Les Beatles derrière le Rideau de fer

Publié le par Daniel LESUEUR

Derrière le mur de Berlin, il était interdit d'écouter du rock

La détention et la vente de disques de "pop music" était sévèrement réprimés... et les jeunes à cheveux longs étaient tondus au poste de police !

Comment les Soviétiques ont-ils pris connaissance de l'existence des Beatles ?

Au même titre qu'en France écouter la BBC durant la guerre était répréhensible, durant la Guerre froide, les habitants du bloc communiste n'étaient pas autorisés à écouter les stations occidentales. Mais il était impossible de saisir les postes de radio !

A partir de 1962, le soir, les jeunes se portaient à l'écoute des programmes pop de Radio Luxembourg. Ils pouvaient également tenter de capter les émissions (hélas brouillées) de Radio Free Europe et de Radio Liberty qui, selon les heures, s’exprimaient en russe, ukrainien, polonais, tchèque, hongrois, bulgare, roumain, estonien, lituanien, lettonien, ouzbek, arménien, azerbadjais ou enfin en biélorusse.

Ecouter Radio Free Europe (secrètement financée par la C.I.A.) était considéré comme un grave délit ; les jeunes qui avaient demandé, par carte postale, à écouter leurs chansons préférées, étaient accusés de trahir la patrie et renvoyés de leur école lorsque R.F.E. avait commis l'imprudence de révéler leur identité à l'antenne.

Première arme de guerre culturelle : le magnétophone

En douce, les jeunes enregistraient la radio, s'échangeaient des bandes magnétiques. Certains parvenaient à transférer leurs enregistrements sur ce qui ressemblait de près ou de lui à un support exploitable. A tel point qu'un véritable marché parallèle s'est mis en place des le début des années 60.

Récupérant de France des machines à graver Pyral, les jeunes des pays communistes gravaient de petits disques 45 tours comportant de une à trois chansons sur des cartes postales, sur des plaques de radiographie... il s'agit évidemment de disques pirates.

Les années passant... Dans les années 70, il était devenu évident que l'Etat ne pouvait plus contrôler le marché noir des disques pop. Dans un souci de récupération, les firmes officielles (Amiga en Allemagne de l'Est, Tonpress et Pronit en Pologne, Supraphon en Tchécoslovaquie, Pepita en Hongrie, Jugoton en Yougoslavie, Balkanton en Bulgarie et Melodiya en U.R.S.S.) furent autorisées à fabriquer et vendre les disques des Beatles... tout en sachant bien que les Etats n'enverraient pas d'argent pour les copyrights ! C'était une manière de gagner de l'argent sur le dos du monde capitaliste.

Très peu de grandes firmes de disques existaient

Le plus ancien disque russe non pirate des Beatles est très certainement un 33 tours 25cm, compilation d'artistes variés, comprenant "Girl" (référence Melodiya 33A 20228).

Les quelques véritables albums des Beatles furent pressés tardivement (après 1968) : deux en URSS ("A hard day's night", "A taste of honey"... un en Tchécoslovaquie ("Expedice rock'n'roll"), deux en Allemagne de l'Est ("The Beatles" et "The Beatles 1967-1970"), un en Bulgarie "Kumbac".

Indiscutablement, les 33 tours pressés de l'autre côté du rideau de fer sont peu nombreux. En revanche, les 45 tours sont innombrables : même sans compter les pressages clandestins qu'il est par définition impossible de répertorier, il existe quelques pressages officiels sur véritables 45 tours et de très nombreux flexis.

En U.R.S.S., en effet, existe depuis des dizaines d'années des magazines sonores assez luxueux, "Krugozor" et "C&AAA: Club & Amateur Art Activities", qui offrent chaque mois ou chaque quinzaines plusieurs flexi sur vinyl bleu. La majorité était certes consacrée aux évènements qui agitaient le monde soviétique, mais dans chaque numéro une ou deux faces de flexi étaient dévolues à la musique, et fréquemment à celle venue d'occident.

La réconciliation, la réunification

Les Beatles se sont-ils rendus en Russie ? Non ! Il n’empêche que des dizaines de milliers de Russes vous diront qu’ils connaissent quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui les a vus jouer : traversant le monde comme ils le firent sans cesse de 1963 à 1966, leur avion a dû se ravitailler sur un aérodrome soviétique. En attendant, les quatre Beatles ont escaladé l’engin et ont joué en acoustique sur l’aile de leur avion. C’est ce qu’on vous dira là-bas ! D’autant que cette légende est corroborée par les paroles de la chanson du « Double Blanc » : « Back in the USSR ».

En 1988, Paul McCartney enregistra un 33 tours destiné à ne sortir que dans les pays de l’Est. Gageons que McCartney ne méprise pas totalement le pognon car le disque sortit ensuite dans le monde entier. Et en 2003 il se produisit à Moscou. Et puis n’oublions par que Lennon, bien que mort depuis décembre 1980, était présent par procuration au moment de chute du mur de Berlin au travers des paroles de la chanson "Come together » de « Abbey road ». La formule “come together” (littéralement, “venez ensemble”) évoque indiscutablement la notion de réunion et de réunification, et fut employée par les soldats de l’Est qui surveillaient, fin 1989, la foule massée devant la porte de Brandebourg pour assister à un mini concert de Crosby, Stills et Nash. “John Lennon aurait été content de voir ça”, commenta Graham Nash.

(Pour connaître les places occupées par les BEATLES, ensemble ou séparément, dans les hit-parades en France de 1963 à nos jours, consulter le site http://www.infodisc.fr)

Les Beatles derrière le Rideau de fer

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