L'histoire de France Inter à travers ses crises (1)

Publié le par Daniel LESUEUR

France inter est née le 8 décembre 1963 des cendres de France I-Paris Inter… avec un intermède d’un mois et demi sous l’appellation RTF-Inter.

France Inter a souvent tremblé. Ne serait-ce qu’à sa naissance : l’auditoire de Paris Inter allait-il supporter le changement ou se tourner vers Europe 1, la station qui a la cote (en 1963) ?

La réforme Dhordain comme on l’a appelée du nom de son concepteur Roland Dhordain se montre payante : dès 1964, selon un sondage réalisé par l'IFOP à la demande du Centre d'Etudes des Supports de Publicité (CESP) portant sur un nombre de 5 600 personnes interrogées, France Inter (20,7%) talonne Europe N°1 (21,6%) qui n'a plus l'avantage de la nouveauté.

Radio Luxembourg (33,5%) a pris provisoirement la place de leader. Provisoirement car en 1967, France Inter devient première (26,3% d'audience), devançant Europe N°1 (24,6%) et RTL (21,1%).

Le vent en poupe… malgré mai 68

Le plus paradoxal est la montée de France Inter qui, pourtant, brilla par son absence pendant les mois chauds. En 1969, un sondage indique que cette dernière est créditée de 46% d'audience, loin devant RTL (28%) et Europe 1 (26%).

Pour rester cohérents, mieux vaut se référer au sondage de 1970, qui donne toujours France Inter grand gagnant, mais crédité d'un pourcentage beaucoup plus réaliste (28,1) et indique qu'Europe 1 est parvenu à reprendre la deuxième place (24,2) devançant RTL (17,8).

Quels changements mai 68 apporta-t-il au contenu de nos transistors ?

Des voix familières disparurent, l'O.R.T.F. ayant procédé à une purge sans précédente : une vingtaine de journalistes de France Inter est exclue ou mutée (mais la situation est pire à la télévision). Pour cette raison, les persifleurs (on disait aussi "gauchistes" !) se feront rares sur la radio de service public et, même après 1968, on peut les compter sur les doigts d'une main : José Artur, Claude Villers et Pierre Bouteiller. Bien plus tard, Laurent Ruquier, lui aussi, risquera son siège dans la Maison ronde pour cause de persiflage, avant de s'engager dans un bras de fer avec la direction de France Inter. Partie qu'il gagnera : France Soir avait longuement évoqué son remplacement par Patrick Sabatier et la signature du contrat entre France Inter et l'ex-vedette de TMC avant que Ruquier n'ait été viré.

L’avocat de Ruquier eut la partie belle.

La station, elle, parfois se cherche :

"Je ne comprends pas trop ce que cherche Radio France. La mode est au jeans. Mais personne n'a demandé à France Inter de se mettre en jeans" (Ivan Levaï interviewé par Libération en 1984).

L’affaire Mermet

Michel Boyon, directeur de France Inter jusqu'à 1999, traversa une dure période : il venait également, en pure perte, d'essayer de se débarrasser de Daniel Mermet. L’animateur, en effet, fut involontairement responsable d'une mise en demeure adressée à France Inter par le CSA qui rappelle qu'il est formellement interdit aux radios de diffuser, entre 6h et 22h30, des émissions susceptibles de heurter la sensibilité des auditeurs de moins de seize ans. Or Mermet avait diffusé le 16 décembre 2005 une émission consacrée à la prostitution ; il lui fut reproché d'avoir "décrit de façon crue certaines pratiques sexuelles". Néanmoins Là-bas si j'y suis, de Mermet, est devenu une institution : en 2006, alors que la rumeur prétendait que l'horaire de l'émission serait changé, une pétition circula qui rassembla 150 000 signatures.

L'histoire de France Inter à travers ses crises (1)

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