Brassens : de A à Z, quelques amis de Georges (3)

Publié le par Daniel LESUEUR

Cabrel Francis

Sa grosse moustache rappelle son admiration pour Georges Brassens… et tous les membres du groupe « les Gaulois » qu’il a fondé lorsqu’il avait vingt ans (1973) avaient obligation d’être moustachus. Une admiration persistante : en 1992 il interprète Les Passantes sur le CD Chantons Brassens et en 1999, dans l’émission Tapis rouge sur Antenne 2, il entonne Les Copains d’abord et Le Gorille, qu’il publiera en single en 2007. Francis Cabrel est né à Agen dans une modeste famille d’origine italienne. Son oncle lui offre une guitare… Le jeune Francis apprivoise l’instrument en apprenant à jouer Like a Rolling Stone de Bob Dylan. Depuis, il déclare connaître toutes ses chansons, ajoutant qu’il a appris l’anglais grâce à ses idoles : Dylan, Neil Young et Leonard Cohen. Selon lui, d’ailleurs, le fait de jouer de la guitare et de chanter lui aurait permis de vaincre une timidité quasi-maladive. « Petite Marie », en 1974, constituera son premier succès… presque un « succès d’estime » tant sera gigantesque le succès des disques suivants, Je l’aime à mourir, tube de l’été 1979, Encore et encore (1985), Sarbacane (1989), etc.

Chatel Philippe

Né en 1948, il avait été garçon de course pour Henri Salvador, rédacteur de messages publicitaires avant de rencontrer le Maître. Il connaît le succès avec son neuvième disque (Je t’aime bien, Lili, 1977). En 1979 il achève la réalisation d’un conte musical, Emilie Jolie, auquel participent un nombre incroyable de grandes vedettes : Henri Salvador, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell, Françoise Hardy, Julien Clerc, Alain Souchon, Laurent Voulzy, etc. Brassens y interprète La Chanson du hérisson. En 1980 il publie sa version de Maman papa qui n’est pas la plus connue de Brassens. Bien avant d’être connu en tant que chanteur, il avait publié en 1972 un livre au format astucieux (celui d’un 45-tours) sur son idole (Brassens par Philippe Chatel, Cherche Midi éditeur) : « Georges Brassens est un cas à part dans le monde de la chanson. A part et, avec sa tête de sage, au-dessus », écrivait-il. Au-dessus, mais par immortel : en 1997, c’est Khaled qui reprend le rôle du hérisson dans la nouvelle version d’Emilie Jolie.

Chevalier Maurice

Il a beau avoir publié un nombre impressionnant de chansons, il n’enregistrera jamais La File indienne que Brassens a écrite pour lui. En revanche Georges, lui, ne s’était pas privé de lui rendre hommage en 1980 dans l’album Georges Brassens chante les chansons de sa jeunesse, reprenant Quand un vicomte de Mireille et Jean Nohain que Chevalier dit « Momo » avait popularisé au milieu des années 30. Lorsqu'on évoque la chanson française, à l'étranger, seuls deux noms viennent aux lèvres : Piaf et Chevalier. De lui, on a retenu Ma Pomme, sa canne à pommeau et son légendaire canotier. Cet enfant du 20è siècle né à la fin du précédent (1888) débute en 1900 au Casino des Tourelles. Après Paris, il enflamme l'Alcazar de Marseille en 1907. Il rencontre Mistinguett, grand amour de sa vie, mais il épouse Yvonne Vallée puis Nita Raya. De 1928 à 1935, Chevalier qui a inventé le principe du "One man show" emballe les Américains avec son accent de titi parisien. A son retour en Europe il enregistre Ma pomme, Prosper yop la boum et Y'a d'la joie de Trénet. En perte de popularité au début des années 60, il fait ses adieux à la scène en 1968. Il meurt le 1er janvier 1972.

