Une invention française: l'Archéophone d'Henri Chamoux

Publié le par Daniel LESUEUR

Cet objet unique en son genre s'adresse à un public restreint, érudit et passionné: les détenteurs d'enregistrements rarissimes de la fin du XIXe siècle.

Archéo vient du grec arkhaios qui signifie ancien, et «phone» vient du grec phônê qui signifie «voix». L’Archéophone, en toute logique, est une machine qui permet de restituer les voix anciennes… et par extension les enregistrements anciens.

Anciens… dans quelle mesure ?

L’enregistrement sonore est une invention relativement récente, puisqu’il remonte à 1857. Les enregistrements les plus anciens furent réalisés durant le dernier quart du XIXe siècle, sur deux supports différents : les disques (ronds et plats) et les rouleaux appelés également cylindres.

La première catégorie, les disques, a bien traversé le temps : ceux qui n’ont pas été cassés sont aujourd’hui aussi audibles qu’il y a 130 ans. En revanche, en ce qui concerne la seconde catégorie, les rouleaux, ils ont énormément souffert de la pollution, se sont recouverts de champignons, de moisissure.

Ce sont des documents à jamais perdus…

Pourquoi a-t-on laissé moisir les rouleaux ?

En 1877, plus d'un demi-siècle avant la découverte du vinyle, le disque et le rouleau étaient en concurrence. En toute logique, le rouleau aurait dû gagner la bataille: on pouvait à la fois l’écouter et l’enregistrer, voire le réenregistrer (c’était l’équivalent de la bande magnétique et de la minicassette des années 60). Le disque, lui, on ne pouvait que l’écouter.

Or, contre toute attente, c’est le disque qui, en 1900, finit grand gagnant.

Pourquoi ce dénouement illogique ?

Les fabricants de rouleaux, âpres au gain, décidèrent de confectionner des rouleaux qui ne soient utilisables que sur leurs propres phonographes. Concrètement, les rouleaux Edison n’étaient utilisables que sur des machines Edison. En revanche, les disques de toutes les marques (Pathé, etc.) étaient utilisables sur les phonographes de toutes les marques. L’amateur de musique n’allait pas faire l’achat de quatre ou cinq phonographes onéreux pour pouvoir écouter tous les rouleaux disponibles sur le marché.

Rapidement, les rouleaux se virent relégués au grenier…

Au grenier ou à la cave, où les moisissures les endommagèrent irrémédiablement.

Henri Chamoux (né en 1970, fils du photographe Jean Chamoux) pensa aux collectionneurs qui, à grand peine, parvenaient à amasser des rouleaux non endommagés et se mit à leur place: devaient-ils, eux aussi, acheter quatre ou cinq phonographes (dont le prix, évidemment, avait été démultiplié en cent ans) ?

Chamoux construisit l’Archéophone

Cette très astucieuse machine permet de lire (d’écouter) tous les rouleaux (toutes marques, tous formats); l'Archéophone est le seul appareil moderne qui soit capable de lire tous les formats de cylindres phonographiques de cire ou de celluloïd, tels qu'ils furent produits entre 1888 et 1929, et même plus tard.

Ces enregistrements sonores, on l’a vu, sont fragiles et s'usent très vite s'ils sont lus sur des appareils d'époque.

L'Archéophone, qui permet la transcription des cylindres sur CD, est désormais utilisé par les plus grandes archives qui possèdent de tels supports sonores: Bibliothèque du Congrès, BNF, Musée Edison, ainsi que d'autres institutions et collections privées.

L’ Archéophone est-il commercialisé ? Non !

Mais si l’on soupçonne monsieur Chamoux d’être capable de fabriquer sa machine en série, le nombre de clients potentiels est, comme nous venons de le voir, bien trop restreint. Et puis la machine est trop encombrante.

A l’ère du MP3, gageons que les acheteurs ne se presseraient pas à la porte de monsieur Chamoux. Fiche technique Dimensions hors tout (L.P.H., en mm): 540 x 320 x 330.

Poids: 24 kg.

Poids total avec les accessoires, en caisse (650 x 400 x 420) pour le transport aérien: 45kg.

Appareil silencieux et robuste, offrant la plus grande sécurité dans la manipulation des cylindres.

Simplicité d'emploi, fabrication soignée.

Parfait équilibre dynamique du bras à la lecture. Grande longueur des mandrins, garantissant une bonne tenue des cylindres «rétrécis» ou trop lâches. Centrage aisé de la surface des cylindres par déplacement de l'axe de rotation, sans outil et par vis micrométriques.

Garantie d'une mesure précise de la vitesse de rotation. Possibilité de lecture au ralenti, utile pour certains transferts.

Une invention française: l'Archéophone d'Henri Chamoux

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