1900 : la vie enviable des courtisanes

Publié le par Daniel LESUEUR

La Belle Epoque ne l'est pas tant que ça pour les femmes non entretenues ; la condition féminine laborieuse, certes, s'améliore mais reste rude et précaire...

A partir de 1968, la place de la femme s'améliore... au sein de la société, mais pas toujours dans le monde du travail. Son sort était néanmoins plus enviable que cent ans auparavant.

1900 : la femme travaille de plus en plus

Sa population active non agricole est passée d'un quart en 1866 à un tiers en 1896, et c'est dans le commerce qu'elle est le plus présente, pour un salaire inférieur à celui d'un homme employé aux mêmes tâches.

En 1900, deux lois sont adoptées.

L'une limite le travail des femmes - et également des enfants - à onze heures par jour (cette limite passera à dix heures et demie en 1902, mesure hélas accompagnée d'une réduction de salaire). L'autre loi prévoit qu'il y aura désormais dans les magasins autant de chaises que de vendeuses. Ce sont bien sûr des avancées pour celles qui, soumises à l'autorité des chefs de rayon, doivent rester souriantes en toute circonstance.

Mais leur vie privée reste régentée par leur employeur : le mariage entre employés est interdit, une grossesse est un motif de renvoi.

Seules s’en sortent les femmes entretenues

Un charme parfois trouble et vénéneux les extirpe du ruisseau et leur permet d'accéder à la vie mondaine. Qui pourrait les blâmer de vouloir échapper à un sort peu enviable ? Mais une inconnue ne se retrouve pas célèbre et adulée du jour au lendemain.

Elle doit d’abord tenter sa chance dans une quelconque revue, d'abord figurante à la corbeille, le visage caché par un éventail, puis danseuse anonyme dans une troupe, caressant l'espoir de gravir les échelons, séduire des hommes riches et puissants, devenir ce que les jalouses nommaient cocottes, lionnes, grues, grisettes ou grandes horizontales ; les qualificatifs sont multiples ! Impossible de nier leur existence, car les femmes légères ont beaucoup de poids dans la société mondaine.

Certaines eurent des rois à leurs pieds

Elles commençaient petit rat ou gigolette puis rapidement, car les rides surviennent toujours prématurément, comptaient dans les rangs de leurs admirateurs des princes et des ministres, voire des empereurs et des rois : Mistinguett en eut trois pour amants (Alphonse XIII roi d'Espagne, Edouard VII d'Angleterre et Gustave V de Suède), Gaby Deslys épousa le roi du Portugal en exil. Elles ne faisaient en cela que suivre l’exemple de Maria Dolores Eliza Gilbert, dite Lola Montez (1818 – 1861), « danseuse espagnole » de profession, qui compta parmi ses amants Listz et Chopin, le tzar de Russie et Louis 1er roi de Bavière qui la fit baronne de Rosenthal puis, en 1847, comtesse de Landsfeld avant d’être, l’année suivante, contraint d’abdiquer : l’influence de la belle sur la vie politique avait été désastreuse !

Mêmes parvenues, leur sort n’est pas toujours enviable

Qui n’a vu la superbe interprétation de Greta Garbo dans « Le Roman de Marguerite Gautier (Camille) » de Cukor, d'après « La Dame aux camélias » de Dumas ? Une cocotte ne devait pas vieillir, à moins d’avoir un talent particulier...

Un vrai talent, ou au moins celui de faire croire qu’elle en avait !

C'est leur renommée de femmes fatales, qui, en les précédant, imposait un devoir de conquête à l'homme qui allait les rencontrer. Le privilège de croiser un oiseau rare, oiseau de paradis ou d'enfer ! Encore fallait-il qu’elles se montrent. Le soir, au spectacle, autant que les artistes, on reluquait les courtisanes qui venaient s'y pavaner.

Certaines chantèrent...

Mismarguett était un assez troublant sosie de Mistinguett. Elle connut un certain succès pendant près d'une quinzaine d'années, allant même jusqu'à remplacer "la vraie" au Casino de Paris durant le séjour américain de Mistinguett en 1923-1924. Mais, à peine quelques années plus tard, qui connaissait encore « Mismarguett » ?

Par le nombre des vedettes qu’elle fit et défit, la Belle Epoque fut impitoyable

Le nom de Mealy est aujourd'hui oublié. Cette meneuse de revue popularisa l'un des plus grands succès du début du vingtième siècle, « Frou-frou ». La chanson est restée, mais pas son interprète. Mealy est contemporaine de la Belle Otero, une des rares courtisanes dont on se souvient encore. Malgré la concurrence de Cléo de Mérode, de Liane de Pougy (bisexuelle qui finit au couvent), cette demi-mondaine reste la plus célèbre courtisane de l'avant-guerre ("Une demi-mondaine est une femme qui se donne à un homme sur deux", proclamait Sacha Guitry). Elle fut surnommée l'Ardente Gitane de la Troisième République, mais également la Sirène du suicide car ses "fiancés" se tuèrent par dizaines.

1900 : la vie enviable des courtisanes

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