Paula Yates : la spirale infernale du malheur

Publié le par Daniel LESUEUR

Paula Elizabeth Yates (1959-2000), sémillante présentatrice de télé britannique, défraya la chronique et finit tragiquement, entraînant dans sa chute deux célèbres chanteurs de rock.

Elle était la fille du célèbre présentateur de télé-évangéliste Jess Yates. Du moins le crut-elle quasiment jusqu’à sa mort : trois ans avant de succomber à une overdose, elle découvrit que son véritable père était Hughie Green, un Anglais naturalisé Canadien, équivalent anglo-saxon d’un présentateur tel que Jacques Martin en France. Bref, Hughie Green représentait tout ce que détestait la vague punk dont faisait partie Paula.

Green mourut en 1997. Les dernières années de sa vie avaient consacré sa déchéance professionnelle et il s’était réfugié dans l’alcool. Apprendre que ce vieil ivrogne était son père eut évidemment un effet désastreux sur le moral de Paula… mais la jeune femme n’était plus à une mauvaise nouvelle près.

Paula Yates, resplendissante et radieuse, avait été élevée dans une famille de bric et de broc.

Sa mère Elaine Smith était actrice ainsi qu’auteure de romans érotiques sous les pseudonymes de Helene Thornton et Heller Toren.

Son père adoptif avait connu la gloire avant d’être rattrapé en 1974 par une affaire de mœurs qui l’avait « coulé », ce qui précipita le divorce (1975) entre le Révérend et l’actrice de seize ans sa cadette.

Paula posa nue pour Penthouse en 1978, ce qui lui ouvrit la voie de la notoriété.

Elle avait d’abord été chroniqueuse pour des magazines de rock, activité lui donnant l’occasion d’interviewer les Boomtown Rats à la suite de quoi elle eut en 1976 une liaison avec le leader du groupe, Bob Geldof. Leur histoire d’amour tapageuse fit les choux gras de la presse britannique et Paula se vit confier la présentation d’un show à la télé ; dans la foulée elle écrivit (ou fit écrire par des nègres) de très nombreux bouquins dont aucun ne semble avoir été traduit en français, pas même « Sex withPaula Yates ». Elle publia également un livre de photos très culotté : « Rock Stars In Their Underpants », très vulgaire… mais les fans d’Elon Jon, de David Bowie ou d’Elton John ont très certainement envie de les voir en slip.

En 1982 la scandaleuse décomplexée enregistra une version de « These Boots are made for walking », tube de Nancy Sinatra.

Amoureuse dingue de Bob Geldof, Paula ne rêva, un temps, que d’une chose : se marier avec lui. Bob, au contraire, aurait préféré un peu de distance, une relation sans bague au doigt. Il consentit à lui faire ce plaisir très tardivement, en 1986 alors qu’ils avaient eu un premier enfant en 1983.

Et c’est là que la passion de Paula commença à tiédir.

Passion pour Bob, s’entend… car en revanche, au cours d’une de ses émissions, elle avait interviewé Michael Hutchence du groupe INX-S et couchait avec lui une demi-heure plus tard ; ils s’étaient une première fois brièvement croisés huit ans plus tôt à l’occasion d’un autre show TV. Pas très délicat, de la part de Paula, d’épingler la photo de Hutchence sur la porte du réfrigérateur. Mais au moins donnait-elle un indice à Bob : un jour, sans doute, elle quitterait le domicile conjugal pour rejoindre Michael… ce qu’elle fit en 1995. Bob était proprement effondré lorsqu’il reçut, en 1996, la demande de divorce. D’autant que Paula venait à peine de donner naissance à leur quatrième fille, au prénom aussi invraisemblable que les trois précédentes.

Au moins Paula avait-elle beaucoup d’imagination : Fifi Trixiebelle, Peaches Honeyblossom, Little Pixie et enfin Heavenly Hiraani Tiger Lily. Problème, Bob n’était pas le père de la dernière qui, pourtant, porterait son nom. Paula et Michael Hutchence se défonçaient massivement.

Une nourrice chargée de garder les fillettes dénonça ses patrons à la Police qui retrouva à leur domicile un tube de Smarties bourré d’opium (l’opium étant plus ou moins le produit pur dont est dérivée l’héroïne, on n’ose imaginer la valeur en milliers de livres sterling d’un tel stock).

A la suite de quoi Geldof réclama la garde des enfants, et il s’ensuivit un conflit permanent entre lui et le couple Paula – Hutchence. Au contraire de Geldof, Hutchence n’était ni respecté, ni aimé : Geldof était un grand bonhomme, Hutchence, une caricature de rock’n’roller méprisée. Ce qu’on n’avait osé dire de Paula lorsqu’elle était avec Bob, on se l’autorisa à partir du moment où elle fut avec Michael.

Paula couchait-elle aussi facilement que le prétendaient certains, les membres du groupe Oasis notamment ?

Les sous-entendus des frères Gallagher donnèrent lieu à un échange de coups de poing avec Hutchence !

Le 22 novembre 1997, au lendemain d’un concert en Australie, Hutchence est retrouvé pendu dans sa chambre d’hôtel. La ceinture autour du cou, ceinture elle-même reliée au système de fermeture automatique de la porte de sa chambre. L’autopsie révéla qu’il avait pris de la cocaïne et des antidépresseurs.

Deux thèses s’affrontent…

Nul ne peut dire avec certitude s’il s’agit d’un suicide ou d’une pratique érotique solitaire qui a mal tourné. Toujours est-il que l’état mental de Paula se dégrada de façon dramatique. En 1998 on la retrouva à moitié nue, inconsciente, un nœud coulant autour du cou.

On l’envoya faire un bref séjour en clinique

A sa détresse morale s’ajoutaient des problèmes d’argent : il lui arrive souvent de n’avoir qu’une poignée de livres sterling sur son compte en banque. Hutchence l’avait quasiment « oubliée » au moment de la rédaction de son testament et les deux millions de livres sterling légués à leur fille Heavenly Hiraani Tiger Lily ne seraient débloqués que lorsqu’elle aurait 25 ans (elle en avait deux !). Rapidement Paula est devenue une épave qui couche avec n’importe qui pour ne pas être seule. Et ce sont le plus souvent des junkies. Physiquement, elle est devenue horrible. Elle essaye sans grande conviction de retrouver du travail à la télévision mais passe le plus clair de son temps à se droguer.

Le 17 septembre sa fille –elle a alors 4 ans- téléphone à une amie de Paula : « J’arrive pas à réveiller ma maman ». Personne n’y parviendra, hélas : héroïne et vodka… Elle était morte étouffée par son vomi.

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