Robert Le Vigan, gentleman maudit

Publié le par Daniel LESUEUR

Il avait marqué le cinéma par des seconds rôles qui souvent se hissaient à la hauteur des premiers, au point qu'on ne voie que lui.

Son départ précipité en Allemagne fit que le rôle qui lui avait été réservé dans « Les Enfants du paradis » fut repris par Pierre Renoir.

Le Dictionnaire du cinéma (Larousse, 1986) parle d’une carrière « frappée au sceau de la malédiction » et d’un acteur habité et insaisissable, le Dictionnaire de la censure au cinéma (PUF, 1998) évoque un « écorché vif et un cabotin halluciné ».

Robert-Charles-Alexandre Coquillaud est né à Paris en 1900.

Son pseudonyme provient paraît-il d’un pénible souvenir de sa scolarité, lorsqu’il lui fallait apprendre par coeur la liste des départements, de leurs préfectures et sous-préfectures : Le Vigan, sous-préfecture du Gard… Le Vigan, sous-préfecture du Gard…

Il suit des courts d’art dramatique dans la troupe de Louis Jouvet (qui restera son ami jusqu’à la fin), se produit sur les planches et décroche des tout petits rôles au cinéma.

A partir de 1927, sa carrière cinématographique prend son envol ; ce sont, nous le disions, des seconds rôles que sa forte personnalité propulse en pleine lumière : « La Bandera », « Les Bas-Fonds », « Quai des brumes », « Les Disparus de Saint-Agil ».

En 1935, dans « Golgotha », il a le principal rôle, celui de Jésus. Sa brillante trajectoire va jusqu’à « Goupil Mains rouges » en 1943 car, bien que mobilisé, il a continué à tourner pendant la guerre. Il fréquente des gens de droite (Céline) ou réputés de droite (Marcel Aymé) et son erreur consiste à accepter de travailler pour Radio Paris, contrôlée par l’Occupant. Encouragé par son âme damnée (Céline), il interprète des saynètes basées sur les actualités dans lesquelles il exprime ses convictions antisémites. Dans une envolée lyrique, il envoie un courrier pour exprimer sa joie et sa fierté d’avoir tourné dans « L’Assassinat du père Noël » (1941), un film produit par la firme cinématographique allemande Continental.

En 1943 il adhère au Parti populaire français du fasciste Doriot.

Robert et Céline vont en bateau…

Le Vigan et Louis-Ferdinand Destouches vont en train : après le débarquement du 6 juin 1944, l’acteur et l’écrivain filent en Allemagne, leur pays étant devenu trop risqué pour les collabos et les antisémites. C’est en tentant de passer en Suisse qu’il est arrêté en 1945, incarcéré à Fresnes, condamné à dix ans de travaux forcés et à la confiscation de ses biens. Amnistié en 1948, il préfère se faire oublier plutôt que de tenter, certainement en vain, de reprendre le chemin des studios de cinéma, même si ses derniers amis dans le métier déclarent qu’il était irresponsable de ses méfaits. Qui aurait engagé ce type qui avait dénoncé certains de ses collègues artistes à la gestapo ?

C’est l’exil à vie, d’abord en Espagne, puis en Argentine où il tourne une demi-douzaine de films en 1951 et 1952.

Bien plus tard, Truffaut tentera, en vain, de le réhabiliter en lui proposant des rôles dans ses films. Mais Le Vigan était foutu et le savait bien… Désabusé, il refusa.

Si l’on en croit les livres de Céline « D’un château l’autre », « Nord » et « Rigodon » dans lesquels l’acteur est nommé La Vigue, il aurait fini sa pitoyable vie comme vendeur de petits gâteaux dans les rues de Buenos Aires et meurt à Tandil à l’âge de 72 ans.

Robert Le Vigan, gentleman maudit
Robert Le Vigan, gentleman maudit
Robert Le Vigan, gentleman maudit

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