Johnny Hallyday et les Beatles délimitent les sixties

Publié le par Daniel LESUEUR

Du premier disque de l'Idole des jeunes à la séparation du Fab Four, retour sur une décennie qui fit swinguer le monde...

Officiellement, les années soixante commencent le 1er janvier 1960 et s'achèvent le 31 décembre 1969. La décennie suivante prend le relais le 1er janvier 1970, finissant sa course le 31 décembre 1979. Ces dates ne sont guère emblématiques ; culturellement et historiquement parlant, elles délimitent fort mal ce que l'on appelle aujourd'hui les Sixties et les Seventies.

Les années soixante

Dans les faits, pour la majorité des jeunes Français de l'époque, cette décennie prodigieuse est née en avril 1960, à la parution du premier disque de Johnny Hallyday, et s'est éteinte au printemps 1970 avec l'annonce officielle de la séparation des Beatles. Entre ces deux dates, une explosion. Une explosion de sons, d'images et de couleurs, de souvenirs flamboyants.

Tandis que leurs parents conservaient bien précieusement les numéros de Paris-Match consacrés à la mort tragique de John F. Kennedy, les adolescents découpaient les paroles des chansons de Salut les Copains pour les coller dans leurs cahiers d'écolier.

Lorsque ces mêmes parents tremblaient pour la crise algérienne ou sous la menace d'un conflit nucléaire entre l'URSS et les Etats-Unis (crise de Cuba), l'ado' voyait d'un œil perplexe l'incorporation au service militaire de ses idoles (Johnny, Eddy Mitchell, etc…). Lorsque l'adulte craignait la chienlit, l'étudiant rajoutait de l'huile sur le feu en balançant sur les C.R.S. les pavés du boulevard Saint-Michel.

Lorsque cette même France regardait "Le Jour le plus long", les hippies défilaient pour la Paix au Viêt-nam.

Cheveux longs, idées courtes ?

Le transistor était arrivé, l'écoute individuelle permettait au lycéen d'écouter Michel Lancelot et son Campus tout en laissant, pour sa maman, le "poste" du salon branché, Ménie Grégoire oblige, sur Radio Luxembourg. Car la libération de la femme était en marche : les "copines" brûlaient leurs soutiens-gorge. Antoine, premier chanteur français chevelu, rêvait de mettre la pilule en vente dans les Monoprix©.

Loin des conflits mondiaux, les conflits familiaux s'aggravaient. Il était déjà loin, le temps de la gomina : tout autant que le dirlo du collège, les papas détestaient les cheveux de plus en plus longs. Et les chemises à fleurs n'arrangeaient rien ! Même si les études semblaient parfois rébarbatives, décrocher le bac' était le seul moyen de se faire offrir sa première voiture, à la limite un Solex.

Dix années d'insouciance, malgré les malheurs inévitables

Le mur de Berlin résisterait encore longtemps, mais cela n'empêchait pas de sourire à la lecture de Gaston, Astérix… ni de trembler, avec Blake et Mortimer, devant la Marque jaune. La Première, la Seconde Guerre mondiale avaient laissé des traces, des cicatrices au cœur des aînés. Mais au bout du compte, début 1970, les jeunes, eux, avaient vécu une époque dorée.

Freud ? Einstein ? Le maréchal Pétain ?

Balayés par des yeah, yeah, yeah plutôt simplistes mais ô combien efficaces : "Hitler, connais pas !", film de Bertrand Blier, sort en 1963. Le décès du général de Gaulle le 9 novembre 1970 scelle le destin des sixties, mais son remplacement par Pompidou ne marque pas pour autant le début des années 70.

Etonnant ?

Pas vraiment, dans la mesure où l'un a tenu le pouvoir plus de dix ans, l'autre à peine la moitié. Question d'aura et de destin également : aux Etats-Unis, Kennedy a marqué son époque, mais pas son successeur Johnson. Son rôle dans l'enlisement américain au Viet-nâm en fit de son vivant l'un des Grands les plus haïs de la planète.

Les seventies rechignent-elles à se laisser cerner ?

Les années soixante-dix ont-elles alors commencé trop tôt, en mai 68 ? Ou en juillet 1969 avec la marche sur la Lune ? Se sont-elles achevées tardivement, en mai 81, lorsque nous apprenions la mort de Bob Marley et l'élection de Mitterrand et assistions à l'éclosion des radios libres ? Démarrent-elles en planant sur Pink Floyd (Umma Gumma, meilleure vente pop de l'hiver 69-70) pour s'achever en éructant, avec les Sex Pistols, la Grande Escroquerie du rock'n'roll (The Great Rock'n'roll Swindle) ? Les punk ont-ils enterré la pop music ? Le hard rock s'en était-il chargé avant eux ?

Le disco ressuscite-t-il la soul et le r'n'b ?

L'esprit rebelle est-il mort avec Sid Vicious en février 1979 ou avec John Lennon en décembre 1980 ? N'est-ce pas tout un pan du vingtième siècle qui s'écroule en quelques mois, avec les disparitions d'Elvis Presley et Charlie Chaplin (1977), Jacques Brel et Claude François (1978), Jean-Paul Sartre et Joe Dassin (1980), Georges Brassens (1981) ?

C'est finalement Johnny Hallyday qui aura le dernier mot : à cheval sur les deux années et sur les deux décennies, son 45 tours Ma gueule est à la fois le dernier "tube" des années 70 et le premier des années 80, puisqu'il sort le 18 décembre 1979 et entre au hit-parade en janvier 1980.

Johnny Hallyday et les Beatles délimitent les sixties

Publié dans musique, Société et modes

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