Charles Trénet sous les balles de la Gestapo

Publié le par Daniel LESUEUR

Charles Trénet sous les balles de la Gestapo

Il avait refusé de chanter devant les officiers de l'armée d'occupation. Il n'en fallait pas plus pour déclencher la... fureur des partisans du Führer !

Il avait écrit « Si tu vas à Paris », une chanson évoquant à demi-mots la future libération de la capitale ; la chanson, on s’en doute, fut aussitôt interdite par l’Occupant.

Il enregistra alors une version swing du « Temps des cerises », chansons évoquant le conflit franco-allemand de 1870 !

Sur scène, il chantait « Espoir » de Jacques Batell, une chanson interdite car l’auteur avait catégoriquement refusé d’en changer les paroles à la Kommandantur qui désirait en faire un hymne des Jeunesses hitlériennes.

Trénet n’était pas dans les petits papiers des Nazis

Le patron des Folies-Bergères lui proposa de s’y produire. Trénet qui, comme quiconque, avait besoin de gagner sa vie, accepta sous condition qu’il n’y ait pas d’Allemand dans la salle. Chose promise, choses non due ! Dès le premier soir, Trénet constate que les premiers rangs sont garnis d’uniformes et képis allemands. Dès le lendemain, et tous les jours suivants, le chanteur arriva systématiquement avec deux heures de retard… ce qui eut la conséquence (souhaitée par l’artiste !) de voir son contrat rompu !

Les nazis ne sont pas dupes…

Une campagne raciste est déclenchée : pour lui porter préjudice, plusieurs journalistes annoncent qu'il s'appelle Netter (c'est l'anagramme de Trénet), qu'il est juif et petit-fils de rabbin.

Pour y couper court, son éditeur musical l’invite à enregistrer la chanson « Maréchal, nous voilà » en hommage à Pétain. Bien sûr, il refuse. En revanche, par bravade (et sans que l'ennemi y trouve à redire !) il écrivit « Douce France », chanson qui sera reprise avec beaucoup d'à-propos par le groupe groupe Carte de Séjour au début des années 80.

Un comportement paradoxal

Trénet a accepté en 1943, à la demande du Reich, d'aller chanter pour les prisonniers français en Allemagne. Il parlait couramment allemand mais se faisait un point d'honneur de ne pas pratiquer cette langue. De plus, il refusait toujours de participer aux soirées d'après spectacles afin de ne pas socialiser avec l'occupant.

Le 15 juin 1944, c’est le drame

Vers 20 heures, Trénet rejoignait, à bicyclette, son domicile de La Varenne. Un véhicule l’y attendait ; à son bord, deux hommes, se présentant comme de la Gestapo, lui donnent l’ordre de les faire pénétrer dans la maison. Un troisième reste au volant. Trénet décampe à toutes jambes (au pluriel ! car pour l’instant il a encore l’usage des deux). Il court le long des berges de la Marne.

Les malfrats le mitraillent. Touché à la jambe, il s’effondre.

Heureusement des voisins, alarmés par les bruits de la mitraille, accourent et lui évitent d’être achevé comme un chien.

Le pantalon ensanglanté, il est conduit dans une clinique à Neuilly où l’on constate que les nerfs moteurs du pied et le nerf sciatique sont gravement atteints… mais qu’il pourra marcher au bout de quelques mois de soins patients.

Au fil des semaines, la douleur devint de plus en plus intolérable, mais c’était bon signe : le signe que la jambe retrouvait de la sensibilité.

La convalescence, longue et pénible, lui permit de trouver le temps d’esquisser les grandes lignes de « L’ » œuvre de sa vie : « La Mer » (pour voir notre article : cliquer ICI) Un brouillon qu’il acheva en 1946, dans le train qui le menait de Montpellier à Perpignan. Comme quoi, dans tout malheur… Y’a d’la joie !

Publié dans musique

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