Histoire de J'entends siffler le train (Richard ANTHONY, 1962)

Publié le par Daniel LESUEUR

 

 « Les conseilleurs ne sont pas les payeurs »…

Un impresario, un directeur artistique, un manager n’est pas plus infaillible que le chanteur dont il a la charge. Parfois même il se trompe gravement. Heureusement que l’artiste, intuitivement, ressent le désir violent d’enregistrer telle ou telle chanson… sinon nous serions passés à côté de cet énorme succès des années 60, « J’entends siffler le train » (feuilleter ICI) ou (cliquer ICI)..

Richard Anthony : « J’entends siffler le train » (1962)

Cette année-là, la France semble se passionner pour le train : Sylvie Vartan fait un malheur en adaptant le Locomotion de Little Eva, Henri Salvador invente le Twist-S.N.C.F. et Richard Anthony triomphe avec J'entends siffler le train.

Le train n'est cependant pas le moyen de transport de prédilection de Richard : à huit ans, le garnement conduisait la voiture de son père. Puis, devenu vedette, il s'offre son avion particulier, qu'il pilote lui-même, ce qui est extrêmement rare à l’époque.

à partir de Nouvelle vague, son nom s'impose définitivement dans le monde du rock. En revanche, on lui avait fortement déconseillé de ne pas enregistrer un truc aussi lent que J'entends siffler le train...

"Richard, tu vas casser ton image de rocker", lui répète-t-on. Il faut rappeler qu'au moment où Richard Anthony enregistre ce qui restera à jamais comme son plus gros succès et, peut-être, le meilleur titre qu'il ait jamais enregistré, il est l'inévitable et perpétuel "challenger" de Johnny Hallyday. Ils se sont d'ailleurs déjà plusieurs fois affrontés dans des matches tout ce qu'il y a d'amical : comparez leurs versions respectives du P'tit clown de ton cœur : Bien difficile de les départager (Johnny lui-même reconnut publiquement qu'il trouvait l'interprétation de Richard meilleure que la sienne). Et Itsy bitsy petit bikini, cette chanson que Johnny a toujours regretté d'avoir enregistrée : la version de Richard est... aussi ridicule (Dalida elle aussi s'était compromise dans cette tentative de traduire en français une chanson trop typiquement américaine)...

Tu parles trop est la dernière chanson en commun de Johnny et Richard. Chacun, désormais, aura son propre répertoire ; il faut dire qu'en un temps record, le temps d'enregistrer trois ou quatre super 45T, chacun est devenu une énorme vedette. Ce qui n'est pas le cas d'Hugues Aufray qui, pour le moment, ronge son frein : il a sorti, en même temps que Richard, c'est-à-dire en juin 1962, sa propre version de J'entends siffler le train... mais la sienne est passée à la trappe; il lui faudra attendre encore deux bonnes années pour véritablement conquérir ses galons de vedette. Hugues Aufray conservera toujours un soupçon d'amertume envers Richard Anthony, car c'est lui aussi qui enregistra, et obtint le succès, en adaptant, sous le titre Ecoute dans le vent, le célèbre Blowin' In The Wind de Bob Dylan. Hugues, moins connu, n'avait pu obtenir, à ce moment-là, le privilège d'enregistrer la chanson de son ami américain. L'autre raison pour laquelle on déconseillait à Richard de ne pas enregistrer J'entends siffler le train

La version originale, 500 Miles, est un vieux traditionnel américain adapté par le trio américain les Journeymen, au sein duquel on remarque déjà Scott McKenzie, créateur cinq ans plus tard de San Francisco), c'est qu'à l'époque, en 1962, la notion de "slow de l'été" n'est pas encore rentrée dans les moeurs.

Le "Tino Rossi du rock" (c'est ainsi qu'il était couramment surnommé) eut raison de n'écouter que ses propres convictions. La chanson était dans son cœur depuis l’enfance : "Ma mère, anglaise, me chantait cette ballade, "Five Hundred Miles", quand j'étais au berceau ! déclare Richard, c'est un air du folklore américain que j'avais dans l'oreille depuis fort longtemps"…

Quant à J'entends siffler le train, il resta surtout dans la mémoire d’une génération de conscrits et de leur famille, pour qui le train symbolisait le départ vers une guerre sans nom, la séparation, la peur, la destination inconnue, la mort peut-être. Les trains partaient des grands villes pour rallier Marseille, avant le bateau vers l’Algérie. Aujourd’hui encore, des anciens “appelés” d’Algérie -comme on disait- ressentent un pincement au coeur en écoutant la chanson...

Publié dans musique

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