Radio Newyork International, bateau-radio pirate

Publié le par Daniel LESUEUR

Cette radio, "R.N.Y.I.", également connue sous le sigle "R.N.I.", comme son nom l'indique, est américaine.

L'histoire de Radio Newyork International ("Newyork" en un seul mot)

à sa tête se trouve une bande d'amis passionnés de radio libre. En Europe, dans les années 60 et 70, il est (presque) monnaie courante de démarrer une station de radio à partir d'un bateau ancré en eaux internationales. Aux U.S.A., le phénomène est inédit : l'unique précédent remonte à 1933. Encore faut-il préciser que la station RKXR était panaméenne. Depuis, la seule tentative répertoriée est celle du révérend McIntire dont l'échec manifeste aurait de quoi refroidir les ardeurs des Américains les plus passionnés. Toutefois, la fin prématurée de Radio Free America ne donna pas au F.C.C. l'occasion de se manifester. Difficile, pour les instigateurs du projet Radio Newyork International, de savoir si la puissante organisation aurait pris d'assaut, ou non, le navire de R.F.A..

C'est donc une vaste partie de bras de fer qui s'engage, au milieu des années 80, entre RNI et le FCC, qui, rapidement, envisage de s'emparer de toute station de haute mer, saisir et confisquer son matériel d'émission et inculper les responsables.

Ces menaces seraient-elles mises à exécution ?

Les dirigeants du projet R.N.I. pensent le contraire ; ils ont en effet découvert un vide juridique qui leur donne tous les espoirs. Le F.C.C. (Federal Communications Commission), en effet, n'a pouvoir exécutif que sur les stations localisées sur le territoire des Etats-Unis, ce qui, visiblement, n'est pas le cas d'un bateau ancré au large.

Mais R.N.I. ne peut pas se permettre de jouer avec le feu : les moyens financiers à la disposition de la vingtaine de jeunes gens impliqués dans le projet sont extrêmement limités, leur permettant uniquement d'acquérir et d'équiper un bateau de pêche japonais qu'ils baptisent le Sarah. Ils le font enregistrer au Honduras et y installent trois émetteurs (OC, OM et FM).

L'ensemble des opérations s'étale sur un an et demi

Pendant ce temps, les deux principaux instigateurs du projet, Allan Weiner et Joe P. Ferraro, se rendent en Europe pour rencontrer Ronan O'Rahilly et passent une partie du mois de novembre 1985 à bord du navire de Radio Caroline. Le 23 juillet 1987, R.N.I. diffuse ses premiers programmes depuis un point situé à cinq kilomètres de la côte de Long Island (New York). Il est décidé qu'à compter du 1er août, 10% des recettes publicitaires seront versés à des œuvres caritatives prenant soin des sans-abris new-yorkais.

Mais le F.C.C. ne laissera pas R.N.I. mettre son projet à exécution

Le 28 juillet, vers 5h du matin, le navire fait l'objet d'un raid effectué par les garde-côtes. Le matériel à bord est littéralement saccagé et trois hommes sont conduits à terre, menottes aux poignets : Allan Weiner, propriétaire du bateau, Ivan Rothstein, directeur de RNI (tous deux risquent cinq ans d'emprisonnement et une amende de 250 000 dollars), ainsi que R.J. Smith, journaliste au Village Voice.

Les autorités, toutefois, daignent se montrer clémentes : aucune poursuite ne sera engagée si les responsables de RNI s'engagent à ne plus tenter d'émettre illégalement. En revanche, s'ils réitèrent, ils seront doublement poursuivis, la justice tenant compte, rétroactivement, du flagrant délit de juillet.

L'affaire s'envenime : Martin Gottlieb, directeur du Village Voice, prend la défense de son employé qui a été gardé à vue sept heures durant dans les locaux de la police et à qui on a passé les menottes comme à un quelconque malfaiteur. Il lui fut totalement impossible d'exhiber sa carte de presse, ce qui lui aurait pourtant évité ces désagréments. En toute évidence, les agents fédéraux se sont, non seulement défoulés, mais aussi vengés : la plupart des jeunes gens qui participent à l'aventure de RNI avaient déjà été impliqués dans l'élaboration de nombreuses stations pirates terrestres new-yorkaises dès 1971.

Le 15 octobre 1988, R.N.Y.I. est de retour sur les ondes.

Deux jours plus tard, à 10h du matin, une vedette des garde-côtes s'approche du Sarah. Cette fois, l'équipage n'est plus décidé à se laisser imposer le silence ! Les autorités se voient refuser l'accès au bateau-radio. R.N.Y.I. cesse toutefois ses programmes… en attendant que les choses se calment. Un peu avant Noël, le juge en charge de l'affaire indique aux jeunes gens qu'une fréquence en onde moyenne (1610 kHz, soit 186m) sera disponible sous peu et qu'elle peut leur être réservée afin de leur permettre d'émettre en toute légalité depuis la terre. Weiner refuse cet arrangement, expliquant qu'il veut œuvrer pour une radio libre et indépendante de tout contrôle de la part du F.C.C.. Weiner et Rothstein, qui jurèrent de reprendre leurs émissions dès que possible, continuèrent d'enregistrer des programmes qui furent diffusés par des stations telles que WRNO, sur 7355 kHz.

Mais R.N.I. (ou R.N.Y.I.) ne reprit jamais la mer

En 1989, les USA étendaient la limite de leurs eaux territoriales et le Sarah, qui était resté au même point d'ancrage, au large de Long Island, tombait sous la juridiction des U.S.A.. RNI reste le symbole d'un espoir fou : si Weiner et Rothstein avaient pu prouver leur totale légitimité, on aurait pu s'attendre à voir surgir des dizaines de bateaux-radios tout autour des USA et leur règne aurait duré, au moins, le temps nécessaire aux autorités pour faire modifier la Constitution, peut-être même Etat côtier par Etat côtier. Au contraire, tant que le vaisseau demeure silencieux au large de New York, le F.C.C. demeure indiscutablement tout puissant.

Le Sarah restera à jamais sans voix : il fut vendu par Weiner en 1993 aux studios M.G.M. pour que le bateau explose dans le film "Blown Away". Fury Al Weiner, qui n'a pu mener à bien le projet R.N.Y.I., s'implique, début 1993, dans un projet similaire, à plus grande échelle.

Depuis le M/V Fury, quatre stations différentes pourraient diffuser simultanément leurs programmes. Des transmissions-test eurent lieu, probablement fin décembre 1993, assurément début janvier 1994. Mais le 19, le F.C.C. et les garde-côtes prirent le Fury d'assaut et le réduisirent au silence.

Radio Newyork International, bateau-radio pirate

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