Europe 1 a tout juste 60 ans

Publié le par Daniel LESUEUR

Europe 1 a tout juste 60 ans

1955 est l'année de naissance d'Europe N°1... et aussi du transistor. C'est un coup du destin !

A l'instigation d'Europe n°1, le contenu et le ton de la radio se trouvèrent irrémédiablement modifiés. Dans le monde de la radio, en effet, un changement d'état d'esprit est en train de s'opérer, et pas toujours en douceur. Début 1955, même si nul ne peut certifier qu'elle va réussir à s'imposer, Europe N°1 séduit ou agace, mais ne laisse personne indifférent. Pour le gouvernement, sa pertinence s'apparente fort à de l'impertinence, voire de la subversion. Dès sa création, la station a le don d'irriter en mettant le doigt "là où ça fait mal". Alors qu'il est encore rare qu'on fasse appel aux instituts de sondage (l'IFOP existe pourtant depuis 1936), Europe N°1 inaugure en 1955 l'émission hebdomadaire "100 000 Français ont toujours raison".

"Perdez de vue que vous êtes au micro, écrit Louis Merlin dans son Petit Manuel du meneur de jeu, pensez à quelqu'un et parlez-lui, ne vous adressez pas aux auditeurs, mais à un auditeur et alors chaque auditeur aura l'impression que vous vous adressez à lui. L'expression "chers-z-auditeurs" est désormais totalement prohibée". Les autres radios emboîtèrent le pas et le traditionnel "Chers auditeurs" disparut progressivement au profit d'un vouvoiement paradoxalement singulier, et parfois même (cas très rare) d'un tutoiement. Une cure de jouvence salutaire : le nombre d'heures d'écoute augmente, le nombre d'auditeurs également. Jusqu'alors passe-temps, la radio est devenue passion.

Le transistor et Europe N°1 partent simultanément à la conquête du public.

"A ses débuts, Europe N°1 s'adresse à quelques curieux, tout heureux de n'écouter que de la musique et des chansons, entrecoupées par quelques informations" (Pierre Saka, La Chanson française des origines à nos jours, éditions Fernand Nathan).

Ce poste de langue française si différent des autres trouve rapidement son public : en 1959, Europe N°1 est créditée de 1 200 000 auditeurs. C'est déjà plus que Radio Monte Carlo (790 000) mais encore nettement moins que Radio Luxembourg (3 700 000) et que la radio d'Etat (2 500 000). L'audience montera en flèche grâce à des animateurs et à des émissions phares (Salut les copains en 1959, Maurice Biraud en 1960) ainsi qu'à la vivacité de son information (pour la première fois, ce sont les journalistes eux-mêmes, et non plus des speakers, qui lisent les bulletins qu'ils ont eux-mêmes rédigés). On peut bien sûr ironiser sur "l'aspect culturel" de Salut les copains dans les années 60, celui des « robinets à musique » des années 80. Mais l'auditeur pouvait également choisir d'écouter France Culture, France Musique ou les émissions culturelles de fin de journée des stations périphériques.

Dans la nuit du 22 au 23 juin 1963, 150 000 jeunes répondirent "présent" à l'appel lancé par Europe N°1 qui les avait invités à venir applaudir gratuitement ses Idoles de la chanson.

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