Les méconnus du 20è siècle : Franck Bauer

Publié le par Daniel LESUEUR

"Les Français parlent aux Français", c'était lui...

Dans la France occupée, il ne faisait pas bon être fou de jazz, cette « musique de nègres » détestée par les nazis. Franck Bauer allait en faire l’expérience : le seul endroit où il puisse en jouer sereinement, c’était à Londres. Mais avant de se produire dans la boîte de nuit proche des studios de la B.B.C. où chaque soir il présentait l’émission « Les Français parlent aux Français », il avait vécu de bien pénibles aventures.

De son livre pertinemment intitulé « 40 à Londres » à celui écrit par son neveu, « Franck Bauer et l’épopée de Radio Londres », on en apprend beaucoup sur ce gars né à Caen en 1919 et qui pensait devenir architecte avant de devenir… batteur de Django Reinhardt.

A quatorze ans, au retour d'un séjour linguistique dans l'Allemagne nouvellement nazie, il déclare à ses parents :

"On va avoir la guerre, on va la perdre et, ce jour-là, je m'en irai".

Pas mal pour quelqu’un qui n’avait « aucune conscience politique, juste un instinct de liberté » que lui avait appris le jazz (Little Big Bauer, documentaire de Philippe Rouquier, 2011).

Il lève les voiles en juin 1940, embarquant clandestinement sur un cargo en partance pour l’Angleterre.

Il est engagé dans les Forces françaises libres à Londres, ce que Jean Oberlé raconte en quelques lignes dans son livre "Jean Oberlé vous parle..." :

- Maigre, à la fois cynique et naïf, intelligent et drôle, il avait une vingtaine d'années, était profondément patriote, avec une haine des Allemands et des Italiens, bien compréhensible, quand on saura que, pendant l'exode, sa sœur et lui, à bicyclette sur les routes de France, avaient été mitraillés par des avions ennemis.

Il avait abandonné dans un presbytère sa sœur, grièvement blessée, certain qu'elle était morte, et il parlait avec tristesse de cette sœur chérie jusqu'au jour où il reçut de France une lettre d'elle, guérie miraculeusement. Frank Bauer en conçut une joie profonde, et se lança avec encore plus de frénésie dans la musique de jazz et sur le piano qu'il tenait dans une boîte de nuit. Il arriva même à convaincre Jacques Duchesne de lui laisser faire le samedi, à minuit et demi, une émission d'un quart d'heure sur la musique de jazz, émission dont il croyait sincèrement qu'elle aidait la jeunesse française à résister.

Bien mal préparé aux missions militaires qui allaient lui être confiées, il est envoyé en Cornouailles britannique auprès de pêcheurs bretons ralliés à De Gaulle et participe à deux missions en territoire français occupé puis expédié aux Etats-Unis pour y vérifier qu'un complot ne se fomente pas contre la marine marchande fidèle à l'amiral Muselier.

« Pendant quatre ans, j'étais l'équivalent de PPDA », déclare-t-il, à l’âge de 90 ans, au journaliste du Parisien venu l’interviewer le 18 juin 2009 : chaque soir, au micro de Radio Londres, il délivra des messages codés à destination de la Résistance et des chefs de maquis. Le plus célèbre d’entre tous est évidemment celui qui annonça, la veille, le débarquement du 6 juin1944 :

- Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur monotone, je répète, les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur monotone.

Les méconnus du 20è siècle : Franck Bauer

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