Tintin, Spirou et Gaston en 1960

Publié le par Daniel LESUEUR

Noël 1960…

En librairie, on s'arrache Tintin au Tibet (la dernière planche avait été prépubliée dans l'hebdomadaire n°585 daté du 7 janvier 1960). Ce curieux album ne laisse personne indifférent.

Considéré comme ennuyeux par certains qui lui reprochent son manque d'action et de "méchants", cet épisode est, pour beaucoup, le meilleur de toute la série. Son auteur, Hergé, souffre à l'époque d'un grave conflit intérieur :

"Je me suis décidé à faire appel à un psychanaliste. Je traversais une crise morale… J'ai raconté mes rêves… des rêves de blanc uniquement. Il fallait tuer en moi le démon de la pureté. J'aurais dû cesser de travailler, abandonner Tintin au Tibet en plein cours de réalisation".

Spirou déprime...

Le même problème va se poser à Franquin : il a entamé cette année une nouvelle aventure de Spirou et Fantasio, "QRM sur Bretzelburg", mais une grave dépression nerveuse le condamne à abandonner l'aventure pour achever de la dessiner deux ans plus tard.

Dépité et pris par le temps, il dut faire appel à son ami Greg pour remanier le scénario. Conscient d'avoir réalisé la première partie de l'aventure sans être en pleine possession de ses moyens, Franquin apportera de très nombreuses améliorations aux premières planches avant leur publication en album.

Pendant ce temps, Gaston commençait ses gaffes

Le "héros sans emploi", inauguré en 1957 dans les pages de Spirou par Franquin et Jidéhem, se voit honoré, en 1960, par la parution d'un premier album. Mais quel album ! D'un format étrange, tout long, incorrectement nommé "à l'italienne" car encore plus étroit (7cm x 23cm, au lieu de 17cm x 23cm), confectionné à partir de chutes de papier prétendues inutilisables, le curieux petit objet arrive en librairie pour les fêtes.

A l'époque, le prix des livres n'était pas indiqué sur la couverture. C'est le libraire qui devait, lui-même, apposer la somme sur la première page, généralement au crayon, pour pouvoir l'effacer lorsqu'il s'agit d'un cadeau. Dans le cas présent, beaucoup de détaillants trouvèrent le minuscule opuscule un peu cheap. Considérant qu'il s'agissait probablement d'un présent promotionnel de la part des éditions Dupuis, ils l'offrirent à leurs clients réguliers. Pour la plupart, ceux-ci ne savaient que faire d'un objet aussi incongru et l'envoyaient à la poubelle. Résultat : cinquante ans plus tard, ce premier Gaston se négocie pour plus de 300 € sur le marché des collectionneurs.

Tintin, Spirou et Gaston en 1960

Publié dans BANDE DESSINEE

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