Les méconnues du 20è siècle : Marsha Hunt

Publié le par Daniel LESUEUR

Marsha (qu’il ne faut pas confondre avec une autre Marsha Hunt, actrice blanche qui a tourné avec John Wayne) est née à Philadelphie en 1946.

Elle n’a jamais connu son père et n’apprit son existence que trois mois après son suicide alors qu’elle avait 13 ans. Ce mystère la hantera au point qu’elle écrira un livre à partir des recherches généalogiques qu’elle effectuera : son père fut l’un des premiers psychiatres de race noire.

Ce choix de profession, cette vocation s’explique du fait que sa mère était morte folle.

Le titre du livre paru en 1996, « Repossessing Ernestine : A Granddaughter Uncovers the Secret History of Her American Family » raconte comment Marsha est partie à la recherche d’Enerstine, cette grand-mère dont elle avait longtemps ignoré comment elle avait fini. Marsha n’a donc été élevée que par des femmes : sa mère, sa tante et sa grand-mère. Une famille très pauvre, mais elle et son frère peuvent néanmoins suivre des études relativement correctes.

En 1964, elle fait la connaissance de l’activiste Jerry Rubin

Elle s’engage auprès de lui dans le mouvement d’opposition à la guerre du Viêt-nam. Sur les campus universitaires, elle s’adonne à la marijuana et au LSD. Début 1966 elle émigre en Angleterre. Souhaitant y rester, elle est prête à se marier avec n’importe qui pour acquérir la nationalité britannique et pouvoir ainsi rester en Angleterre. Ainsi donc elle épouse en avril 1967 Mike Ratledge, musicien influent, membre fondateur de la formation d’avant-garde Soft Machine.

Son mariage est complètement bidon, même pas consommé semble-t-il.

Mais, elle qui n’envisageait pas particulièrement de faire carrière dans le monde artistique, a quand même, par cette union, posé le premier pas dans celui de la pop music. Elle est d’ailleurs engagée par le célèbre bluesman Alexis Korner puis en 1968 devient provisoirement chanteuse de Ferris Wheel entre le départ de la première chanteuse du groupe, Diane Ferraz, et son remplacement par la célèbre Linda Lewis ; elle travaille également occasionnellement avec le bluesman John Mayall et avec Elton John encore inconnu.

Puis Marsha décroche un rôle dans la troupe anglaise de « Hair », la plus célèbre comédie musicale de 1968 / 1969 (idem en 1971 pour « Catch my Soul », version rock de « Othello »). Sa plastique irréprochable lui attire l’attention des médias et toutes sortes de propositions professionnelles, du mannequinat au disque en passant par la scène : son attitude magnétise et fascine, comme on put en juger au fameux festival de l’Ile de Wight en 1969.

Son premier 45-tours, "Walk on Gilded Splinters", se vend correctement et lui vaut de se voir proposer par Marc Bolan de réenregistrer “Desdemona”, chanson que Marc avait une première fois publié avec son groupe John’s Children.

Marc et Marsha

Peut-être les plus belles créatures que porta l’Angleterre sur son sol à la fin des sixties. La rencontre est explosive, fulgurante. En un mot comme en cent : le coup de foudre immédiat. Les Rolling Stones avaient demandé à la belle de poser pour la pochette de leur 45-tours « Honky Tonk woman » ; elle avait refusé, ne voulant pas donner d’elle l’image d’une pute. Mick Jagger revient à la charge et, balayant l’histoire d’amour entre elle et Bolan, devient son nouvel amant attitré.

Une fille, Karis, naîtra de leur union en novembre 1970. Mais leur relation, avaient-ils décidé de concert, devait rester distante. Pas question de vivre ensemble et encore moins de se marier. On s’interroge, depuis : qui, de Marsha ou de l’ex-Ikette Claudia Lennear, a inspiré la chanson des Stones « Brown Sugar » ? On voit Marsha sur grand écran en 1972 dans « Dracula » et en 1982 dans « Britannia hospital ». Mais c’est surtout l’écriture qui la passionne, discipline d’ailleurs moins éprouvante que la scène ou le cinéma, pour elle qui, désormais, lutte contre le cancer du sein.

Avec énormément de courage, elle ironise sur l’opération qui l’attend, refusant d’avoir recours ensuite à la chirurgie esthétique : Je préfère me voir comme une Amazone à qui on enlevait un sein pour mieux pouvoir tirer à l’arc. La chirurgie de reconstruction ? Comme si c’était possible ! On vous prend des muscles des fesses, de la peau des hanches, de la graisse de l’estomac… Bref c’est presque tout le corps qui est en bordel ! Mieux vaut accepter l’ablation, tout simplement, et s’estimer heureux si on a pu vaincre le cancer.

Avant de passer sur la table d’opération, elle inscrivit sur son sein : « Docteur, prenez votre pied, ne vous trompez pas de sein et, au moment de le jeter, offrez-lui des fleurs ! » Aux dernières nouvelles, Marsha est toujours vivante et réside à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

Les méconnues du 20è siècle : Marsha Hunt

Publié dans musique, PEOPLE

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