-ce pas frustrant, pour un fan de rock pur et dur, d'être obligé de se cantonner dans un style "rock doux" ?

Richard Anthony : Dès mon premier disque, en effet, ce style "rocker doux" était défini, puisque je reprenais déjà «Peggy Sue» de Buddy Holly. Honnêtement, non, ça ne m'a pas frustré. Je savais que mon physique ne s'accordait pas au rock "pur et dur". En outre, mes modèles n'étaient pas Jerry Lee Lewis ou Little Richard, mais plutôt Les Platters et Paul Anka. Donc il n'y avait pas de réelle frustration. Bien sûr, j'adorais Elvis, mais je ne voulais pas me mesurer à des titres qui ne correspondaient pas à mon style. En cherchant dans ma mémoire, je trouverais peut-être, au grand maximum, deux ou trois titres plus "musclés", mais en règle générale, ça ne me convenait pas.

En revanche, il n’aimait pas trop chanter en concert

DL : Durant les années 60, ça vous plaisait, de faire de la scène ?

RA : Pour tout vous dire, je dois avouer que c'était plutôt une corvée ! Je n'avais pas été élevé pour cette vie. J'étais un étudiant de "bonne famille", voué aux affaires. Certes, un jour, j'ai découvert que j'avais une voix exploitable, que c'était une bonne idée de chanter ce que j'avais choisi d'interpréter, mais j'étais heureux de le faire en studio et non pas sur scène où je n'avais pas la tenue de Johnny : bien qu'arrivé après moi, il faisait vraiment bouger les salles, ce qui n'était pas mon cas. Je me suis efforcé, parce que cela me plaisait, d'avoir un répertoire "middle of the road" qui m'a toujours réussi. C'est ce qui collait à ma peau. Et puis, sachez que quand on chante, avant tout, il faut que les chansons plaisent à l'interprète, pour pouvoir ensuite séduire le public. Je n'ai jamais triché, je ne me suis jamais forcé, même si je les aimais, à enregistrer des titres qui auraient risqué de ne pas convenir à mon style ou auxquels j'aurai risqué de ne pas donner une interprétation impeccable.

DL : Dans le cœur des jeunes vous étiez en permanence l'outsider, le chanteur numéro deux. Avez-vous eu l'impression, avec «J'entends siffler le train» qu'enfin vous alliez pouvoir détrôner Johnny Hallyday ?

RA : Dans notre esprit, à Johnny et à moi, personne ne songeait à doubler ou à détrôner qui que ce soit. Pour tout vous dire, j'ai même été ravi de voir débarquer Johnny dans le métier, deux ans après moi. Tant qu'il n'était pas là, on ne nous prenait pas au sérieux.

Les vedettes, en 1959, étaient Tino Rossi, Georges Guétary, Luis Mariano

RA : Quand Johnny est arrivé, il nous a grand ouvert les portes, car il est arrivé avec violence. Avant lui, nous étions très sages sur scène. Lui, il provoquait. Nous lui en étions reconnaissants, et d'ailleurs nous étions tous très copains. Il est sans doute possible que j'aie vendu plus de disque que lui à l'époque mais je le répète, il n'y avait pas de concurrence. Au contraire! Nous étions un peu comme ces cow-boys qui venaient conquérir le far-west. Il fallait se tenir les coudes face aux médias qui nous avaient été si longtemps hostiles. Avant Johnny, les médias nous descendaient en flammes. Ils n'aimaient pas du tout le rock'n'roll, à plus forte raison s'il était chanté en anglais.

En 1962, le plus grand succès de toute sa carrière « J'entends siffler le train » était dans son cœur depuis l’enfance:

RA : Ma mère, anglaise, me chantait cette ballade, "Five Hundred Miles", quand j'étais au berceau ! Mon entourage m’avait déconseillé de l'enregistrer : "C'est trop lent, tu vas casser ton image de rocker", me répétait-on. De 1962 à 1967, le succès ne se démentit pas Difficile de faire mieux que «J'entends siffler le train»... Néanmoins, dans un registre différent, «Et je m'en vais» est un titre phare de 1963. Richard, à l’époque, est véritablement le champion de l'adaptation réussie en captant rapidement un gros succès américain («A toi de choisir», n°2 en 1964) ou anglais («A présent tu peux t'en aller», n°3 en 1964) voire, à l'occasion, italien («Ce monde», n°5 en 1964).

Le secret de sa réussite ? Les meilleurs musiciens, les meilleures choristes (souvent britanniques), les meilleurs arrangeurs, les meilleurs studios d'enregistrement, londoniens le plus souvent. Il parvient ainsi à concurrencer Johnny Hallyday dans le hit-parade de 1960 à 1967, jusqu'à «Aranjuez mon amour», son dernier immense succès... dont il nous conte l'histoire (cliquer ICI).

Publié dans musique, PEOPLE

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