Les méconnues du 20è siècle : Gribouille et Betty Mars

Publié le par Daniel LESUEUR

Présentées comme deux des nombreuses héritières artistiques d'Edith Piaf, elles n'eurent pas le temps de faire leurs preuves...

Yvette Baheux dite Betty Mars est née en 1944 d'une famille de dix enfants. Elle publie son premier disque en 1971, «Monsieur l'étranger», qui lui vaut le Prix de l'Académie Charles-Cros catégorie Premier disque. En 1972 elle se présente au Grand Concours de l'Eurovision avec «Come, comédie» ; hélas elle finit 11è sur 18. Sa beauté ne pouvant laisser indifférent les réalisateurs de cinéma, elle tourne un peu en tant qu’actrice mais on retient plus volontiers sa participation au film «Piaf»(1973) : elle double vocalement l'actrice Brigitte Ariel pour toutes les chansons. Il lui vient alors l'idée de monter un spectacle entièrement consacré à Edith. Mais le public se détourne d'elle. Celle qui fut adulée à Rio et Las Vegas en tant que meneuse de revue dans les années soixante supporte difficilement de finir animatrice de cabarets parisiens. Elle se jette par la fenêtre début 1989. Elle avait 45 ans.

Marie-France Gaité dite Gribouille n'avait pas revendiqué l'héritage de Piaf, ce sont les médias qui lui collèrent cette étiquette qui, très certainement, la desservit car elle avait sa propre personnalité : elle avait cosigné toutes les chansons qu'elle interprétait et s'était constitué un répertoire original. Comme l'écrit Pascal Sevran (Dictionnaire de la chanson française, 1986), "A la mort d'Edith Piaf, on a voulu en faire une seconde "môme". Mais la personnalité de Gribouille était beaucoup trop puissante pour accepter un tel calque...".

Née à Lyon en 1941, elle souffre très tôt de troubles psychologiques et doit être placée en hôpital psychiatrique. Elle en gardera, jusqu'à la fin de sa vie, l'habitude de consommer en masses des substances médicales tranquillisantes.

La légende raconte qu'en 1960 elle arriva en stop à Paris à bord d'un corbillard. Elle dessine sur les trottoirs, elle "gribouille" (d’où son pseudonyme) pour assurer sa pitance et attire l'attention d'un promeneur attiré par son physique androgyne. Ce promeneur, qui n'est autre que Jean Cocteau, avait cru avoir affaire à un jeune garçon. Cocteau l’invite à se produire dans des cabarets, au « Bœuf sur le toit » et à la « Cabane bambou ». Plus tard, ce sera « L'Ecluse », temple qui avait révélé Barbara.

Elle chante des chansons graves, comme ces fameux « Boutons dorés », de Jean-Jacques Debout, dont Barbara, justement, a publié une version sur disque. Le sujet : les orphelins de guerre. Le ton est donné à son répertoire. Un répertoire grave qu'on assimila à celui de Piaf lorsque celle-ci mourut, en novembre 1963, pour ne pas laisser de "blanc" dans l’histoire de la chanson réaliste. C’est peut-être la raison pour laquelle ses premiers 45 tours sortent à partir de 1963 : un directeur artistique lui aurait-il accordé sa chance s’il n’y avait pas la course à la « couronne Piaf », course dans laquelle étaient déjà engagées Rosalie Dubois, Georgette Lemaire et bientôt Mireille Mathieu ?

Elle publie une trentaine de chansons sur le petit format réducteur du 45 tours. A ce moment, on peut croire qu'elle va percer : elle "fait" Bobino en 1966 en première partie du crooner François Deguelt et sa chanson « Mathias » passe fréquemment à la radio. Elle change de maison de disque, quittant Pathé / Columbia au profit de Disc’AZ, filiale d’Europe n°1. Rien d’étonnant à cela : son nouvel agent n’est autre que « Babar », Arlette Tabart, programmatrice dans la grande station de radio. Un album 33 tours est bientôt prêt. Il sera, hélas, posthume : ce début de réussite dans le show business n’est pas suffisant pour empêcher la jeune femme de se suicider le 18 janvier 1968 à 27 ans.

Quel gâchis : son style original, farouche, rebelle aurait à coup sûr fait les délices des contestataires de Paris-mai.

Les méconnues du 20è siècle : Gribouille et Betty Mars

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