Les concerts mémorables d'Eddy Mitchell (2)

Publié le par Daniel LESUEUR

La dernière séance !

Les années 90 apportèrent un soulagement aux collectionneurs de disques : pour la première fois, le CD permettait un survol quasiment exhaustif de la discographie de Eddy, enrichie de titres rares et / ou inédits, avec, en 1994, une intégrale en concert, "Sur scène 64-90".

Retour sur quelques concerts mémorables d’Eddy, avec ou sans chaussettes… pardon, avec ou sans Chaussettes Noires, son premier groupe.

24 février 1961

Premier concert mammouth devant des milliers de jeunes Parisiens, à l'occasion du premier festival de rock'n'roll. En vedette, évidemment, Johnny Hallyday !

Les Chaussettes Noires sont filmés subrepticement par la caméra de François Reichenbach, pour les besoins du court-métrage "A la mémoire du rock". Après ce premier bain de foule officiel, il faut se faire connaître en province, ainsi qu'à l'étranger (Bruxelles les 20 et 21 mai... Le 31 mai à Genève).

A Metz, le concert tourne à l'émeute : voyant des jeunes gens danser dans ce théâtre où, généralement, on reste assis bien sagement pour écouter, le préfet de police prend la décision de cesser la représentation et faire baisser le rideau.

La gaffe suprême !

La salle, évidemment, fut dévastée, des poubelles et quelques voitures renversées ; des barricades furent même érigées en pleine rue. Conséquence inattendue : il sera de plus en plus difficile pour les Chaussettes Noires de trouver des chambres d'hôtel à l'intérieur desquelles les fans pénètrent en force pour dérober, en souvenir de leur passage, qui un bouton de porte, qui un oreiller ou une lampe de chevet. Rapidement, d'ailleurs, les cinq amis prendront peur, car la passion de leurs admirateurs devenait dangereuse, au point de pouvoir retourner leur véhicule si, d'aventure, ils pouvaient les localiser.

1962-1963

Tant qu'aucune séparation n'est officiellement annoncée (ce sera fait le 31 / 12 / 1963), on ne sait plus bien qui est avec qui ! Cette confusion, il faut l'expliquer clairement, n'est pas du fait, volontaire, de nos amis artistes, bien au contraire. En réalité, les Chaussettes sont tombées victimes, à des dates différentes, de leur appel sous les drapeaux. Les plus jeunes, d’ailleurs, n’ont pas hésité à devancer l’appel pour que tous se retrouvent, si possible en même temps, 21 mois plus tard. Ceci prouve, si besoin était, qu’à cet instant il n’est nullement question d’envisager la séparation du groupe.

En tout état de cause, il est presque impossible d'envisager la moindre tournée du groupe, au complet, ensemble, avec Eddy (une exception, en janvier 1963).

La presse titre “Les Chaussettes ont des trous !”

Il est également très difficile de prévoir des séances d'enregistrement, ou même de répétition, en raison des "perm" (permissions) qui tombent rarement aux mêmes dates pour eux tous... sans parler de celles qui peuvent sauter, à la moindre incartade : Schmoll aurait, paraît-il, fait quelques jours de prison militaire, pour port de chaussettes (noires) non règlementaires. En revanche, nos amis feront leur possible pour honorer certains contrats signés avant leur incorporation. C'est le cas d'un mémorable concert à l'A.B.C. où Eddy, en tenue militaire, rocke et twiste à rouler par terre, ce qui lui vaudra quinze jours de prison supplémentaires pour manque de respect envers le costume de l'armée française.

Sur scène, les musiciens se remplacent sans cesse les uns les autres

Pour s'y retrouver dans cette période confuse, il faut savoir que Eddy enregistrera avec et sans les Chaussettes et que les Chaussettes enregistreront avec et sans Eddy.

31 décembre... C'est la séparation.

