Il y a 50 ans... Radio London, station pirate dite Big L

Publié le par Daniel LESUEUR

Avant de s'ancrer dans l'estuaire de la Tamise, le Galaxy, navire de Radio London, avait beaucoup voyagé…

Construit en Floride en 1945, il est, à l'époque, baptisé le Manoula. C'est à Porto-Rico, Miami et Lisbonne qu'il sera équipé en bateau-radio. Parvenu au large de l'Angleterre, "Big L.", tel qu'on surnomme rapidement la station, diffuse ses premiers test-programmes dès le 5 décembre 1964 ; les programmes entièrement réalisés à bord commenceront officiellement deux jours avant Noël.

Radio London est financée par un trust d'hommes d'affaires américains avec, à leur tête, Philip Birch. La puissance de l'émetteur, 17 kW, a de quoi inquiéter les stations rivales, d'autant que, un an et demi plus tard, elle sera presque multipliée par cinq (75 kW) ; un lourd investissement qui se justifiera par son fabuleux impact sur le jeune public anglais, Radio London parvenant à doubler Radio Caroline dans les sondages de popularité (cliquer ICI). C'est d'ailleurs dans un effort de reconquérir la première place que Radio Caroline changea alors de longueur d'onde, se plaçant sur 259m, tout près de celle de Radio London (266m). Une anecdote, fort révélatrice de l'esprit qui régnait, tout au moins au début, dans le monde des radios pirates : lorsque que le Galaxy vint s'ancrer à quelques encablures du Mi Amigo, Ronan O'Rahilly fit remarquer à son rival que le vaisseau était, contrairement à celui de Caroline, à l'intérieur des eaux territoriales. La raison du geste de Ronan varie selon les interprétations : s'agit-il véritablement de courtoisie destinée à éviter de sérieux ennuis à Radio London ou, plus prosaïquement, voulait-il préserver, en cette époque encore dorée, la bonne réputation des pirates qui mettaient un point d'honneur à émettre en eaux internationales ?

Le 19 avril 1965, Radio London fait la "une" des journaux : un avion militaire s'est englouti à quelques encablures du Galaxy et son pilote est sauvé grâce à l'intervention rapide de l'équipage de la radio pirate.

1966 : la menace de la loi anti-pirate se fait de plus en plus précise.

1967 : Fin mai, en prévision des difficultés d'approvisionnement en matériel électronique ou autre, qui ne manqueront pas de se manifester après la date d'application de la loi (14 août), Radio London fait livrer à son bord des composants électroniques de première importance qui doivent lui permettre d'émettre durant encore trois années.

Les "milieux bien informés" considèrent qu'après le 14 août, si l'on excepte Radio Veronica, qui s'exprime en néerlandais, il ne restera plus que deux radios pirates pour se partager l'immense auditoire de 25 millions d'européens anglophones : Radio Caroline et Radio London. Or, le 28 juillet 1967, à la surprise générale, cette dernière annonce qu'elle renonce à défier la loi et cessera ses émissions le 14 août à 15 heures. Il n'est pas déraisonnable de penser que "Big L." n'est pas parvenu à trouver suffisamment d'annonceurs publicitaires pour assurer sa continuité dans des conditions devenues beaucoup plus précaires.

Immédiatement les messages de sympathie se multiplient ; ils sont enregistrés afin d'être diffusés à l'antenne lors du programme d'adieu. De nombreuses stars du moment manifestent leur émoi (Ringo Starr, des Beatles… les Animals… Dave Clark… Dusty Springfield…). Les Who, quant à eux, publient un 33 tours, The Who Sell Out, littéralement truffé de jingles de Radio London.

Radio London fut avant tout une station sans histoire, et excessivement professionnelle

La plupart de ses animateurs ont connu une carrière durable : John Peel, Pete Drummond, Duncan Johnson, Tony Brandon, Alan West (futur animateur vedette de Radio North Sea International), Keith Skues, Ed Stewart, Tony Windsor, Tony Blackburn, Dave Cash et enfin Kenny Everett, ami de Freddie Mercury (il fut le premier animateur à diffuser régulièrement les disques des Queen tandis que l'ensemble des médias boudaient ce groupe alors totalement inconnu).

Le Galaxy fut remorqué jusqu'à Hambourg. Après une longue remise en état, l'Allemagne s'apprêtait à avoir, courant 1968, sa première radio pirate de haute mer : toujours sur la légendaire longueur d'onde de 266m, la future radio devait diffuser de la musique légère durant la journée, et de la pop music le soir. Mais le projet n'aboutira pas : sachant que, le 2 juillet 1969, l'Allemagne devait ratifier la loi dite "Marine Offences Act" qui avait mis fin aux radios pirates britanniques en 1967, les financiers se rétractèrent. Le Galaxy fut alors acquis par deux puissants hommes d'affaires suisses, messieurs Meister et Bollier. Le Galaxy, baptisé "Mebo", deviendra le siège de la plus célèbre radio pirate du début des années 70, RNI (cliquer ICI et ICI).

Il y a 50 ans... Radio London, station pirate dite Big L

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