Mistinguett, star du début du 20ème siècle (2)

Publié le par Daniel LESUEUR

Mistinguett et sa folle énergie (1915-1939)

Connue jusqu'aux antipodes, c'est à Paris que son public se détourne : pendant la guerre, elle a accepté de se produire devant un parterre d'officiers allemands

La guerre, justement, parlons-en, mais d’abord de la première.

Durant les années du conflit, la condition d'artiste est loin d'être idyllique. La capitale s'avère momentanément trop risquée. Mistinguett se produit trop brièvement aux Variétés dans une reprise de « La Vie parisienne » d'Offenbach ; elle devait se produire à l'Olympia, mais doit se faire opérer d'urgence. Pour elle qui ne peut rester inactive ("Mon seul vice, c'est mon métier", proclamait-elle), pas question de convalescence ; elle entame une tournée dans toute la France durant l'été 1915.

De retour à Paris, en 1916, elle triomphe aux Folies-Bergère et accapare la place de meneuse de revue laissée vacante par Gaby Deslys

L'on chante, danse et applaudit sous la menace des alertes annonçant les bombardements de la Grosse Bertha.

Anecdote tragi-comique : il faut réglementer les conditions du remboursement des spectateurs. En cas d'alerte après vingt-deux heures, la recette reste acquise. Au contraire, si les sirènes mugissent avant 22h, l'auditoire est remboursé... Et les artistes ne sont pas payés.

Des revues comme s’il en pleuvait...

« Paris qui danse », « Paris qui Jazz », « Parikiri », « Paris en l'air », « En douce », « Bonjour Paris », « Paris Miss », « La Revue Mistinguett » : les spectacles renommés et réputés s'enchaînent au Casino de Paris à partir de 1918, au Moulin-Rouge à partir de 1924, puis à nouveau au Casino de Paris, un choix qui s'impose de lui-même ; en raison de l'essor phénoménal du parlant à partir de 1929, l'Olympia et le Moulin-Rouge sont devenus des salles de cinéma.

Chaque revue donne naissance à au moins un ou deux succès sur disque. « J'en ai marre » (1921), « La Java » (1922), « La Belote » (1925), « Il m'a vue nue » (1926), « Ca c'est Paris » (1927), « On m'suit » (1928) et surtout « Gosse de Paris » (1929) dont elle cosigne les paroles sous le pseudonyme de De Lima (c'est le patronyme d'un amant brésilien qui lui a donné un fils).

En 1928, elle engage dans sa revue une nouvelle recrue, le jeune Jean Gabin avec qui elle chante en duo « La Java de Doudoune ».

Elle se produit en Amérique du Sud fin 1923

Une tournée catastrophique en terme de public, qui brille par son absence. Une seule solution, selon elle, pour éviter un minable retour en Europe : remonter aux Etats-Unis (premier semestre de 1924). Mais, gamine dans l'âme (et toujours pour son amour de l'argent), elle tient sur le bateau un pari stupide : plonger toute habillée pour, à l'instar des plongeurs indigènes de la Trinidad, rattraper les pièces de monnaie que les touristes jettent à la mer.

La Miss gagne les mille dollars mis en jeu... Et également une otite qui la rend si malade qu'elle propose un bien pauvre spectacle aux imprésarios et organisateurs de spectacle new-yorkais venus l'auditionner. Heureusement, elle se rétablit rapidement et parvient à sauver cette tournée bien mal commencée.

A son retour à Paris, elle réalise qu’elle a désormais une rivale en la personne de Josephine Baker

Mistinguett crée en 1926 la revue la plus grandiloquente (jusqu'alors) de toute sa carrière, « Ca c'est Paris ». Cinq ans plus tard, à nouveau désireuse de faire mieux que sa rivale qui triomphe avec « Paris qui remue »(1930-1931), elle décoche le fulgurant « Paris qui brille »(1931-1932). Les revues « Miss en voyage » et « Voilà Paris » la conduisent en 1931-1932 en Belgique et en Suisse, à Alger, Tunis, Oran, Gênes, Rome, Florence, Barcelone, Amsterdam, La Haye, Vienne, Hambourg, Berlin, Prague, Varsovie, Oslo, Stockholm, Copenhague. Le programme indique "Mistinguett, célèbre vedette mondiale".

Elle a plus de 55 ans mais symbolise toujours la Parisienne aux yeux du monde entier

Ses derniers spectacles d'avant-guerre (« Chansons de Paris » en 1937, « C'est Paris » en 1938 et « Refrains de Paris »en 1939) mélangent harmonieusement succès passés et futurs. Sa dernière grande tournée internationale la mène en Amérique du Sud ; elle y est encore lorsque la guerre éclate.

Elle retrouve un pays en pleine déconfiture, présente le spectacle « Paris reste Paris » mais il semble que quelque chose se soit brisé, dans les deux sens d'ailleurs, entre Mistinguett et la capitale.

La Miss avait commis une erreur stratégique : poussée par sa passion pour le spectacle, elle avait accepté de se produire fin 1941, pour six mois, au Casino de Paris devant un parterre majoritairement allemand, et d'intervenir sur Radio Paris, la radio de la voix nazie.

Mistinguett, star du début du 20ème siècle (2)

Publié dans CINEMA, musique

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