Les méconnus du 20è siècle : Vince Taylor

Publié le par Daniel LESUEUR

Connut-on jamais carrière à la fois aussi brillante et aussi courte ? Vince domina le monde du rock sur un laps de temps de quelques mois... puis plus rien !

Psychologiquement fragile et perturbé, de son vrai nom William Holden, il n'était pas fait pour le succès phénoménal qu'il connut en 1961.

Le rocker pur et dur né à Londres en 1939

Il avait des cartes dans son jeu : sa sœur Anna ayant épousé Joe Barbera, célèbre producteur de dessins animés et la famille Holden ayant émigré aux Etats-Unis, il aurait pu, avec un physique comme le sien, jouer sur la carte de visite de son beau-frère et faire son trou au cinéma. Mais il préfère le rock et débute à Los Angeles en 1956.

Il retourne en Angleterre deux ans plus tard

Leader dans l'âme, il monte un groupe. Cette fois, ses atouts, ses accompagnateurs, ont pour noms Tony Sheridan, celui-là même qui va révéler les Beatles, mais aussi Brian Bennett et Brian Lockling qui vont l’abandonner pour se joindre aux Shadows. Bref, tout le monde autour de lui est happé par la célébrité. Jusqu’à son batteur Bobbie Clarke qui, en 1965, partira fonder son propre groupe, le Bobbie Clarke's Band.

Qu’est-il donc venu faire en France ?

La légende raconte qu'il a débarqué à Calais en 1960 pour un festival de rock, qu'il a remplacé Gene Vincent au pied levé et qu'il a obtenu un tel succès qu'il est resté. Mais c'est faux ! Le festival en question date de 1961.

Gene Vincent, effectivement, n'a pas pu jouer... mais Vince ne l'a pas remplacé !

Un coup de foudre pour notre pays

Puis, ensuite, paraît-il, un coup de foudre pour Brigitte Bardot et pour Sophie Daumier avec lesquelles on lui prête une idylle. Il est alors propulsé par Eddie Barclay qui avait pris ombrage de ne pas avoir découvert lui-même les Chaussettes Noires : c'est son collaborateur Jean Fernandez qui avait "signé" Eddy Mitchell et sa bande quelques mois plus tôt .

Hélas, c'est une tocade :

Barclay, malgré un contrat de sept ans, sort l’essentiel des disques de Vince entre septembre 1961 et mars 1962 puis bien vite se désintéresse de son protégé qui, en outre, se débat comme un beau diable pour obtenir un permis de travail.

Une discographie bien vite expédiée

Sur Barclay, il publie 6 super 45 tours et un 25cm en 1961-1962, puis 2 super 45 tours et un album en 1964-1965. On compte deux autres excellents super 45 tours fin 1962, sur Odéon et sur Palette. Au total, une quarantaine de chansons, c'est bien maigre, surtout lorsqu'on sait que la plupart avaient été enregistrées en un ou deux jours de 1961 ! Toutes sont chantées en anglais, sauf trois titres : « Mimi » en 1962, une bien piètre composition, et « Jour après jour » / « Tu chang’ras d’avis » en 1964, deux adaptations assez convaincantes de « It’s all in the game » de Tommy Edwards et de « Bad to me » de Lennon & McCartney.

Bigre que ses rock’n’rolls étaient diablement bien interprétés !

Sa version de « Shakin’ All over » éclipse celle de son créateur Johnny Kidd et reste la meilleure malgré pléthore d’interprétations… Quant à « Brand new Cadillac » dont il est l’auteur, les hommages sont multiples, des Shamrocks aux Clash.

Hélas, les médias négligèrent la qualité de ses interprétations pour se concentrer sur son impact social : Vince coupa la France en deux beaucoup plus violemment que ne l'avait fait Hallyday un an auparavant. Johnny symbolisait une jeunesse un peu fofolle, un peu exubérante. Vince faisait peur. A l'époque, on ne parle que de "blousons noirs" Avec ses chaînes et son costume de cuir, un look piqué à Gene Vincent, Taylor concrétisait la violence à l’état pur.

Son allure sauvage était de nature à effrayer les parents et, peut-être même les disquaires qui craignaient de se faire voler ses disques à leur étal ; il faisait peur même à ses fans ! Une véritable cabale fut montée contre lui.

En 1962, il était déjà sur la brèche

En 1963 / 64, sa carrière était terminée, il se produisait à Pigalle dans des boîtes de strip-tease. Pour finir, dans les années 70, il fera la plonge dans des restaurants après avoir chanté ses couplets au dessert. De retour dans sa ville natale, Vince bascule dans le mysticisme

Un soir de 1965, il tombe dans la folie après avoir acheté pour 200 livres sterling de LSD. C'en est trop pour son cerveau déjà embué. Brandissant une bouteille de rosé Mateus, Vince aurait déclaré : "Mon nom est Mateus... Je suis le nouveau Jésus, fils de Dieu...." Très impressionné, son ami et voisin de table David Bowie (qui trace alors les grandes lignes d'un futur 33 tours, « The Rise And Fall of Ziggy Stardust » contant la vie de la star déchue dont la carrière resta définitivement en rade malgré d’innombrables comeback (1965, 1969, 1975, 1980). Il essaya bien de se désintoxiquer mais aucune cure ne se montra efficace.

Vince Taylor meurt à 52 ans d’un cancer des os. Pas très rock’n’roll ! « l'Archange noir du rock » est mort en Suisse en 1991 auprès de son épouse et de sa fille.

Les méconnus du 20è siècle : Vince Taylor

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