Edith Piaf durant l'Occupation, la valse des amants

Publié le par Daniel LESUEUR

Le fait d'habiter dans une maison de passe eut-il une influence sur sa vie privée ?

Elle est déjà loin, la "môme Piaf" qui n'avait que des mauvaises fréquentations...

La môme Piaf que la police avait cuisinée pour tâcher d'en savoir plus sur le meurtre de son protecteur Louis Leplée. Mais elle n'est pas encore totalement respectable car son répertoire flirte encore trop avec le "populaire".

Jusqu'à 1936, Les coupures de presse sont impitoyables (introuvables aujourd'hui, elles ont été rassemblées par Bernard Marchois dans le livre "Emportée par la foule") :

- Ce disque relève de ce genre dit réaliste qui est bien la forme la plus niaise du romanesque noir.

- Cette voix humide, enrhumée, encore enfantine et déjà désespérée vous fait paraître définitives les paroles les plus stupides des chansons les plus bêtes et les plus connues.

- Sa toilette et sa tenue ne sont ni plaisantes ni laides, elles sont sans caractère et sans goût. Son interprétation et sa voix ne sont ni bonnes ni mauvaises, elles sont sans couleur et sans émotion.

Trois ans plus tard, Raymond Asso lui avait sauvé la mise

Il pouvait partir au front, fier de lui. Bientôt Edith n'aura plus de détracteurs.

"L'Accordéoniste"

Deux jours après le déclenchement de la guerre (ou, selon d'autres sources, en février 1940), Michel Emer propose "L'Accordéoniste" à Edith.

La rencontre a lieu le jour de l'incorporation du caporal. Emer devait partir le soir même. Edith lui obtient un sursis. "L'Accordéoniste" représente un moment clé de son tour de chant, qu'elle devra malheureusement extirper de son répertoire dès 1943 sous la demande pressante des nazis qui objectent que Emer est juif.

La valse des amants

De 1942 à 1944, Edith réside chez "madame Billy", une maison de passe : en ces périodes de restrictions, c'est le seul logement chauffé qu'elle a pu trouver. Les hommes s'y succèdent à un rythme effréné : Edith s'enflamme pour Paul Meurisse, lui même rapidement remplacé par Henri Contet. Entre-temps, elle a eu une liaison avec le pianiste Norbert Glanzberg

En 1943, une très courte aventure avec Fred Adison, puis avec Jacques Josselin. Mais de tous c'est Meurisse qui l'a véritablement transformée en grande dame.

Piaf et Paul Meurisse, la rencontre improbable

L'acteur va totalement transformer la chanteuse. Avec Meurisse, a priori, l'aventure peut sembler purement physique. Or il amènera Edith à découvrir un autre aspect de la scène : le théâtre. Elle avait demandé à son ami Jean Cocteau d'écrire pour elle.

Une chanson l'aurait ravie… Cocteau fera mieux avec "Le Bel Indifférent", un "monologue à deux". Une mise en scène excessivement hardie : alors que quiconque aurait placé Edith seule sur les planches, Cocteau eut l'idée de génie d'impliquer son amant du moment. Et de fait Meurisse est présent sur la scène, du début à la fin de la pièce… mais jamais il ne prononcera la moindre parole pendant la demi-heure que dure cette pièce en un acte.

Il lit le journal !

Meurisse, comme beaucoup, doit partir au front Edith obtient pour lui un sursis de six jours pour assurer les premières représentations, du 20 au 25 avril 1940. Il est immédiatement remplacé par Jean Marconi (du 26 avril au 14 mai). Mais l'absence de Meurisse est de courte durée, même s'il doit, une nouvelle fois, quitter les planches pour se faire opérer de l'appendicite ; dès l'été, il est de retour auprès d'Edith… en concurrence avec Henri Contet.

La valse des amants (bis)

Contet, personnage un peu à part, est en avance dans le monde de la chanson. Plus intellectuel que la moyenne des auteurs, il a fait des études et est issu du journalisme. Il commence à cosigner en 1932 une chanson pour Lucienne Boyer et ne fait la connaissance de Piaf qu'en 1940. C'est aussi à cette époque qu'est conçue, par Glanzberg, l'ossature de "Padam, padam", chanson qui va mettre plus de dix années à venir au monde.

Edith Piaf durant l'Occupation, la valse des amants

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