Les méconnues du 20è siècle : Rosa Parks

Publié le par Daniel LESUEUR

Aujourd’hui ça peut paraître incroyable, et pourtant c’est vrai : à peine cinquante ans avant l’élection de Barack Obama, dans certains Etats américains, il y avait des fontaines publiques réservées aux Blancs et d’autres aux Noirs. Dans son autobiographie, Rosa Parks écrit : « Enfant, je pensais que l'eau des fontaines pour les Blancs avait meilleur goût que celle des Noirs ».

Dans ces mêmes Etats, les Noirs, dans les bus, devaient se lever pour laisser leur place aux Blancs. La première à s’insurger contre cette mesure, c’est elle, Rosa Louise McCauley Parks, dite Rosa Parks (1913-2005). De modeste condition, cette fille de l’Alabama, de santé fragile dès sa plus tendre enfance, avait tout pour s’intégrer… sauf son lieu de naissance.

Pour lui donner, dans la vie et dans la société américaine de la première moitié du vingtième siècle, chance égale avec les Blancs, sa mère l’éduqua à la maison avant de l’envoyer à l'Industrial School for Girls de Montgomery, fondée par des familles blanches du Nord pour les enfants noirs, école qui sera par deux fois brûlée par le Ku-Klux-Klan).

Rosa entame ensuite des études secondaires à l'Alabama State Teachers College for Negroes. Enfant, Rosa était peut-être quelque peu résignée ; voici ce qu’elle dit des transports scolaires qui étaient interdits aux enfants jaunes et noirs : « Chaque jour, je voyais le car passer devant mon nez, c’était la vie, nous n’avions pas d’autre moyen que d’accepter et supporter ».

Tout cela était bien usant, et un jour ou l’autre, devait craquer

L’élément déclencheur, pour Rosa, ce sera son mariage avec un garçon coiffeur membre du NAACP (National Association for the Advancement of Colored People, Association nationale pour l'avancement des gens de couleur), créé en 1909 mais dont Rosa découvre l’existence en 1932, à l’occasion d’une campagne en faveur de neuf jeunes Noirs, les Scottsboro Boys, accusés à tort du viol de deux femmes blanches, une affaire qui avait été révélée par le parti communiste.

Fin 1943, à l’occasion d’une réunion du NAACP à laquelle elle participe, elle se trouve être la seule femme. Et le bureau, ce jour-là, a besoin d’une secrétaire : « J’étais trop timide pour refuser ! », dira-t-elle. Un poste qu’elle conservera jusqu’en 1957.

Une bonne recrue, pour l’Asso : à l’époque, seuls 7% des Noirs avaient fait des études aussi poussées qu’elle. Rosa est désormais bien engagée dans la lutte pour les droits civiques. Elle est de tous les combats contre l’inégalité des races. L’histoire que l’on raconte depuis plus d’un demi-siècle remonte à 1955 mais n’est que la suite de celle qui avait commencé douze ans plus tôt…

En 1943, Rosa, après une dure journée de labeur, voulait rentrer par les transports en commun. Souhaitant acheter un billet, elle monte à l’avant. Le conducteur encaisse le prix de la course et Rosa va s’asseoir sur un siège libre à l’avant du véhicule. Le conducteur, après lui avoir dit qu’elle devait se plier au règlement et descendre de l’avant pour remonter s’installer à l’arrière, démarre dès qu’elle est descendue, la laissant rentrer chez elle à pieds et sous la pluie.

Le 1er décembre 1955, même début de scénario

Rosa paie son billet. Conformément à la loi ségrégationniste en vigueur, elle va, cette fois, prendre place dans la section réservée aux Noirs. Or il faut savoir que, même dans cette section, les sièges vont en priorité aux Blancs s’il n’y a plus de place. Quelques arrêts plus tard, en effet, toutes les places pour les Blancs étaient occupées, et il continuait néanmoins à en monter.

Le conducteur prit donc la décision de « réquisitionner » quatre sièges occupés par des Noirs, dont celui de Rosa. C’était, évidemment, très déplaisant pour elle qui était fatiguée… mais ce qui mit le feu aux poudres, c’est qu’elle reconnut le conducteur, celui-là même qui l’avait plantée douze ans plus tôt !

Les trois autres Noirs se levèrent mais pas elle. « Elle est restée assise pour que nous puissions nous lever », dira le Révérend Jesse Jackson, le 25 octobre 2005, après sa mort. Arrêtée par la police, elle sera libérée le lendemain sous caution payée par le NAACP. Le 5 décembre elle se voit infliger une amende de 14 dollars (10$ de contravention et 4$ de frais de justice pour un procès qui a duré une demi-heure) et fait appel du jugement. Elle sera défendue par un jeune pasteur noir encore inconnu, Martin Luther King qui lance une campagne de protestation contre la compagnie de bus. Le boycott durera 381 jours. Le 13 novembre 1956, la Cour suprême cassera les lois ségrégationnistes dans les bus, les déclarant anticonstitutionnelles.

En raison de ses ennuis avec la justice de son Etat, Rosa perdit son emploi, et son mari aussi. Sa réputation d’activiste lui collant à la peau, elle n’en retrouva pas d’autre. Le couple fut obligé de changer d’Etat et de déménager plusieurs fois pour retrouver du travail… Rosa restait sereine et déterminée, son mari aussi, mais intérieurement ils souffraient, au point de déclencher des ulcères à l’estomac et d’être hospitalisés à plusieurs reprises. Lui mourut d’un cancer de la gorge en 1977 tandis que la santé de Rosa déclinait à vitesse grand V. En 1994 –Rosa était octogénaire- un black drogué entra chez elle par effaction pour la voler. Bien que l’ayant reconnue, il n’eut ni pitié ni respect et la frappa au visage. L’incident ajouta à son désarroi ; la pauvre femme, qui vivait déjà dans une misère relative mais assumée (chaque fois qu’elle avait eu un peu plus d’argent que son minimum vital, elle l’avait donné pour la cause des Noirs), commença à… perdre la boule, comme on dit vulgairement. Elle mourut âgée de 92 ans.

Les méconnues du 20è siècle : Rosa Parks

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