Bashung (3è partie) : D'échec en échec, il persévère...

Publié le par Daniel LESUEUR

Ceci est la suite d'un précédent article (cliquer ICI).

Après plusieurs 45 tours hésitants, le jeune artiste trouve sa voie

De 1966 à 1977, Bashung vécut tant bien que mal de sa plume. Un peu paumé, il accepte d'enregistrer "Roman-photo", son premier 33 tours immédiatement renié

Le véritable tremplin prendra la forme d'une comédie musicale ou, selon qui juge l'œuvre, d'un opéra-rock. A l'instar d'un Julien Clerc qui a véritablement connu la renommée grâce à "Hair", Bashung va officier dans "La Révolution française". Tantôt Robespierre (sur le disque), tantôt Fouquet-Tinville (à la scène), le jeune chanteur dispose enfin d'une audience à l'échelle quasiment nationale

Un premier album passé à la trappe

Après une brochette de 45 tours publiés dans un quasi anonymat, Alain a la chance de pouvoir publier son premier 33 tours. Un album, c'est une carte de visite, et l'espoir de pouvoir bientôt commencer à jouer dans la cour des grands.

Qui se souvient aujourd'hui du label Egg ?

Cette entreprise quasiment tuée dans l'Oeuf (Egg, en anglais) c'est l'alibi culturel de Barclay. L'idée n'est pas très originale : elle a fait ses preuves outre-Manche. Il y a belle lurette qu'en Angleterre toutes les majors ont inauguré une filiale dite "progressive", investissement consacré à certains artistes dont on sait dès le début qu'ils vendront peu ou prou. Investissement, souvent à long terme, mais pas en pure perte car chaque sous-label, finalement, gagne du de l'argent grâce à une ou deux locomotives : Deep Purple pour Harvest, filiale de EMI... Black Sabbath pour Vertigo, filiale de Philips... Cat Stevens et Procol Harum pour Deram, filiale de Decca.

Pourquoi, dès lors, ne pas donner leur chance, en France aussi, à de jeunes artistes talentueux mais rebelles ? Du vrai mécénat qui permet, en passant, de payer beaucoup moins d'impôts en perdant des sommes modestes, avec, en filigrane, l'espoir de récupérer la mise au bout d'un lustre ou deux (parfois beaucoup plus rapidement) puisque les albums en question sont tirés en faible quantité et coûtent peu cher à l'enregistrement.

Egg, hélas, ne connaîtra pas le destin somptueux de ses confrères britanniques.

Faute de succès, les crédits s'en ressentent. Et c'est justement là où le bât blesse : avec un budget peau de chagrin, souvent, un album sonne riquiqui. Nul n'en est dupe, et surtout pas l'artiste Bashung : bien qu'accompagné par de sacrés chœurs (Daniel Balavoine, Valérie Lagrange), Alain remet en cause l'existence même du disque, au point que, lors de l'élaboration d'un coffret de CD que nous qualifierons "d'intégrale ou presque", seul un titre de son premier 33 tours est rescapé. Et il ne s'agit nullement d'un jugement dépréciatif et rétrospectif : déjà, au moment de sa mise en place chez les disquaires, Alain aurait souhaité intituler "Maquettes" (le terme est suffisamment éloquent) ce premier album finalement commercialisé sous le titre "Roman-photo" :

- "Il aurait vraiment mérité de rester dans les tiroirs ! Il ne contient pas d'ingrédients personnels. On baignait en 1977 dans une frilosité de production qui me rendait vaguement stérile. Je considère que j'ai commencé à vivre artistiquement avec "Roulette russe". En route vers la gloire... mais lentement "Roulette russe", c'est bien plus tard... et c'est déjà un autre monde, un autre univers, une autre décennie puisque le disque sort en 1982.

"Roulette russe", titre prémonitoire : une seule balle, mais fatale. Cette balle, c'est "Max amphibie", rebaptisée "Gaby oh Gaby" qui, effectivement, décide de faire basculer le destin du jeune homme. La pochette est-elle volontairement à triple sens ? Alain dans une chambre avec une fille endormie. Lui debout, se demandant s'il reste ou s'il part. Je la tire ou je me tire ? Ou... Je me tire... une balle dans la tête ? (à suivre)

Bashung (3è partie) : D'échec en échec, il persévère...

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