Les débuts de Françoise Hardy (1)

Publié le par Daniel LESUEUR

A Paris, il n'y avait pas gamine plus timide qu'elle. A tel point que c'est sa mère qui l'incita à se faire écouter dans les maisons de disques.

Dans l’histoire de la chanson française, aucune maman, semble-t-il, n’eut autant d’influence que madame Hardy…

Retour sur l’enfance d’une chanteuse

Françoise est née le 17 janvier 1944 à Paris, en soirée, et durant une alerte aérienne. Elle est du signe du Capricorne, ce qui, paraît-il, prédispose à une sorte de repli sur soi. De son enfance, elle se souvient de sa timidité et d'une certaine forme de maladresse. Elle aurait été surnommée "mademoiselle Poum" en raison de ses chutes fréquentes, et la récréation est pour elle le pire moment de la journée !

Sur son papa, nous aurons peu d'informations ; normal, il est déjà marié et, de surcroît, responsable d'une affaire florissante de machines à écrire et à calculer. Au milieu des années quarante, dans la bourgeoisie, on ne badine pas avec l'amour.

Françoise en sera réduite à raconter que ses parents ont divorcé... ce qui, à l'époque, est à peine mieux accepté qu'avoir une mère célibataire, surtout dans l'institution religieuse que fréquente la fillette. Au rythme de deux ou trois visites par an, on ne peut pas dire que Françoise aura beaucoup subi l'influence paternelle.

En revanche, la maman, aide-comptable de son état, semble particulièrement attentive à l'éducation de sa progéniture, deux gamines nées à dix-huit mois d'intervalle et qui ne s'entendent pas à la perfection.

La cadette, plutôt espiègle ou délurée, et l'aînée dont l'enfance ressemble fort à celle d'une petite fille modèle. Cette aînée « petite fille modèle », c’est Françoise. Petite fille modèle qui, au piano, fait des gammes puis, dans sa chambre, file écouter les roucoulades de Tino Rossi, Luis Mariano, André Dassary et Georges Guétary qu'elle ira applaudir dans Pacifico, l'opérette dont il partage la vedette avec Bourvil. La voilà à l'entrée des artistes, guettant la venue du Guétary qui lui accordera un autographe.

Un pied, déjà, dans le monde du strass

Mais bien visionnaire celui qui aurait pu prédire à Françoise un destin d'artiste…

Sa mère montre à Françoise une petite annonce relative à un casting d'auditions organisé par une grande firme discographique.

Malgré un premier échec chez Pathé-Marconi, un second chez Philips, elle s’accroche, prend des cours de chant tant et si bien qu’au bout d’un an d’efforts, le 14 novembre 1961, elle signe un contrat d'exclusivité avec Vogue.

Le 25 avril 1962, en trois heures, avec quatre musiciens, elle enregistre quatre chansons, dont le tube « Tous les garçons et les filles » dont elle a écrit paroles et musique. Des paroles qui lui sont directement inspirées par son expérience personnelle. Les auteurs font fréquemment appel à leurs états d'âme pour bâtir leur œuvre. Françoise plus que quiconque. Au fil des albums, nous verrons défiler, en filigrane, les hauts et les bas de sa vie sentimentale.

En 1962, elle ressentait intimement la solitude, elle avait l'impression de n'attirer personne, d'être disgracieuse, trop grande, "un monstre, une laideur bourrée de défauts physiques". Complexes qui, si l'on en croit le livre Notes secrètes (Albin Michel, 1991) lui auraient été mis en tête par une grand-mère acariâtre. Au moins, ainsi, aura-t-elle servi à quelque chose, cette fichue grand-mère !

Des "professionnels" pas très malins ni très délicats (car Piaf est à l'agonie) remarqueront fin 1963 qu'en 18 mois Françoise a vendu plus de disques qu'Edith Piaf en 18 ans (deux millions, d'après certains).

L'ancêtre du vidéo clip

Pour pouvoir se présenter à la télé sans que sa présence soit obligatoire (ou pour éviter le play-back, qu'elle abhorre), Françoise tourne un scopitone sous la direction artistique du débutant Claude Lelouch qui la filme sur la grande roue de la Foire du Trône : "Je n'en garde pas un très bon souvenir car j'ai très vite ressenti que Lelouch se moquait de moi" (Platine n°10). Bien sûr, en 1962, elle est à contre-courant yé-yé, comme le seront Adamo en 1964, Christophe et Hervé Vilard en 1965 qui, pourtant, eux aussi, sauront séduire les adolescents… et qui sont toujours des stars alors que des artistes « à la mode » à l’époque sont aujourd’hui totalement oubliés...

Les débuts de Françoise Hardy (1)

Publié dans musique, PEOPLE

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