Colombo Pia

Elle fut l’une des interprètes préférées de Brassens, qu’elle avait suivi en tournée et dont elle avait brillamment repris, en 1959, Les Croquants sur son cinquième 45-tours. De son vrai nom Hélène Pia, cette chanteuse française d'origine italienne née en 1934 étudie d'abord le théâtre et la danse. Son rêve de devenir petit rat de l’Opéra se brise lorsqu’à l’âge de quinze ans une angine mal soignée se termine en chorée de Sydenham (danse de Saint-Guy). Elle cesse de grandir et ne pèse plus que 35 kilos. Trois ans de convalescence ! En 1956 sa rencontre avec son futur mari Maurice Fanon est déterminante, conduisant à son premier succès sur disque, L'Echarpe, en 1964. La Casa d'Irène remporte un vif succès en 1965... En 1969, on découvre sa version du Métèque de Moustaki. Une version qui peut surprendre, sa façon de rouler les r évoquant le phrasé de Mireille Mathieu ! Sa dernière apparition en public a lieu en 1981, au Grand Echiquier où elle apparaît chauve et malade, luttant contre le cancer. Elle meurt en 1986.

Coluche

Michel Colucci (1944-1986) n’a pas eu un début de vie bien gai. Son père meurt lorsqu’il a trois ans et sa mère se retrouve seule à faire vivre ses deux enfants. Michel abandonne tôt ses études et n’est pas loin de mal tourner. A partir de 15 ans il exerce d’innombrables petits boulots (télégraphiste, céramiste, garçon de café, livreur, fleuriste, pompiste, marchand de fruits et légumes, etc.). Et puis il joue à la guitare les chansons de ses idoles Elvis Presley, Johnny Hallyday, les Beatles et Georges Brassens... dont il sera choriste d’un soir, même si ça peut sembler impensable. Grâce à René Fallet qui les présenta l’un à l’autre, la rencontre eut lieu en 1979 dans le cadre de l’émission télévisée Carte blanche à Marcel Amont et la chanson interprétée n’était autre que Le Roi des cons. Dans cette chorale exceptionnelle, on note les présences de Maxime Le Forestier, François Béranger, Georges Moustaki... de Marcel Amont évidemment et du dessinateur Cavanna.

Compagnons de la Chanson

Dès 1956 ils interprètent Chanson pour l’Auvergnat mais leurs auteurs de prédilection sont plus volontiers Aznavour, Bécaud ou Trénet. Compagnons et Brassens se retrouveront néanmoins au printemps 1979 pour deux shows télévisés mémorables, le Top club de Guy Lux et le Grand Echiquier de Jacques Chancel. C’est Edith Pïaf qui les avait découverts en 1944, au Gala des Cheminots à la Comédie française, alors qu’ils se produisaient encore sous le nom de Compagnons de la Musique. Elle noue une histoire d’amour avec l’un d’entre eux, Jean-Louis Jaubert. Edith tourne un film avec eux (Neuf Garçons et un cœur) et souhaite leur faire changer leur répertoire, alors constitué de chansons surannées du folklore français. Elle leur propose Les Trois Cloches… qu’ils auraient bien aimé refuser. Mais on ne dit pas « non » à Edith ; elle la chante avec eux, et c’est le succès. Elle restera leur marraine durant trois ans, continuant de partager avec eux de nombreux galas et tournées. Fin 1980, ils entament une tournée d’adieu qui durera cinq ans.

Coquatrix Bruno

Le nom de Bruno Coquatrix (1910-1979) est à jamais associé à celui d’une prestigieuse salle parisienne, l’Olympia. A tel point qu’on en oublie qu’auparavant, jusqu’à 1954, il avait dirigé... Bobino, salle préférée de Brassens. Sait-on également qu’il a écrit plusieurs opérettes et près de 300 chansons (dont la célèbre Clopin clopant, un succès pour Pierre Dudant en 1947) et qu’il a cofondé le label de disques Versailles ? Après son éprouvante série de concerts du 5 au 25 décembre 1962 (voir à Jean-Michel Boris) au terme de laquelle il avait, le 31, appris le décès de sa mère, Brassens s’était juré de ne plus « refaire » l’Olympia. Il y reviendra exceptionnellement le 7 décembre 1965 à l’occasion d’un gala au profit de Serge Lama, victime d’un terrible accident de voiture le 13 août. En 1971, Bruno Coquatrix est élu maire de Cabourg. Onze ans après sa mort (le 30 novembre 2010), Bertrand Delanoë, maire de Paris, inaugura une rue Bruno-Coquatrix à quelques pas de l’Olympia.

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