Elle a lieu à l'issue d'un concert... Jean Fernandez, qui généralement n'assiste jamais aux galas, est, ce soir-là, exceptionnellement présent. Quelques instants plus tard, les Chaussettes ont compris pourquoi. D'autant qu'une série de concerts à Bobino était prévue début 1964 (à suivre).

Avril 1969...

Eddy tient la scène de l'Olympia, ce qui donnera rapidement naissance à son premier album en concert qui, hélas, ne se vend pas énormément, ce qui explique la difficulté de le trouver aujourd'hui en édition originale sur vinyle. On peut s'étonner qu'il faille attendre 1969 pour qu'Eddy commercialise son premier album en public (et le suivant six ans plus tard). Certes, il n'a pas la réputation d'être une "bête de scène" comme Johnny, mais tout de même ! A cette époque, Johnny a déjà publié cinq albums en concert... Eddy, encore aucun !

Mai 1975... Du 7 au 11, Eddy investit l'Olympia. Et il n'est pas seul, le bougre !

Il a fait venir la plupart des fantastiques musiciens de Nashville qui l'ont aidé, l'année précédente, à reprendre sa place au sommet du show business français. Salle comble chaque soir, pour applaudir Schmoll, Charlie McCoy, Kenny Buttrey, Wayne Moss, David Briggs, Buddy Spicher, Russ Hicks, Jim Colvard, Dale Sellers, les Holladay Sisters, les Jordanaires... Eddy, avec ces derniers, se lance dans un pot-pourri ("medley") des tubes de leur idole Elvis. Chuck Berry est également à l'honneur ("Rock'n'roll Music", "Repose Beethoven") ainsi que Little Richard ("Tutti Frutti"). Tous les concerts de mai 1975 sont enregistrés Ils donneront naissance à un album live, "Rocking in Nashville in Olympia".

Ce courant musical, certes issu du rock'n'roll, mais doté d'une couleur sonore nouvelle pour le public français, connaît un tel succès que, cette même année, les collectionneurs avertis découvrent un curieux album, portant une photo d'Eddy sur la pochette, "The Nashville Super Pickers play Eddy Mitchell's super hits"

Un break qui fait peur aux fans

Eddy a cessé de se produire sur scène entre 1978 et 1980. Il se consacre surtout au cinéma et obtient en 1981 ses galons de véritable acteur, avec "Coup de torchon", de Bertrand Tavernier (durant le tournage, il contractera le paludisme, ce qui lui vaudra, en 1982, de quitter une salle de concert entre les mains du SAMU !). "Palais des Sports 1984" Ce sont les concerts des 6 et 7 octobre qui ont donné naissance au présent album. Eddy a quelque peu modifié la composition de la formation qui l'accompagne.

On note ainsi la présence, dans les chœurs, de la soeur du bluesman Taj Mahal, la prestigieuse Carol Fredericks, décédée le 8 juin 2001. A l'occasion de sa réédition dans le coffret d'intégrale live en 1994, ce double album sera complété par quatre titres supplémentaires : "Pourquoi m'laisses-tu pas tranquille Lucille", “Mon clip préféré", "Mes souvenirs, mes seize ans" et "L'idole chante au dessert".

Scènes, scènes, scènes !

1993 s'était achevé en live au Casino de Paris. 1994 commence à l'Olympia, du 4 au 9 janvier. Puis, en février, le Zénith. Un concert de 5 heures A Bercy le concert du 29 mars 1994 dura cinq heures et fut retransmis sur Canal + deux jours plus tard. Peut-être pas un record, mais, néanmoins, Eddy se produira 154 fois en concert en 1994. Ouf ! Ne prépare-t-on pas ainsi le public à avoir envie de se ruer sur les somptueux mais onéreux coffrets qui vont, sous peu, faire leur apparition chez les disquaires ? Sans oublier une anecdotique compilation de 18 tubes de 1971 à 1986 que beaucoup de collectionneurs ont manqué, car elle ne fut disponible, non pas chez les disquaires, mais uniquement auprès des buralistes.

Les concerts mémorables d'Eddy Mitchell (2)

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