Brassens : de A à Z, quelques amis de Georges (7)

Publié le par Daniel LESUEUR

Mireille

Durant l’hiver 1977-1978, pour son retour à la scène célébrant ses cinquante ans de carrière, elle assure à Bobino la première partie de Georges Brassens. En 1980 Georges enregistre Le Petit Chemin, Quand un vicomte, Le Vieux Château et Puisque vous partez en voyage qui seront publiés sur Georges Brassens chante les chansons de sa jeunesse. Mireille Hartuch (1906-1996) est connue sous son seul prénom. Gamine, elle rêve de devenir concertiste mais ses mains sont trop petites pour le clavier. Elle compose de vagues ritournelles et rencontre Jean Nohain, un avocat qui griffonne des textes de chansons. "Fouchtra", leur première opérette écrite en commun, est partout refusée pour cause de durée : six heures !

Convaincue que sa carrière est vouée à l'échec si elle reste à Paris, Mireille traverse la Manche pour éviter, un jour, de la faire, la manche. A Londres, on sait apprécier ses talents. Elle se voit proposer un rôle dans une revue en partance pour Broadway. Durant les trois années passées aux Etats-Unis, Fouchtra s'est imposé grâce à sa chanson Couchés dans le foin. Sa petite voix acidulée fait mouche : Papa n'a pas voulu, Le Vieux Château et l'inévitable Petit chemin (qui sent la noisette). Ses musiques lui valent des droits d'auteur monumentaux : Quand un vicomte est popularisé par Maurice Chevalier, Une demoiselle sur une balançoire et La Carrosse par Yves Montand, Puisque vous partez en voyage par Jean Sablon et, plus récemment, par Jacques Dutronc et Françoise Hardy. Elle quitte la scène en 1947 et ouvre en 1955 le Petit Conservatoire de la Chanson.

Montand Yves

Aujourd’hui on a un choc, en découvrant la partition originale de 1952 (le « petit format », comme on disait à l’époque) de La Mauvaise Réputation, d’y voir figurer une grande photo d’Yves Montand et une petite de Brassens ! Mais tout s’explique : à l’époque Montand était déjà une vedette consacrée tandis que Georges débutait. Un peu gauche, Ivo Livi dit Yves Montand (1921-1991) est un grand Marseillais d'origine italienne. Il sera « modelé » par Piaf : lorsqu’elle le découvre, cela fait déjà six ans qu'il se produit dans le plus pur style cow-boy. Edith lui fait comprendre qu'effectivement ce genre va marcher car, en France, on attend les Américains avec impatience… mais qu'après la Libération il sera rapidement démodé. Certes Montand n’a pas souvent chanté Brassens, mais il fut l’un des premiers à le faire. Et l’on raconte qu’au lendemain de sa mort, avant d'entrer en scène, il aurait prononcé cette phrase : "Brassens nous a fait une blague ; il est parti en vacances. Certains disent qu'il est mort... comme si Brassens, Prévert ou Brel pouvaient mourir !"

Mouloudji

L’interprète du Déserteur était aussi réfractaire au S.T.O. que Brassens, et lui il parvient à y échapper : à la visite médicale, il envoie son frère à sa place, car ce celui-ci, souffrant de tuberculose, sera réformé. Marcel vit dans la semi-clandestinité, subsistant grâce à de nombreux emplois sans lendemain: bûcheron, dessinateur de boîtes de pâtes de fruits, modèle pour sculpteur, figurant, doublure, manutentionnaire, veilleur de nuit etc. Grande vedette au milieu des années 50, on raconte qu’au cours d’un gala il se serait fait voler la vedette par Brassens et en aurait gardé rancœur durant des années.

Marcel Mouloudji (1922-1994), né et mort à Paris, était kabyle par son père, breton par sa mère. Gamin, il fut tour à tour vendeur d'illustrés périmés, de fruits abîmés et de mouron pour les oiseaux. Il commença à chanter dès le début des années 30. A 13 ans, il attira l'attention d'un metteur en scène qui le présenta à l’acteur Jean-Louis Barrault. Marcel Carné lui donna sa chance au cinéma à partir de 1936. A la Libération il revient au cinéma puis, en 1951, se tourne vers la chanson. S’accompagnant à l’orgue de Barbarie, il interprète La Complainte des infidèles. Canetti lui fait enregistrer Comme un p’tit coquelicot, plus grand succès de toute sa carrière avec Un jour tu verras.

