L'assassin Charles Manson était un artiste raté

Publié le par Daniel LESUEUR

Dans l'histoire du crime, il y a un "avant" et un "après" Manson. Mais l'assassin de Sharon Tate n'était pas un serial killer, plutôt un assassin par procuration

Charles Manson était l'ami de certains membres du groupe californien des Beach Boys

Les célèbres musiciens avaient refusé de sortir sur un disque et sous leur responsabilité les horribles enregistrements de l’ artiste pop raté (son 33 tours, « Lie », sortira pendant son séjour en prison). C’est donc vers le milieu du show business que Manson dirigera sa vengeance. Et lorsque mourra, noyé et drogué, en 1983, le Beach Boy Dennis Wilson, depuis sa prison, Manson affirmera que c'est son ombre qui était allé le tuer car il lui avait volé sa musique et ses paroles.

Une mission à accomplir...

Les Beach Boys étaient très liés aux Beatles. Or Manson déclarera avoir perçu, dans deux chansons des Beatles (« Piggies » et « Helter skelter »), l'ordre de tuer… ordre qui, selon lui, lui était directement intimé ! De la chanson « Piggies » (les petits cochons), Manson puisera l’idée de faire inscrire le mot pigs en lettres de sang sur les murs de la villa de la star dont il avait commandité le meurtre.

Antithèse parfaite des hippies qui, eux, prônaient la non-violence, la communauté de Manson (que l'on pourrait qualifier de secte, ou, en action, de horde) massacra, le 9 août 1969, l’actrice Sharon Tate et ses invités dans la villa louée par son mari le cinéaste Roman Polanski dans des circonstances atroces, allant jusqu’à éventrer ou égorger des bébés. Le lendemain, deux voisins de Sharon furent encore exécutés.

Tout ce monde du show business, Sharon Tate en tête, illustrait la "décadence" de la société. Manson y mettait bon ordre en les châtiant, ces porcs.

Le monstre avait de grandes ambitions destructrices

La logique de Manson se doublait d'un profond racisme : il avait ordonné à ses exécutants de laisser des indices précis qui auraient dû faire croire qu'il s'agissait d'une action dévastatrice des Black Panthers, notamment ce terme de pigs, injure utilisée par les Noirs pour désigner les policiers américains. Si ses plans avaient fonctionné comme l'avait imaginé Manson, les représailles des Blancs et la réaction de la communauté black auraient mené à un terrifiant bain de sang.

Durant leur procès, on demanda aux inculpés si le fait de tuer huit personnes leur avait semblé n'être qu'une broutille. "Pas plus que, pour la société américaine, de brûler au napalm des milliers de Viêt-namiens", fut la réponse de ceux qui, de toute bonne foi, se posaient en moralisateurs.

Manson était un leader qui ordonne les mises à mort en évitant soigneusement de se salir les mains. Manson (littéralement « le Fils de l'Homme ») n'est pas un serial killer à proprement parler, plutôt un assassin par procuration. Cela ne lui évitera pas d'être, dans un premier temps, condamné à la peine capitale (en l'occurence, la chambre à gaz), de même que trois de ses complices, Leslie van Houten, Susan Atkins et Patricia Krerwinkel ; les trois femmes furent immédiatement conduites au quartier spécial de la prison de femmes de Frontera, près de Sacramento.

Tout porte à croire que leur avocat, qui n'avait pu leur éviter cette condamnation, fut assassiné par la tribu en raison de son échec.

Manson fut transféré au quartier des condamnés à mort de la prison de San Quentin, en Californie. Le réseau dormant, pendant ce temps, continuait d'exister. La menace n’était que provisoirement mise en veilleuse après l'arrestation, en deux fois, de six de ses membres, dont la tête pensante.

Bien que décapitée, la « famille Manson » restait redoutable.

Six ans plus tard, Lynette "Squeaky" Fromme, une disciple, tentait d'assassiner le président Gerald Ford. Heureusement pour l'homme d'Etat, le pistolet s'enraya ! On retrouve le schéma antisocial du "meurtre du père", suite logique du meurtre de célébrités. Manson bénéficia de l'abolition de la peine de mort dans l'Etat de Californie par décision, début 1972, de la Haute-Cour de Justice. Il vit toujours. Le bébé de Sharon Tate, lui, serait aujourd’hui quadragénaire... on ne peut s’empêcher d’y penser en revoyant « Rosemary’s Baby ».

Sharon Tate, l'actrice victime de Manson, épouse de Roman Polanski

Sharon Tate, l'actrice victime de Manson, épouse de Roman Polanski

Publié dans PEOPLE

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