Changer le cours de l'Histoire...

Publié le par Daniel LESUEUR

La réflexion qui va suivre est purement gratuite et théorique mais elle ne manque pas d'intérêt. Ne serait-ce que celui de nous détourner quelques instants du court terme, de l'actualité sans méninges, des petites phrases tirées de leur contexte et des déclarations fracassantes oubliées dès le lendemain.

Changer le cours de l'Histoire grâce à l'argent... Changer le cours de l'Histoire en trichant...

On en a parlé très sérieusement en ce qui concerne l'élection de Kennedy en 1960. La différence entre "Bunny" et Richard Nixon ne fut que de 120 000 voix. Même pas 1% de la population des Etats-Unis, et le pays bascula. Du vivant du président, on évoqua sa brillance lors des débats télévisés d'octobre et novembre qui précédèrent l'élection, mais, en coulisse, on pensait très sérieusement que son père Joe avait utilisé ses liens avec la mafia américaine pour que certains comtés décisifs « votent bien ». L'argent sale aurait changé le cours de l'Histoire. La tricherie aurait payé... au moins jusqu'à novembre 1963.

Grande-Bretagne, 18 juin 1970

Là, le cas est tout à fait différent, mais, au soir de l'élection, le pays fut pris de surprise : Harold Wilson était parti très nettement gagnant. Tous les sondages d'opinion des semaines précédentes annonçaient une réélection du gouvernement travailliste par une majorité confortable. La presse évoqua un "renversement inattendu de dernière minute". L'explication est fort simple : pour la première fois, les jeunes Anglais pouvaient voter à 18 ans, et non plus à 21. Or, dans leur immense majorité, les jeunes, qui détestaient Harold Wilson, allèrent voter en masse. En revanche, les "Plus de 21 ans", au contraire, se montrèrent plutôt abstentionnistes. Bref, quelques dizaines de milliers de jeunes Anglais, peut-être un peu plus, avaient fait basculer le pays... sans savoir ce que leur réservait l'avenir : une certaine Margaret Thatcher entrait pour la première fois au gouvernement.

La jeunesse avait changé le cours de l'Histoire.

France, mai 2007

En langage simplifié, les enquêtes menées sur le compte (et sur les comptes) de Nicolas Sakozy vont pouvoir dire sous peu (avant mai 2017) s'il est innocent ou, au contraire, un "pauv' con" victime de sa cupidité.

Oui ou non, a-t-il "triché" aux élections de 2007 ?

Fut-il élu frauduleusement grâce à une campagne électorale aux moyens démesurés, non autorisés dans ses limites ? Si c'est le cas, avait-t-il, grâce aux puissances de l'argent, changé le cours de l'Histoire ? Heureusement non : dans le meilleur des cas, ce sont quelques dizaines de milliers, voire une centaine, de voix qui ont pu être grappillées ou détournées. Or l'écart qui l'a séparé de Ségolène Royal, au premier comme au second tour, était globalement de deux millions de voix. On était bien loin des 120 000 du match Kennedy-Nixon, ou du "renversement inattendu" britannique de juin 1970. Soyons néanmoins vigilants pour que ne revienne pas, anodin, ce mot banni du langage courant depuis 70 ans car utilisé à tort et à travers par Hitler : PLOUTOCRATIE.

Changer le cours de l'Histoire...

Commenter cet article