RONNIE SPECTOR ARTISTE CULTE… MAIS NÉANMOINS HAS BEEN

Publié le par Les auteurs libres

Veronica Bennett dite “Ronnie” est née en 1943 d’un père blanc et d’une mère mi-cherokee, mi afro-américaine. Ses parents se séparent lorsque Ronnie a douze ans. La raison principale ? Le père est alcoolique. Une tare dont souffrira Ronnie, ex-idole des sixties, ex-chanteuse des Ronettes, trio vocal féminin noir américain à l’instar des Supremes.

1960…

Avec sa sœur Estelle et leurs cousines Nedra, Diane et Elaine, en famille elles se sont produites devant des petits comités comme simples accompagnatrices de leur cousin Ira qui chante comme Frankie Lymon, la star du moment. Hélas une audition à l’Apollo de New York manque de virer au cauchemar : pétrifié par le trac, Ira est incapable de sortir la moindre note !

Au pied levé, Veronica chante à sa place.

Ira est viré ; Diane et Elaine le suivent.

Ronnie devient chanteuse par obligation. Restées à trois, Ronnie, Estelle et Nedra décrochent des petits contrats, d’abord sous l’intitulé Darling Sisters, publiant une poignée de 45 tours qui ne marchent pas le moins du monde.

En 1961 elles deviennent Ronnie and the Relatives. Lors de leur première séance d’enregistrement, elles entonnent « What’s so sweet about sweet sixteen ». On peut y entendre ce que l’on veut, notamment l’incitation au détournement de mineure !

Le succès continuant à se refuser, elles deviennent choristes de studio pour les grands noms de l’époque parmi lesquels Bobby Rydell, Del Shannon et Joey Dee. C’est alors que, pour son label de disques Philles, le célèbre Phil Spector (aujourd’hui en prison) se mit en quête d’un groupe vocal féminin dans la lignée des Crystals qui lui avaient rapporté un sérieux paquet de dollars. Au départ, il voulait ne signer que Ronnie, mais le trio refusa d’être démantelé. Bien leur en prit : le 45 tours « Be My Baby » se vendit immédiatement à deux millions d’exemplaires.

Un enregistrement épique : alors qu’en règle générale une chanson est enregistrée en une ou deux heures, celle-là prendra trois jours ! Et les Ronettes ne l’ont pas chantée ensemble : Estelle et Nedra étaient dans un studio new-yorkais tandis que Ronnie était à Los Angeles, sous l’écoute attentive de son producteur qui a fait venir pour elle la crème de la pop music, autant en ingénieurs du son (Sonny Bono) qu’en musiciens de séances ou en choristes, mâles ou femelles (Cher, Darlene Love, Nino Tempo).

Ronnie aurait dû, dès lors, avoir tout pour être heureuse. Mais au contraire elle vivra un véritable enfer durant des années : Spector était tombé follement amoureux d’elle, au point de demander sa main. Elle se fit (un peu) prier ; ils se marièrent en 1968 et divorcèrent en 1973.

Connu pour sa paranoïa, Spector se montra à la hauteur de sa réputation : au fil des mois, il enferma sa jeune protégée dans son studio, lui faisant enregistrer des dizaines de chansons qui ne sortaient pas sur disque !

Pendant ce temps, il envoyait les deux autres Ronettes aux concerts, accompagnées par Elaine, la cousine de Ronnie qui lui ressemblait comme deux gouttes de café, Phil ne supportant pas que la femme de ses pensées se produise en public.

Les Ronettes ayant eu l’occasion d’assurer les premières parties des concerts des Beatles (en Angleterre en 1964, aux Etats-Unis en 1966), Spector redoutait que Ronnie ne soit séduite par John Lennon, grand dragueur devant l’éternel. Ronnie, divorcée, conservera le nom Spector, ça aurait dû pouvoir l’aider. Mais elle devrait affronter un grave problème : l'alcoolisme, qui détruira chacun de ses come back.

Sur scène, parfois elle arrive ivre... ou carrément ne vient pas.

Heureusement il reste le studio, qu'elle retrouve pour enregistrer dans les années 70, reprenant notamment –et brillamment- « Say Goodbye To Hollywood » de Billy Joel. Puis Bruce Springsteen s'intéresse à elle, tente de lui faire remonter la pente. Mais quoiqu’elle fasse, en solo ou, comme elle le fit en 1973 en remontant un nouveau trio de Ronettes, le vrai grand succès populaire n’est jamais revenu. En 1988, les Ronettes originales attaquèrent Spector en justice. Elles lui réclamaient des arriérés impayés de copyright. Le producteur, au bout de nombreuses années de procédure, fut condamné à leur verser une forte somme (entre un et trois millions de dollars)… dont elles ne touchèrent que 10% tant la procédure avait été longue et coûteuse.

Ronnie est aujourd’hui une icône, une artiste culte… mais néanmoins une has been, l’histoire n’ayant retenu d’elle que « Be My Baby ». C’était en… 1963 ! Pour en savoir plus sur les femmes qui ont marqué la musique populaire : http://www.camionblanc.com/?p=detail_livre&ID=348

RONNIE SPECTOR ARTISTE CULTE… MAIS NÉANMOINS HAS BEEN

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