Carol Kaye, plus d'un demi-siècle dans l'ombre des stars du rock

Publié le par Daniel LESUEUR

Son nom (en France particulièrement) est inconnu, même des spécialistes. Elle a choisi de rester anonyme et pourtant elle a joué sur plus de 10 000 disques

L’exemple féminin le plus étonnant d’intégration dans le monde du rock, très macho à ses débuts, est celui de cette Américaine née en 1935 dans une famille de musiciens très pauvres et qui donnait des cours de guitare dès l’âge de 14 ans.

Dans les années 1950, on la retrouve guitariste de jazz dans de nombreux clubs de Los Angeles.

C’est un hasard qui la fait bifurquer

Fin 1957, Sam Cooke, le roi de la soul, requiert ses services de guitariste pour une séance d’enregistrement. En 1958, elle joue sur « La Bamba » de Ritchie Valens. Encore après, elle est sur le célèbre « And then he kissed me » des Crystals, sur « Let’s dance » de Chris Montez et sur les thèmes des feuilletons télévisés « Mannix », « Mission : Impossible », « Kojak » et « M*A*S*H » pour ne citer que les plus connus en France. Et quelques mois plus tard on lui demande de remplacer au pied levé un bassiste qui n’était pas venu à l’heure.

La guitariste de jazz devient bassiste de pop !

Est-ce l’attrait d’être accompagné par une femme – pas laide au demeurant – qui la propulse au premier plan ? Toujours est-il qu’elle ne craint pas le chômage !

Dans les années soixante, elle va jouer sur des centaines d’albums et de 45 tours dont un grand nombre se retrouve au sommet du hit-parade : « Good vibrations » et « Pet Sounds » pour les Beach Boys, « These boots are made for walking » et « Somethin’ stupid » pour les Sinatra, « Homeward Bound » pour Simon and Garfunkel, « I’m a believer » pour les Monkees, « Suspicious Mind » pour Elvis Presley, « Feelin’ Alright » pour Joe Cocker, de nombreuses sessions pour Phil Spector dont « River deep, mountain high » de Tina Turner, etc.

Exceptionnellement elle reprend la guitare douze cordes pour un album de Frank Zappa (« Freak out ») et se barre en plein milieu de l'enregistrement de l’album suivant, « Absolutely Free », choquée par les paroles des chansons (elle et Frank resteront quand même amis). A l’orée des années 1970, elle va alterner musiques de films (et pas des moindres, puisque Spielberg en personne fait appel à ses services) et jazz, les deux parfois se mêlant lorsqu’elle enregistre avec Quincy Jones, Ray Charles ou Michel Legrand.

En parallèle, elle donne des cours de basse Ceux qui souhaitent devenir ses élèves sont si nombreux qu’il lui vient à l’idée, dès 1969, de rédiger des méthodes, aujourd’hui disponibles sur DVD.

Carol Kaye, la star des stars ?

Indiscutablement tous les professionnels la connaissent, depuis 55 ans qu’elle hante les studios d’enregistrement. En revanche l’homme de la rue ignore totalement son existence, croyant de toute bonne foi que, par exemple, ce sont les Beach Boys qui jouent sur les disques des... Beach Boys.

Et non, avant 1967, peu de pop stars étaient assez bons pour jouer de leurs instruments en séance d’enregistrement. En concert ça passait à peu près, avec les cris du public qui cachent les fausses notes. Mais sur disque, ça ne passait pas.

Une juste reconnaissance

Afin que le grand public sache enfin un jour qui est Carol Kaye, la chanteuse Laura Veirs, en 2010, publia sur son CD « July Flame » une chanson tout simplement intitulée « Carol Kaye » (pour en savoir plus : http://www.camionblanc.com/?p=detail_livre&ID=348.

Carol Kaye, plus d'un demi-siècle dans l'ombre des stars du rock

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