Brassens : de A à Z, quelques amis de Georges (9)

Publié le par Daniel LESUEUR

Sèvres Christine

En compagnie de Boby Lapointe, elle avait fait la première partie de Brassens à Bobino en 1964. Elle mourut moins d’une semaine après Brassens, le 4 novembre 1981. Jacqueline Christine Boissonnet dite Christine Sèvres n’eut qu’un seul succès, La Matinée, un titre enregistré en 1969 en duo avec son second mari, Jean Ferrat. Il est vrai qu’elle enregistra peu : trois chansons en 1961, huit en 1962, douze en 1968 (son premier 33 tours sortit le 10 mai 1968. Personne, évidemment, ne l'acheta), dix en 1970 (dont, de Brigitte Fontaine, Le Beau Cancer, maladie dont mourra Christine à 50 ans).

Attirée par le théâtre, pour ne pas faire de peine à ses parents qui voyaient en elle un écrivain, elle prend un pseudonyme, Sèvres, simplement parce qu'elle habite près du métro Sèvres-Babylone. Elle exerce des petits boulots, de vendeuse de petits suisses à barmaid, de mannequin à secrétaire d'écrivains réputés, de taxi-girl à dessinatrice industrielle ; elle vend des assurances ou des encyclopédies au porte-à-porte et termine portraitiste aux terrasses des cafés et enfin récitante de poèmes d'Apollinaire et de Prévert. Selon Jean Ferrat, elle aurait préféré être comédienne que chanteuse. En 1972, considérant qu'elle n'a pas réussi dans cette voie, elle abandonne la chanson et se consacre à la peinture.

Simon Yves

Un écrivain en première partie de Brassens à Bobino ? Authentique ! Alors qu’il n’avait pas encore publié d’album, Yves Simon eut ce privilège, lui qui, bientôt, abandonnerait le tour de chant au profit de l’écriture de romans. Car Yves Simon est vraiment un personnage à part dans notre ouvrage. Né en 1945, il se voit offrir à huit ans un... accordéon, ce qui ne peut que surprendre lorsqu’on sait que quelques années plus tard il monte les Korrigans, un groupe de rock très influencé par les Doors et les Beatles. En 1961, après avoir décroché son baccalauréat, il ne sait sur quel pied danser car depuis il a découvert Juliette Gréco et Brassens... et sa passion de l’écriture et devenue très forte. En 1964, il s’installe Paris, s’inscrit à la Sorbonne et prépare le concours de l’IDHEC qui pourrait le conduire à une carrière dans le cinéma. Mais en 1965 sa participation à une émission de télé le mène à la chanson. Le succès de ses disques ira crescendo de 1967 à 1977. Mais entre-temps il a publié ses premiers romans et va désormais privilégier cette activité.

Solidor Suzy

Elle interprète Le Parapluie avec des « gravités salonardes », écrit Bertrand Dicale dans Le Figaro. Brassens se souvient : « Elle me disait que je n’avais pas le droit de prendre le public pour des cons. Erreur ! Ce sont les cons que je prends pour des cons ». Suzanne Rocher est née en 1900 à quelques encablures de Saint-Malo. Son répertoire se réfère au monde de la mer et des pirates, dont elle aurait pu faire partie tant elle avait un physique de garçonne. On la surnomme la Madone des Matelots. Son premier amoureux célèbre n’est autre que l'aviateur Jean Mermoz. Mais auparavant elle a vécu dix ans avec Yvonne de Brémond d’Ars, collectionneuse d’art. Sa chanson Ouvre, censurée, devient l'hymne des femmes homosexuelles. Dès lors, on parle de solidorisme plutôt que de saphisme.

Durant l'Occupation, Suzy Solidor cache chez elle le prince Napoléon, activement recherché par la Gestapo. Mais elle tient également un cabaret fréquenté par les Allemands ; l'un d'eux aurait eu, avec elle, une relation suivie. Elle délivre une version en français de Lili Marlene qui sert de générique à Fernsehsender Paris, la chaîne de télévision destinée aux soldats allemands. Le comité d'épuration lui inflige une interdiction d'exercer sa profession à Paris pendant six ans. Après avoir quelques temps mené une revue au Casino de Paris, elle rouvre, en 1952, un cabaret qu’elle orne de 225 portraits d’elle signés par les plus grands maîtres : van Dongen, Foujita, Marie Laurencin, Picabia, Francis Bacon, Cocteau... Elle abandonne le monde du spectacle en 1965 et meurt en 1983.

Sylvestre Anne

Surnommée « la Brassens en jupons », Anne Sylvestre a choisi les enfants pour public. Mais seulement en partie : certaines de ses chansons ne seraient pas à mettre dans l'oreille des tout petits (Les Hormones, Simone ou Cul et chemise, deux titres de fin 2000). Ce goût de la gaudriole n'est pas nouveau : en 1970, elle chantait en duo avec Boby Lapointe (Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant). Née à Lyon en 1934, elle arrive à Paris en 1942 avec toute sa famille. Elle s'enflamme pour le jazz et renonce à devenir institutrice, préférant tenter sa chance dans les cabarets à partir de 1957. Ses premiers disques sortent en 1959, et obtiennent immédiatement un certain succès, bien mérité car elle en écrit le plus souvent paroles et musique (Les Cathédrales, Mon mari est parti, La Femme du vent) ; elle obtient d'ailleurs le Prix de l'Académie de la Chanson française en 1962 et celui de l'Académie Charles-Cros en 1967. Pour préserver l'intégrité de son œuvre, elle choisit d'être sa propre productrice.

Trenet Charles

Brassens n’a jamais caché son admiration pour Trénet et lui rendit hommage par quatre fois sur le double album Georges Brassens chante les chansons de sa jeunesse (1980). Charles Trénet (1913-2001) est, à ses débuts, surnommé le « Fou Chantant » en raison d’un répertoire qui, pour l’époque... fait boum : Y’a d’la joie, Je chante, La Java du Diable, Fleur bleue et Boum. Finalement il donnera l’impression de s’être enfin calmé lorsqu’en 1946 il publiera son plus grand succès, La Mer et le confirmera avec Douce France et L’Ame des poètes. Ses années 60, en revanche, sont peu reluisantes : son inspiration n’est plus ce qu’elle était ; un emprisonnement de 28 jours en 1963 pour "outrage à la pudeur" et "attentat aux moeurs" ne fait rien pour redorer son blason. En 1965, Brassens a le privilège de partager l’affiche avec son idole pour un Musicorama exceptionnel. Trenet fit ses adieux à l’Olympia en 1975 mais, de nouveau à la mode à partir de 1983, reprend la scène comme de plus belle, jusqu’à fin 1999.

Brassens : de A à Z, quelques amis de Georges (9)

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