La fin de Radio Northsea International

Publié le par Daniel LESUEUR

Après des débuts fracassants et remarqués en 1970 (lire http://blog-des-auteurs-libres.over-blog.com/2014/08/janvier-1970-naissance-de-radio-northsea-international.html), la station eut une histoire fort peu banale qui vous est contée en plusieurs épisodes. Elle renversa le gouvernement britannique en juin 1970 (lire http://blog-des-auteurs-libres.over-blog.com/2014/08/juin-1970-radio-north-sea-international-fit-campagne-contre-harold-wilson.html), fut attaquée à la bombe en mai 1971 (lire http://blog-des-auteurs-libres.over-blog.com/2014/08/mai-1971-radio-northsea-attaquee-a-la-bombe.html ), fut soupçonnée d'espionnage et enfin d'être impliquée dans l'attentat de Lockerbie (lire http://blog-des-auteurs-libres.over-blog.com/2014/08/une-radio-pirate-lien-entre-khadafi-et-l-attentat-de-lockerbie.html).

Le 31 août 1974, la loi anti-pirate devient effective en Hollande et marque la fin de RNI et de Radio Veronica (Radio Caroline, quant à elle, prend la décision de poursuivre ses programmes, tout comme elle l'avait fait, sept ans auparavant, en bravant la loi anglaise). RNI diffuse un programme d'adieu qui s'achève avec un bruit de bateau qui s'engloutit dans la mer. Mais le navire n'a pas coulé ; la direction envisage de l'ancrer au large de l'Italie, et de réémettre, en conservant les mêmes initiales "R.N.I.", sous le nom de "Radio Nova International" et non plus "Radio North Sea International". Mais auparavant, il faut revoir entièrement l'état des deux Mebo.

Pour éviter de payer des droits de douane durant leur séjour à quai pour remise en état, le matériel d'émission ainsi que la discothèque et les archives sont placés sous scellés afin d'être simplement considérés comme "marchandise en transit".

Le Mebo I est rebaptisé "Angela". Le Mebo II, quant à lui, subit d'importantes transformations : les deux grands studios sont démontés pour en construire trois plus petits ainsi qu'une discothèque. Une deuxième antenne est fixée, en prévision de programmes en langue italienne la nuit, tandis que la journée sera diffusé un programme international.

Vingt millions de florins ont ainsi été investis.

Or, le 10 octobre, les deux bateaux sont saisis par la police : en vertu de la toute nouvelle législation hollandaise, nul ne peut posséder, à bord d'un bateau, du matériel d'émission autre que celui destiné aux communications maritimes. L'affaire dure deux mois.

R.N.I. quitte l'Europe

Le 10 décembre 1974, Mebo II est autorisé à naviguer, sous réserve d'être délesté de son matériel d'émission. Une bataille juridique s'engage au terme de laquelle, le 27 mars 1975, il est décidé que Mebo II peut quitter la Hollande s’il s'engager à ne pas émettre en eaux européennes pendant deux ans. Une caution de 25 000 florins est exigée ainsi qu'une amende de 5 000 florins pour détention de matériel non autorisé depuis le 31 août 1974. Malgré ce jugement, des rumeurs circulent. Record Mirror du 19 avril 1975 prétend que RNI a l'intention de revenir s'ancrer au large de la Hollande.

Mais sa véritable destination est la Libye qui accueille les deux bateaux à la fin du printemps 1977 : RNI émet en toute légalité depuis le port de Tripoli : https://www.youtube.com/watch?v=Qi5f1jaVW30. Mais finie la pop music. Le contenu des programmes est d'un tout autre ordre : le 29 juin 1977, les émetteurs à bord du Mebo II sont loués par le gouvernement lybien pour relayer les programmes en anglais de SPLAJBC (Socialist People's Lybian Arab Jamahiriyah Broadcasting Corporation), eux-mêmes émis depuis Tripoli sur 1406 kHz (214m OM).

Considérant que les retombées en faveur des ambassades libyennes dans le monde sont inexistantes, l'expérience cesse au bout de quinze jours. Le 8 août 1977, Mebo II et Angela lèvent l'ancre, quittent le port de Tripoli pour s'installer, dans un premier temps à Banghazi puis dans le port de Derna, à un millier de kilomètres de Tripoli, mais tout près de la frontière égyptienne. Grâce au Mebo II, la Lybie émet désormais les programmes de LBJ (station également nommée Lybian Post-Revolution Broadcasting).

Le 5 avril 1978, les deux navires, revenus à Tripoli, deviennent officiellement propriété de la Lybie. Ils sont repeints et, une fois de plus, rebaptisés, le Mebo II devenant "El Fatah", tandis qu' Angela, ex-Mebo I, s'appellera désormais "Almasira".

En cale sèche, considérés comme navires militaires, ils sont en permanence surveillés par une douzaine de gardes armés ; quant à ceux qui y travaillent, il leur est interdit d'évoquer jusqu'à l'existence même du bateau-radio. D'ailleurs, les journalistes et même les animateurs ne peuvent plus émettre en direct : pour un meilleur contrôle de leurs propos, leurs programmes doivent être préenregistrés à terre.

Secret défense !

A partir du 11 juin, les programmes de SPLAJBC reprennent. Fin juin, il est décidé que le bateau-radio n'émettra plus, désormais, que des lectures du Coran. Mais bientôt un porte-parole de la Marine lybienne annonce que les deux bateaux seront coulés en Méditerranée afin d'éviter qu'ils ne tombent "entre des mains indésirables" (la Libye, semble-t-il, pense aux Israéliens). Commence alors un long périple, en 1979, de Tripoli jusqu'à Malte. On perd ensuite la trace des deux navires, jusqu'à 1981, au Portugal.

L'année suivante, des rumeurs circulent considérant leur rachat par Radio Caroline. En réalité, depuis 1978, l'ex-Mebo II continuait de diffuser les programmes de SPLAJBC. En 1980, les deux navires, comme annoncé, furent détruits après avoir servi de cible à la Marine libyenne.

La fin de Radio Northsea International

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