Les méconnus du 20è siècle : Timothy Leary

Publié le par Daniel LESUEUR

Le président Richard Nixon disait de lui qu’il était le plus dangereux de tous les Américains…

Timothy Leary voit le jour en 1920…

Quarante ans plus tard on le retrouve professeur de psychologie tout ce qu'il y a de respectable. Issu d’une famille d’origine irlandaise catholique, il enseigne à Harvard. Mais Leary découvre les champignons hallucinogènes à l'occasion d'un voyage au Mexique et sa vie, puis bientôt celle de ses disciples, s’en trouve immédiatement bouleversée : « J’en ai plus appris sur les potentialités de mon cerveau en cinq heures de trip qu’en cinq ans d’études et de recherches en psychologie ».

Faut-il préciser qu’évidemment il fut exclu rapidement de Harvard ?

Chassé de la respectable université en 1963, il ne manifesta aucun regret :

« J’ai été assez naïf pour croire que la psychologie pouvait expliquer le fonctionnement de l’être humain ».

Un monde différent s'ouvrait désormais à lui en passant par ces fameuses « portes » de la perception qui ont donné son nom (doors) au groupe de Jim Morrison (l’influence de Leary se fera sentir sur plus d’un chanteur de rock : c’est Leary, également, qui fera tester pour la première fois le LSD à Jerry Garcia, fondateur du groupe californien Grateful Dead). Pour Leary, il ne s’agit pas de défonce "gratuite", mais d’une expérience d’exploration des limites du cerveau.

En compagnie d’autres universitaires tels que Carlos Castaneda et avec la bénédiction de Allen Ginsberg, le poète de la beat generation, Leary s’engouffre dans ce genre d’expérimentations qui doivent leur permettre d’accéder à une nouvelle perception de l’univers et à d’autres réalités. Mais lesquelles ?

La prise de drogues hallucinogènes s’inscrit à l’époque dans une démarche d’exploration et de compréhension du système nerveux. Sans complexe, Leary prône l’usage du LSD et de nombreuses autres substances. L'esprit des jeunes Américains évolue : au début des années soixante, ils n’étaient qu'une poignée à prendre du LSD, et encore sous contrôle de l'Etat... en 1966, nombreux sont ceux qui le "testent", peut-être simplement parce que le gouvernement vient de l'interdire ! L'année suivante, tout le monde en consomme durant le fameux "été de l'amour". Leary, idole des jeunes Américains…

Les hippies l’adulent, leurs parents le détestent

L’establishement américain veut sa peau. Il est condamné à la prison pour agissements subversifs, mais un mouvement gauchiste le fait évader en 1970. Avec son épouse Rosemary, il quitte clandestinement les Etats-Unis pour l’Algérie. Son plan est de se réfugier en compagnie d’Eldridge Cleaver, membre influent des Black Panthers… mais les Panthers le prennent en otage. Le couple parvient néanmoins à s'enfuir en Suisse.

La cavale continue

On trouve les traces de son passage dans 29 prisons du monde entier. Séparé de sa femme, Leary est à nouveau arrêté, cette fois par des agents du gouvernement américain infiltrés en Afghanistan. Il est extradé vers les États-Unis en 1974 et décide de se payer une bonne conduite en coopérant, depuis sa cellule, avec le FBI. Il fournit notamment d’importantes informations sur le Weather Underground, une organisation d’extrême-gauche pratiquant la guerilla urbaine (la Weather Underground Organisation avait été créée à Chicago en 1969).

Ce mouvement repose sur l'idée d'un communisme mondial émergeant du Tiers Monde plutôt que de l'URSS.

Le gouverneur Jerry Brown, en remerciement de sa coopération, fait libérer Leary en avril 1976.

Entre deux séjours en prison, des années soixante au début des années quatre-vingt-dix, Leary avait consacré sa vie à l'expérimentation de toutes les drogues possibles.

Il avait aussi beaucoup écrit, et notamment, en 1964, en compagnie de Ralph Metzner, un ouvrage basé sur le Livre des morts tibétain : « A Psychedelic Manual ».

Un livre dont John Lennon s’inspira pour écrire « Tomorrow Never Knows », une chanson de l’album « Revolver » des Beatles. Un mois avant de mourir d'un cancer inopérable, Leary avait écrit un livre intitulé «Design for Dying», qui tentait de montrer une nouvelle manière d'envisager la mort.

Effectivement, son ultime expérience restera dans les annales

On crie au génie lorsqu’il annonce qu’il a l’intention d’avoir recours à la cryogénie bien qu’il ne croie pas à sa possible résurrection. Il revient bientôt sur sa décision et opte pour la crémation, histoire de pouvoir partager ses cendres entre ses amis (sept grammes seront placés à l’intérieur d’une fusée Pegasus lancée le 21 avril 1997 et qui resta six ans en orbite autour de la Terre avant de se désintégrer).

Sa mort fut filmée en direct le 31 mai 1996

On raconte qu’il avait demandé à faire congeler sa tête après décapitation mais c’est pure fiction : il s’agit de la séquence finale du film « Timothy Leary’s Dead / A head of his time ».

Les méconnus du 20è siècle : Timothy Leary

Publié dans PEOPLE

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