Chansons éternelles de George Moustaki : de Milord (1960) au Métèque (1969)

Publié le par Daniel LESUEUR

En 1958 sortait déjà un premier super 45 tours de leur collaboration, « Edith piaf chante Jo Moustaki » avec « Eden Blues » pour titre principal. Mais le succès, gigantesque, allait arriver avec cette chanson, "MILORD" (sur une musique de Marguerite Monnot) sorti en novembre 1959 et qui eut même le privilège de se vendre correctement à l’étranger (notamment 17è en Angleterre et 88è aux Etats-Unis).

Moustaki était prédestiné à la poésie, puisqu'il est... Alexandrin !

Né en Egypte en 1934, Yussef Moustaki se passionne très tôt pour la chanson française.

Il s'installe à Paris en 1951, et se lie d'amitié avec le guitariste Henri Crolla, qui le présente à Edith Piaf. Moustaki devient son amant. Une aventure de courte durée. Aux dires de Moustaki, Edith était complètement prisonnière de l'alcool ; il ne pouvait pas supporter cette dépendance de la grande artiste. Après un grave accident de voiture qu'ils eurent ensemble, il fit sa valise. Ulcérée, Piaf demanda que l'on retire "Milord" de son nouveau disque, mais c'était trop tard (elle se vengera en le retirant, un soir, de son tour de chant à l'Olympia, la remplaçant par des chansons de Charles Dumont).

En souvenir de sa liaison avec Piaf, Georges écrit Sarah (c’était le prénom de sa mère), une émouvante chanson qu’il confie en 1967 à Serge Reggiani :

“La femme qui est dans mon lit,

N’a plus vingt ans depuis longtemps...”

Pour Moustaki, la séparation fut professionnellement pénible

Il n'aurait plus jamais une telle voix pour interpréter ses chansons. Cela ne devait pas l'empêcher de chercher à se faire un nom. Et, avant toute chose, un prénom d'artiste. "Jo" Moustaki, devient "Georges" Moustaki, par admiration pour Brassens. Le père bourru, pourtant, n'est pas tendre envers son disciple :

- Un truc comme "Milord", c'est irréparable ! "Il fait si froid dehors, ici c'est confortable". Ca va pas ensemble.Ou alors il faut dire "Il fait froid dehors, ici il fait chaud", ou bien "Dehors, il fait froid, c'est inconfortable... Et dedans, il fait chaud, c'est confortable". Ces associations d'idées sont des associations de malfaiteurs". Mais allez dire à l'auteur de "Milord", ou de trucs encore plus merdeux, qu'il faut mettre tel mot plutôt que tel autre, et il vous foutra dehors.

Ce n'est véritablement qu'en 1969 que Moustaki devint vedette à part entière, en ressortant de ses tiroirs « Le Métèque », une chanson qu'il n'avait pu caser à Edith dix ans plus tôt (Pia Colombo, néanmoins, a délivré une version du "Métèque" qui suggère ce qu'aurait pu en faire la Môme Piaf).

Yusef Moustaki restera longtemps un "métèque" : en 1981, il n'avait toujours pas la nationalité française ; au président Mitterrand qui lui proposait de faire accélérer le dossier, il refusa ce coup de pouce qui aurait fait de lui un privilégié par rapport aux apatrides et “sans-papiers”. Le "Métèque" faisait partie d'un album que toutes les maisons de disques avaient refusé… sauf Polydor, qui, finalement, accepta de le publier. L'ingénieur du son se souvient avoir souffert le martyre lors d'un enregistrement de Moustaki : tout au long de la bande magnétique, on percevait un crépitement parasite, et pas moyen d'en détecter l'origine. Au bout du compte, c'était simplement... les poils de la barbe de Georges qui crissaient sur le micro !

Chansons éternelles de George Moustaki  : de Milord (1960) au Métèque (1969)

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