Moustaki Georges

Né en Egypte en 1934, Giuseppe Mustacchi s'installe à Paris en 1951 et se lie d'amitié avec le guitariste Henri Crolla, qui le présente à Edith Piaf. En 1958, il écrit pour elle les paroles du plus gros succès de la dernière étape de sa carrière, Milord. Après quelques disques sous le pseudonyme d’Eddie Salem, il devint "Georges" au milieu des années 50, par admiration pour Brassens à qui il pensera lorsqu’il écrira Les Amis de Georges... Un Georges pas toujours tendre : « Un truc comme Milord, c'est irréparable ! Mais allez dire à l'auteur de "Milord" ou de trucs encore plus merdeux, qu'il faut mettre tel mot plutôt que tel autre, et il vous foutra dehors". En souvenir de sa liaison avec Piaf, Georges écrit Sarah (c’était le prénom de sa mère), une émouvante chanson qu’il confie en 1967 à Serge Reggiani : “La femme qui est dans mon lit, N’a plus vingt ans depuis longtemps...” C'est d'ailleurs à l'intention de Piaf qu'il avait écrit Le Métèque. Ce n'est véritablement qu'en 1969 qu'il devient vedette à part entière, en ressortant de ses tiroirs cette chanson, justement, qu'il n'avait pu caser à Edith, mais à Pia Colombo.

Noir Désir

Le groupe officialisa sa séparation le 2 décembre 2010. La charge était trop lourde, depuis la condamnation de Bertrand Cantat en 2003 pour l’homicide de Marie Trintignant. Le groupe interprète Le Roi sur la compilation Les Oiseaux de passage sortie en 2001 et rééditée en 2006 sous le titre Putain de toi avec de nombreux autres titres d’autres artistes : «L’intégrale Georges Brassens ne nous a pas quittés durant l’enregistrement de notre dernier album à New York. On cherchait «la» chanson, ce fut Le Roi. L’écriture de Brassens est tellement ciselée, précise… Il était fait pour ça, et boum, ça a correspondu à son époque. Car Brassens a su faire passer avec pertinence des chansons iconoclastes et individualistes. Cette liberté de ton n’existe plus aujourd’hui. Ces dernières années, nous avons chanté Brel, Ferré et Brassens. Leur point commun, c’est la liberté d’esprit et d’émotion, le côté libertaire. Mais Brel est davantage traité d’anar de droite. Et Ferré incarne l’image de l’anarchie d’une façon directe qui nous ressemble davantage.»

Nougaro Claude

En 1974 sur l’album Récréation il enregistra Bonhomme de Brassens et chantera La Cane de Jeanne à la télévision en 1979. Dans son Sonnet à Brassens, il écrit « À bras le corps Brassens à bras le corps de l'arbre / Où la vie et la mort entrelacent leur loi ». Claude Nougaro (1929-2004), fils de chanteur lyrique, n'est pas, a priori, attiré par le chant. Il ne se sent pas capable de composer de musique et préfère être auteur. Il parvient à confier ses textes à Philippe Clay, Marcel Amont et Richard Anthony et adorerait les entendre chantés par Piaf (il la rencontrera des années plus tard) ; en son hommage, il écrira Comme une Piaf. Fin 1962, Une petite fille et Le Cinéma sont d'incontestables succès. Cécile ma fille conforte Claude dans son titre de nouveau grand talent de la chanson française. Hélas en juin 1963 un accident de voiture manque de briser sa carrière. Il retrouve l'Olympia six mois plus tard sur des béquilles. Le public français ne l'ayant pas oublié, il part conquérir le Brésil, le Québec, fait un crochet par New York où il reste seul quatre jours sans parler l'anglais (ce séjour donnera matière 23 ans plus tard au disque Nougayork).

Brassens : de A à Z, quelques amis de Georges (7)

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