Les méconnues du 20è siècle : Suzy Solidor

Publié le par Daniel LESUEUR

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Elle avait une personnalité trouble et un culot insensé... On la dit descendante de Surcouf. Née de père inconnu, Suzanne Louise Marie Marion (qui deviendra Suzanne Rocher à l’âge de sept ans lorsqu’elle sera adoptée par son beau-père) est née, en 1900 ou 1906 selon les sources, à quelques encablures de Saint-Malo. Et son répertoire se réfère plus que fréquemment au monde de la mer et des pirates, dont elle aurait pu faire partie tant elle avait un physique de garçonne (très à la mode, d'ailleurs, à l’époque).

On la surnomme la Madone des Matelots.

Elle garde une âme de voyageuse (elle est la première Bretonne à obtenir le permis de conduire à 17 ans) qui lui vaut un amoureux célèbre en la personne de l'aviateur Jean Mermoz. Mais auparavant elle avait vécu dix ans avec Yvonne de Brémond d’Ars, collectionneuse d’art qui lui apprit le métier d’antiquaire que Suzanne Rocher, qui se fait désormais appeler Suzy "de" Solidor, pratiquera à la fin de sa vie.

Au cinéma, on la voit dans Jalousie / La Garçonne, fin 1935, aux côtés de Marie Bell, Arletty et Edith Piaf qui recueille de plus en plus de succès, obtenant ici son premier rôle sur grand écran. Un film qui fait date dans l'Histoire de la libération de la femme : Marie Bell interprète une jeune bourgeoise qui décide de mener une vie moderne et indépendante après avoir découvert que son fiancé la trompe, et se laisse draguer par Edith Piaf et Arletty dans un cabaret pour lesbiennes où chante Suzy Solidor !

Son 78 tours "Ouvre", censuré, est l'hymne des femmes homosexuelles qui parlent désormais de solidorisme plutôt que de saphisme. Après avoir quelques temps mené une revue au Casino de Paris, Solidor choisit de se faire l'interprète de la chanson à texte. De sa voix grave, elle impose le respect et l'écoute attentive des poèmes de Brassens, Caussimon, Paul Fort, etc.

Son plus grand succès reste Escale, dont tout le monde connaît le premier vers : "Le ciel est bleu, la mer est verte..." et c'est au cabaret, lieu privilégié, qu'elle exprime son art. Elle délivre également une version en français de Lili Marlene qui sert de générique à Fernsehsender Paris, la chaîne expérimentale de télévision française directement destinée aux soldats allemands en convalescence à Paris.

Etait-elle pro ou antinazi ? Son attitude était équivoque.

Durant les sombres années de l'Occupation, Suzy Solidor cachait chez elle le prince Napoléon, activement recherché par la Gestapo, mais elle tenait également un cabaret très à la mode et très fréquenté par les Allemands ; l'un d'eux aurait eu, avec elle, une relation suivie. Le comité d'épuration lui en tiendra rigueur. Une interdiction administrative d'exercer sa profession à Paris pendant six ans lui donne l'occasion de se produire en province et à l'étranger. En 1952, elle rouvre un cabaret que, forte de sa notoriété, elle peut nommer tout simplement Chez Suzy Solidor, et être sûre de le remplir chaque soir. Elle le ferme en 1960...

Elle abandonne le monde du spectacle en 1965, se retire à Cagnes-sur-Mer (Côte d'Azur) et meurt en 1983. Elle lègue autant à la peinture qu'à la chanson : à l'instar de Lucienne Boyer qui avait inspiré les "Montparnos", Suzy Solidor, après s'être installée à Paris, était tombée, en 1922, sous la coupe du peintre van Dongen et devint dès lors la chanteuse la plus portraiturée du siècle, croquée par plus de 250 artistes dont Foujita, Marie Laurencin, Picabia, Francis Bacon... et Cocteau, dont en contrepartie elle chantera ou récitera les textes (Attendre, sur l'album Le Sillage de l'amour).

Les méconnues du 20è siècle : Suzy Solidor

Publié dans musique, CINEMA, PEOPLE, LIVRES

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