Les méconnues du 20è siècle : PANNONICA DE KOENIGSWARTER

Publié le par Daniel LESUEUR

Kathleen Annie Pannonica Rothschild (1913-1988) doit son curieux prénom à la passion de son père pour les papillons : « banquier par devoir, entomologiste par passion », il avait découvert une espèce inconnue dans une région autrefois appelée la Pannonie et donna le nom à la fois au lépidoptère et à sa fille.

A 18 ans elle quitte Londres pour étudier le dessin, à Munich. De retour en Angleterre, elle se passionne pour l’aviation, apprend à piloter.

En 1935 elle épouse un militaire français, le baron Jules de Koenigswarter et devient baronne. Leur union surprend leur entourage, Nica étant aussi « fofolle » que son mari est grave. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, le baron s’enrôle dans les Forces françaises libres et le couple part combattre pour les Alliés en Afrique équatoriale.

A la Libération, Jules est envoyé comme diplomate en Norvège puis au Mexique.

La vie de femme d’ambassadeur ne sied guère à Nica, bohème et artiste dans l’âme, qui s’installe à New York, abandonnant ses cinq enfants.

Passionnée de jazz, elle devient mécène et bienfaitrice de cette musique encore très décriée. Le couple se sépare en 1951 ; la rupture est officialisée cinq ans plus tard. Entre-temps, son mari aura été déshérité (le divorce est mal vu chez les nobles) mais sa fortune, à elle, reste intacte même si sa famille a coupé les ponts en raison de sa vie considérée comme dissolue : elle s’affiche avec des musiciens noirs comme Duke Ellington, Lionel Hampton, Art Blakey, Miles Davis, Coleman Hawkins, Bud Powell, Charlie Parker.

Et surtout Thelonious Monk, le Prophet of modem jazz, Noir américain petit-fils d'esclaves. Elle a été conquise dès la première écoute de son chef-d’oeuvre, Round midnight. Télérama écrit qu’elle « découvre là l'expression même de la solitude, du déracinement, elle croit entendre sa propre âme en même temps que le cœur même de la musique. Il faut qu'elle rencontre l'homme qui fait surgir tant de beauté ».

Elle le rencontre à Paris en 1954.

« Le nom de Nica faisait souvent la une des journaux à scandale. […] Cette époque n’était pas tendre avec la mixité » rappelle sa petite-fille.

RFI rapporte cette anecdote qui date de 1955 :

Monk et elle sont en tournée dans l’Etat du Delaware. Parce que Monk a besoin de boire, le couple gare la Bentley devant un restaurant sur le bord de la route. Effrayé par la stature du pianiste noir, le patron appelle la police. Laquelle arrive pour coffrer le musicien. La baronne, qui s’est mise à hurler pour qu’on n’abîme pas les mains de Monk, est également embarquée d'autant, circonstances aggravantes, qu’en fouillant le véhicule, la police a découvert de la marijuana.

Pannonica de Koenigswarter prendra sur elle l’accusation de possession de narcotiques. Elle hébergera l'artiste avec ses 102 chats jusqu’à sa mort en 1982. Beaucoup ont voulu remercier la baronne en lui dédiant un morceau, notamment Thelonious Monk (Pannonica), Gigi Gryce (Nica's tempo), Kenny Drew (Blues for Nica), Kenny Dorham (Tonica), Tommy Flanagan (Thelonica), Sonny Clark (Nica) ou encore Horace Silver (Nica's dream).

Pannonica en compagnie de Thelonious Monk

Pannonica en compagnie de Thelonious Monk

Publié dans musique, PEOPLE

Commenter cet article