Gérard Philipe (1922-1959)

Publié le par Daniel LESUEUR

A l'instar de Jean Marais, Gérard Philipe a laissé une image beaucoup plus qu'une oeuvre : en quinze ans de cinéma (1944-1959) il n'a pas véritablement eu le temps de faire ses preuves... et le public a eu tendance à applaudir ses compositions les plus fades au détriment d'une poignée de rôles qu'il avait magnifiés.

Des débuts au théâtre à vingt ans

Il est né à Cannes en 1922 et se nomme en réalité Philip car son père est anglais. Il aura vite fait de changer ce nom qui le répugne à partir du moment où l’ennemi envahit le pays : son père est collabo et lui est résistant !

Il ajoute un "e" à son nom pour obtenir 13 lettres avec son nom et son prénom.

Les acteurs sont toujours superstitieux !

Issu d’une famille aisée avec de surcroît un père avocat, il aurait dû devenir juriste, mais la guerre en décida autrement : rencontrant de nombreux artistes venus se réfugier sur la Côte d’Azur dès 1939, il est fasciné par le monde du théâtre et décide de devenir comédien.

En 1942 le théâtre l’accapare (les historiens du cinéma indiquent également 1942 comme date de sa première apparition sur grand écran... mais il ne fait que passer dans « La Boîte aux rêves ».

De toute façon, comment faire carrière durant une guerre et en province ?

En 1943 la famille Philip monte à Paris Gérard s'inscrit au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique et obtient le deuxième prix de comédie.

Le théâtre fait de lui une étoile montante ; il tient le rôle de l’ange dans la pièce de Giraudoux, « Sodome et Gomorrhe ».

Cette même année il rencontre la femme de sa vie, Nicole Fourcade, hélas déjà mariée. C’est dire que leurs fiançailles seront de longue durée : il se marient huit ans plus tard, fin 1951.

En 1945 son père est condamné à mort pour entente avec l’ennemi (il s’évadera de la prison et sera amnistié en 1968).

La honte n’a pas rejailli sur son fils : Gérard Philipe est indéniablement un grand nom, mais tous les critiques s’accordent à voir son avenir au théâtre où il vient de triompher dans le « Caligula » d’Albert Camus.

Coup de... théâtre ? Non, de cinéma !

Deux ans plus tard (1947) les Français ne connaissent plus que lui : il s’est illustré dans un film de Claude autant-Lara, « Le Diable au corps », adapté du roman de Radiguet qui avait fait scandale dès sa parution dès 1923. Le sujet n’est certes pas accessible à tous (on imagine mal aller voir ce film en famille, avec les enfants) mais même ceux qui n’ont pas vu le film connaissent désormais Gérard Philipe : son visage d’ange en fait l’acteur le plus photogénique de la décennie. « Le Diable au corps » est déjà sa sixième véritable apparition au cinéma mais c’est celle qui fait date.

Le sujet n’est pas considéré comme sulfureux, mais relater la relation amoureuse entre un jeune homme et une femme plus âgée dont le mari est au front ne laisse personne indifférent deux ans à peine après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Un acteur bicéphale dont tout le monde parle...

Du coup, les propositions sur grand écran se succèdent à un rythme fou, et Gérard a bien du mal à faire le tri qui aurait dû s’imposer. Il brille la même année dans « La Chartreuse de Parme » et dans « Les Dames du bois de Boulogne » ; sans surprise on lui accorde en 1949 le rôle principal, celui de Faust, dans « La Beauté du diable ». En 1950, on le revoit, fade et sans saveur, dans « La Ronde » pourtant de Max Ophüls et, transparent, dans « Juliette ou la clé des songes ».

Pire, en 1952, il tourne « Fanfan la tulipe » et devient l’idole des midinettes (en 1953 il sera D’Artagnan dans « Si Versailles m’était conté » de Guitry).

On craint dès lors qu’il se tourne vers d’insipides comédies de cape et d’épée : « Les Grandes Manœuvres » en 1955 et « Les Aventures de Till l’espiègle » en 1956 ne feront rien pour chasser cette crainte.

Pourtant, au même moment, il est au théâtre sous la direction de Jean Vilar.

Ses plus grandes rôles

Si l’on veut imaginer l’immense acteur qu’il serait devenu si la mort ne l’avait pas frappé prématurément, il faut voir et revoir « Les Orgueilleux » et « Monsieur Ripois » de 1953, « Le rouge et le noir » en 1954 de Claude Autant-Lara d’après Stendhal, « Les liaisons dangereuses » de Vadim en 1959 et, la même année, celle de son décès, « La fièvre monte à El Pao » de Bunuel ; « La Fièvre... » : un rôle déchirant dont on se demande dans sa souffrance quelle est la part du vrai et quelle est la part de l’acteur, sachant que durant le tournage se faisait chaque jour plus oppressant le mal qui aurait dû l’emporter, un cancer du foie. C’est finalement une crise cardiaque qui l’emporte le 25 novembre 1959.

Gérard Philipe (1922-1959)

Publié dans CINEMA, PEOPLE

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