Brassens : de A à Z, quelques amis de Georges (6)

Publié le par Daniel LESUEUR

Hallyday Johnny

Georges Brassens fut l’une des premières idoles de Johnny avant qu’il ne découvre Elvis. Johnny expliquera que le poète représentait un peu, pour lui, l’image du père idéal qu’il n’avait pas eu. Sur le CD Ma chanson d’enfance (2001) Johnny interprète Le Parapluie. Il la chantait occasionnellement depuis un quart de siècle, ainsi que Corne d’Auroch, La Mauvaise Réputation, Le Gorille et sa mise en musique du poème de Paul Fort Le Petit Cheval. La rencontre, que l’on aurait pu croire impossible, entre le grand ciseleur des mots de la langue française et le prince des yé-yé, eut lieu le 12 février 1962 dans l’émission télévisée A l’école des vedettes d’Aimée Mortimer. Johnny, qu’on ne surnomme pas encore l’Idole des Jeunes (car il n’enregistrera ce titres que quelques mois plus tard) retrouvera son Maître dix ans plus tard dans une autre émission de télé, Top à Johnny, de mars 1972 pour entonner avec lui un couplet, un seul, du Gorille.

"La Jeanne"

Brassens, en 1944, s'installe à Paris où il vit une histoire d'amour avec Jeanne Planche, née Le Bonniec, de trente ans son aînée. Il prend pension, impasse Florimont, dans le 14ème arrondissement, chez "La Jeanne" dont le mari n'est autre que L'Auvergnat Marcel Planche (voir à ce nom). Brassens avoue apprécier la compagnie des femmes mariées... pour la bonne raison qu'elles ne lui demandent jamais le mariage ! Très possessive, Jeanne n'hésitait pas à confisquer l'unique pantalon de Georges pour l'empêcher de sortir lorsqu'elle soupçonnait un rendez-vous galant. A l'âge de 77 ans, peu après la mort de Marcel, La Jeanne s'amourache d’un autre Georges, un clochard de 37 ans qui ressemble à Brassens. Ce dernier ne peut plus habiter dans ce qui fut la maison de L'Auvergnat. Durant deux ans, Jeanne vit d'amour, et son tourtereau d'eau fraîche, entre les nombreux séjours qu'il effectue dans divers hôpitaux psychiatriques pour des cures de désintoxication alcoolique. Remariée en 1966, la vieille dame rebelle décède le 24 octobre 1968.

Lama Serge

Né à Bordeaux en 1943, Serge Chauvier dit Lama est fils d'un chanteur d'opérette réputé dans le Bordelais qui rêve de conquérir la capitale. Il y transporte toute sa petite famille. Serge ressent l'attrait du monde de la chanson. Et lorsque papa dépité rejoint son Bordeaux natal, le fiston reste à Paris. Ses premiers 45-tours connaissent l'échec. Croit-il enfin avoir pris un bon départ en assurant la première partie de Brassens à Bobino fin 1964, qu'il manque de mettre un point final à sa carrière et à sa vie tout court : il se crashe en voiture en 1965. Un an et demi d'immobilisation, pas moins. Et l'on craint qu'il reste paralysé. Brassens participera au concert donné à son profit à l’Olympia fin 1965. Serge retrouve le chemin du hit-parade en 1968 : il avait eu le temps de peaufiner ses chansons sur son lit d'hôpital. Le déclic survient en 1971, lorsqu'il rencontre Alice Dona dont la carrière stagnait depuis 1964. Les tubes pleuvent : D'aventure en aventure, Charivari, Une île, C'est toujours comme ça la première fois, Superman, Les P'tites Femmes de Pigalle et Je suis malade. Il aura mis neuf ans à décrocher son premier Disque d'or alors que le deuxième (puis tant d'autres) tombe en quelques mois.

Lapointe Boby

Boby, avec un seul B, fraternise, aux Trois-Baudets, avec Brassens qui bientôt lui proposera d’assurer ses premières parties… premières parties auxquelles Boby arrive fréquemment avec une heure de retard. Né le 16 avril 1922, le chanteur plus connu après sa mort que de son vivant, avait remporté quelques menus succès, parfois grâce au cinéma : en 1954, son inoubliable ritournelle Avanie et framboise (Aragon et Castille) revenait souvent dans Poisson d'avril, film avec Bourvil, De Funès et Annie Cordy. Il chantait dans Tirez sur le pianiste de Truffaut, accompagné par Charles Aznavour. Il décrochera des petits rôles dans Max et les ferrailleurs et Les Choses de la vie. Des apparitions rares car l'homme était timide et discret. Il avait connu les bas mais rarement les hauts, trop bohème pour réussir. Il a ouvert un cabaret qui a fait faillite… Dans la dèche, il a été magasinier chez Philips grâce à un coup de pouce de Georges qui, en outre, l’aidait financièrement. Robert Lapointe meurt le 29 juin 1972.

Leclerc Félix

En France, on le présente souvent comme le Brassens canadien. Né 1914, il a débuté, à l’invitation de Jacques Canetti, à Paris en 1950 ; il est un peu plus âgé que nos grands auteurs-compositeurs-interprètes, ce qui conduit fort justement Hervé Bréal à écrire que « s’accompagnant seul à la guitare, il ouvre la porte à Brassens, Brel et Béart en France et Léveillée, Ferland, Vigneault et Charlebois au Canada ». On peut même dire que, grâce à l’album que lui fit enregistrer Canetti, il fut une grande vedette dans l’Hexagone avant de le devenir dans son propre pays. Au début des années 50, la France entière semble fredonner Moi mes souliers et Le Petit Bonheur. Son œuvre a traversé le temps : à preuve les hommages que lui rendirent récemment François Béranger (Béranger chante Leclerc, 2003) et Hugues Aufray (Hugues Aufray chante Félix Leclerc, 2005). Mort dans son sommeil le 8-8-88 (8 août 1988), ses cendres furent dispersées dans l’île d’Orléans, près de Québec.

Lemarque Francis

Nathan Korb dit Francis Lemarque (1917-2002) a laissé deux succès immortels, A Paris et Marjolaine. Il fit connaissance avec Brassens aux Trois Baudets: « J’étais très ému de découvrir qu’il connaissait par cœur quelques-unes des chansons que j’avais composées et qu’il aimait les chanter pour son plaisir ». Lemarque regretta toute sa vie que leurs timidités respectives les aient empêchés de collaborer plus intimement : « Si j’en avais eu le courage », écrit-il dans J’ai la mémoire qui chante (Presses de la cité, 1992), « je lui aurais demandé de m’engager en première partie de l’un de ses programmes à Bobino. Pour moi c’était important, j’en aurais été très fier, mais je n’ai jamais osé lui en parler. C’est seulement après sa mort que j’ai appris de la bouche d’André Tillieu, un de ses amis intimes, que Brassens lui aussi aurait été heureux de m’avoir en première partie d’un de ses spectacles, mais qu’il n’avait jamais osé me le demander ». Un grand rendez-vous manqué !

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